La restauration du singe tenant un clystère

Singe tenant un clystère (restauration en cours) ; © Camille Jolin ; © FDD
Singe tenant un clystère (restauration en cours)
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© Camille Jolin ; © FDD

Le Fonds de dotation pour la gestion et la valorisation du patrimoine pharmaceutique conserve un étonnant singe en bronze doré. Agenouillé sur un tabouret aux pieds galbés et décorés de coquilles dans le goût des années 1730-1750, l’animal a une apparence très humaine. Il est habillé et coiffé d’un bonnet et tient une seringue bien trop grande pour lui. 

        

 L’objet était encrassé, notamment par des résidus de produits de nettoyage créant des dépôts blanchâtres dans les creux. Par endroits, le revêtement doré était très usé, laissant apparaître le bronze sous-jacent qui avait commencé à se corroder. Un nettoyage approfondi a permis de lui rendre tout son éclat.

      

Cette restauration a aussi été l’occasion de s’interroger sur sa fonction. A première vue, il s’agit d’un simple objet décoratif, qui se moque de la pratique abusive que faisaient les médecins des clystères sous l’Ancien Régime en remplaçant le pharmacien par un singe (pour en savoir plus, rendez-vous ici). Jusque-là, rien d’anormal : depuis le XVIIe siècle, les artistes européens ont l’habitude de représenter des singes se livrant à toutes sortes d’activités humaines : la chasse, la toilette, la danse, etc. La morphologie de l’animal est en effet proche de celle de l’homme, c’est donc l’avatar parfait pour se moquer des travers humains, tout en satisfaisant le goût de l’époque pour l’exotisme. Le thème du lavement, par sa dimension scatologique propre à faire rire, fait alors le bonheur des peintres de singeries au XVIIIe siècle.

 

« Le Lavement donné » et « Le Lavement rendu », Singeries, ou différentes actions de la vie humaine représentées par des singesgravé par Jean-Baptiste Guélard d’après Christophe Huet, 1741-1742 (source gallica.bnf.fr / BnF)

Mais ce petit singe a sans doute appartenu à un pharmacien tout aussi facétieux. En effet, si on regarde sous l’objet, on découvre un tuyau métallique, qui passe ensuite dans le corps du singe pour aboutir à l’extrémité de la seringue. On peut donc imaginer que l’autre extrémité était reliée à un petit réservoir d’eau et que, grâce à l’action d’une poire, on pouvait projeter un filet d’eau dans la seringue comme lors d’un véritable lavement. Assurément un bon moyen de surprendre ses clients !

      

Pour en savoir plus sur les singeries, rendez-vous sur le site de l’Institut National d’Histoire de l’Art.