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  • Patrimoine et éducation De l'apothicaire au pharmacien

Introduction

En lien avec le thème national des Journées du patrimoine 2020  "Patrimoine et éducation : apprendre pour la vie !", cette exposition présente les grandes étapes de l'histoire de la formation d'apothicaire et de pharmacien de l’époque médiévale au XXe siècle.


Cette exposition s’intéresse également aux objets de l’art pharmaceutique. Pots de pharmacie, mortiers, pilons et balances ont accompagné des générations d’étudiants en pharmacie puis de praticiens dans l’exercice quotidien de leur métier au service de la Santé. Objets utilitaires, souvent objets d’art, ils jouent un rôle majeur dans l’éducation, la transmission et la sensibilisation au patrimoine.













L'époque médiévale

Jusqu’à l’époque médiévale, médecine et pharmacie ne sont pas dissociées : celui, laïc ou religieux, qui prescrit les remèdes est généralement celui qui se charge ensuite de leur préparation. C’est à partir du XIIe siècle que les apothicaires se distinguent peu à peu des médecins en détenant le privilège d’élaborer et de vendre drogues, remèdes et épices.

Au XIIIe siècle, la préparation des médicaments devient un métier à part entière et les premiers statuts organisant la profession voient le jour dans le Sud de la France comme à Arles, Avignon ou Montpellier, puis à Paris. Réunis en guildes, les apothicaires disposent d’une formation essentiellement pratique selon le principe du compagnonnage, même si la connaissance de notions de grammaire et de latin demeure indispensable. L’apprenti entre au service d’un maître apothicaire qui va le former à l’identification des drogues et épices, la lecture des ordonnances et la préparation des remèdes. Cette formation peut durer jusqu’à dix ans et se conclut par l’élaboration d’un chef-d’œuvre et une prestation de serment.

Santa Maria Maddalena

19e siècle (1er quart)

Jésus guérissant un lépreux

16e siècle (4e quart)

Ceux qui frappés de peste, invoqueront St Roch en seront guéris

18e siècle (4e quart) : ?

L’art pharmaceutique se pratique également à cette époque au sein d’un Hôtel-Dieu et de communautés de religieuses, perpétuant ainsi la tradition du Christ guérisseur, dont l’iconographie se développe aux XVe et XVIe siècles, comme celle des saints patrons des apothicaires.

Les quinzième et seizième siècles

Apothicaire à sa fenêtre.

Avec le développement du commerce, les apothicaires acquièrent de nouvelles missions au cours du XVe siècle (contrôler les marchandises, surveiller les poids et mesures).

Les apothicaires entrent alors en concurrence avec d’autres corporations comme celles des charlatans (vendeurs itinérants de drogues sur les foires et les marchés) mais surtout des épiciers. Détenteurs d’un savoir précieux, ils mettent en avant la noblesse et le caractère unique de leur art acquis par une formation spécifique et une transmission de maître à élève pour s’en distinguer. A la fin du XVe siècle, une ordonnance de Charles VIII interdit aux épiciers d’exercer le métier d’apothicaire s'il ne sont pas également apothicaires.

Au XVIe siècle, l'apothicaire devient notable.

Le dix-septième siècle

Nicolaus Lemery, doctor medicus.

Au XVIIe siècle, la réglementation, la formation et la pratique du métier d’apothicaire se structurent davantage. Les maîtres apothicaires parisiens dispensent leur enseignement à l’Ecole des apothicaires de Paris, fondée par Nicolas Houël au siècle précédent. Nicaise Le Febvre, apothicaire du Roi, y initia l’enseignement de la chimie, suivi par Nicolas Lémery. La formation se complète de cours de botanique, d’histoire naturelle et de zoologie.

La pratique pharmaceutique se développe également dans le domaine militaire : des apothicaires sont ainsi associés aux médecins et aux chirurgiens, comme à l’Hôtel des Invalides.

Moses Charas Pharmacopoeus Regius.

Les noms de grands maîtres apothicaires apparaissent à cette époque.
Moyse Charas, par exemple, perfectionna et enseigna la préparation de la thériaque, le « remède à tous les maux », et rédigea une Pharmacopée royaleouvrage de référence pour la préparation des médicaments. 
Rédigée en français, alors que le latin était la langue de rigueur, elle contribua à une plus large diffusion du savoir pharmaceutique

Vase à Thériaque

18e siècle (1er quart)

Le dix-huitième siècle

C’est le XVIIIe siècle qui marque une étape fondamentale dans l’histoire de la profession et de la formation des apothicaires.


En 1777, les apothicaires acquièrent leur autonomie lorsque Louis XVI, par déclaration royale, sépare les corporations d’apothicaires et d’épiciers. Les membres du Collège royal de pharmacie, où sont dispensés des cours théoriques et pratiques, disposent désormais du monopole de la vente de médicaments. Le terme de pharmacien, professionnel consacrant toute son activité à son art dans son officine et désormais reconnu comme homme de science et de progrès, remplace alors progressivement celui d’apothicaire.

Parmentier.

Les pharmaciens commencent également à jouer un rôle de premier plan au service de l’hygiène publique, comme Antoine-Augustin Parmentier qui eut pour ambition de supprimer les famines et d’améliorer l’alimentation.

Le dix-neuvième siècle

Sous le Consulat, une nouvelle réglementation de la pharmacie voit le jour « contenant organisation des Ecoles de pharmacie et sur la police de la pharmacie ». 


La Loi du 21 Germinal An IX (11 avril 1803) marque une date essentielle dans l’histoire de la pharmacie. 

Elle est à la fois la première loi consacrée à l’ensemble des questions pharmaceutiques et le premier texte pharmaceutique d’application territoriale générale. 

A partir de cette date, seuls les pharmaciens diplômés peuvent ouvrir et exploiter une officine, préparer et vendre des médicaments. 

La loi institue également des écoles de pharmacie, gratuites, et la formation des élèves dépend désormais de l’Etat, et non plus du maître apothicaire : c’est la fin des corporations. 


En parallèle, les stages pratiques s’organisent toujours en officine. Jean Antoine Brutus Menier, le fondateur de la chocolaterie Menier, constitue un droguier, collection d’échantillons de drogues simples servant à la préparation des médicaments, destinée aux étudiants pour la reconnaissance des plantes. Le droguier Menier est aujourd’hui conservé par le FDD.


Le XIXe siècle est également marqué par les progrès de la science, notamment de la chimie, qui influe notablement sur la pratique pharmaceutique : l’industrie pharmaceutique voit le jour.

Les vingtième et vingt-et-unième siècles

L’idée de créer un ordre régulant l’exercice de la profession de pharmacien est née sous la IIIe  République, le besoin d’organisation de la profession se faisant alors de plus en plus ressentir.

En effet, la Loi du 21 Germinal An IX (11 avril 1803), qui a régi l’exercice de la pharmacie tout au long au XIXe siècle et jusqu’à la Seconde guerre mondiale, était devenue insuffisante face au développement des spécialités.


C’est en 1945 qu’est créé l’Ordre national des pharmaciens, institution qui regroupe tous les pharmaciens exerçant leur art en France : pharmaciens d’officine mais aussi pharmaciens hospitaliers, biologistes, médicaux, pharmaciens travaillant dans l’industrie pharmaceutique ou la répartition pharmaceutique.

Sa mission est tournée vers la défense de la santé publique et des patients, en garantissant la compétence, la déontologie et le bon exercice des pharmaciens.


Les études conduisant au diplôme d'Etat de Docteur en Pharmacie sont aujourd'hui organisées sur six années d'études pour l'Officine et l'Industrie-Recherche, et neuf années pour la Pharmacie Hospitalière, la Biologie médicale et la Recherche.

 

Dans le domaine de l’éducation et de la santé publique, le Comité d'éducation sanitaire et sociale de la pharmacie française (Cespharm) a pour vocation d’aider tous les pharmaciens public (officinaux, biologistes, hospitaliers…), de métropole et d’outre-mer., notamment ceux en contact avec le public, à s’impliquer dans la prévention, l’éducation pour la santé et l’éducation thérapeutique du patient.


















L'art pharmaceutique

L’histoire de la pharmacie ne peut être évoquée sans présenter les objets emblématiques de l’art pharmaceutique qui ont accompagné au quotidien les élèves comme les maîtres apothicaires puis les pharmaciens.


L’art pharmaceutique est à la fois la compétence et la connaissance permettant au pharmacien d’exécuter « selon l’art » les prescriptions médicales destinées au traitement des malades. Selon Jean De Renou, médecin royal du XVIIe siècle, l’essentiel de l’art pharmaceutique réside dans la conception et la réalisation des médicaments. 


Pour exercer son art, l’apothicaire se doit ainsi d’utiliser un matériel approprié : il dispose d’un grand nombre d’ustensiles et d’instruments aux formes variées.

Mortiers et pilons, marmite, presses à plantes, couloirs, mouloirs ou alambics sont les ustensiles les plus utilisés et servent soit à la préparation des remèdes, soit à leur conservation. 

 










L'Officine des journeaux sous Napoléon ou l'Académicien droguiste.


Mortier et pilon

17e siècle

Le mortier est certainement l’objet présentant la plus grande utilité pour le pharmacien. Dès l’Antiquité, en Grèce comme en Egypte, à côté de son usage culinaire, il était utilisé par les thérapeutes pour broyer, piler et mélanger les préparations. 

Le mortier servit d’enseigne aux boutiques d’apothicaire ; il est aujourd’hui l’emblème des préparateurs en pharmacie.


Flacon de Teinture de quinquina

20e siècle (1er quart)

Pour la conservation des remèdes, le pharmacien utilise des petits coffrets, boîtes, vases et autres bouteilles dans des matériaux variés.

 

Les plantes sèches et les racines sont conservées dans des boîtes de bois, rondes ou carrées, décorées. Les bouteilles ou les flacons sont en verre ou en terre et contiennent les eaux distillées et les sirops. Les pots à huile sont en terre ou en étain. Des pots de terre, d’étain ou de plomb contiennent les onguents. Des petits piluliers, bocaux de terre, de verre ou d’étain renferment les poudres et les masses pour pilules.


Pot canon à piédouche d'extrait de ciguë Stork

18e siècle

Le nom des drogues était inscrit sur la panse des pots au moment de leur confection. Sur certains pots, un espace était toutefois laissé en réserve : le pharmacien pouvait alors y apposer lui-même le nom du remède, ce qui était fort utile pour remplacer un pot brisé.

Pot canon à piédouche

18e siècle

Pot canon à piédouche d'extrait d'Absinthe

18e siècle

De simples contenants, les objets destinés à conserver ces remèdes vont devenir au fil des siècles des objets d’art à part entière. Une importante collection de faïences de Nevers illustre ainsi le savoir-faire et le rayonnement des manufactures françaises au XVIIIe siècle. Albarelles (pour les drogues solides, les onguents et les plantes médicinales), chevrettes (munies d’un bec verseur, contenant les sirops et les liquides et que seuls les apothicaires avaient le droit de posséder et de montrer) et autres piluliers sont ainsi de véritables œuvres d’art décoratifs.


Sont également élaborés, parallèlement à la création de contenants utilitaires, des vases n’ayant aucune utilité pharmaceutique, au rôle purement décoratif, ornant les apothicaireries privées pour le plus grand prestige de l’apothicaire : les vases de montre (de « monstration »).


Ces objets jouent un rôle fondamental dans la sensibilisation au patrimoine et à l'importance de conserver et de préserver pour transmettre cette mémoire et ces savoir-faire aux générations futures.


Crédits : FDD

Cette exposition virtuelle est dédiée à Dominique Kassel, conservateur des collections 

du Fonds de dotation, décédée en ce début d’année. Pendant plus de trente ans, elle a œuvré à la préservation, à la connaissance et à la promotion du patrimoine pharmaceutique et a accompagné des générations d’étudiants, toujours avec énergie et passion.