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  • Les pharmaciens célèbres

Introduction

A toutes les époques de l’histoire universelle, des noms de pharmaciens sont liés à de grandes découvertes, surtout à partir du XVIIIe siècle avec l’essor de la physique, de la chimie et de la biologie. Ce cabinet portrait permet de suivre l’évolution des sciences pharmaceutiques et de la chimie visant à découvrir les substances actives présentes dans les végétaux  comme le Quinquina. 
Découverte de la quinine qui fit de  Pelletier et Caventou « les bienfaiteurs de l’humanité »

Antoine-Jérôme Balard (1802-1876) : Le Brome

Devançant les préjugés de son époque, il perçut ce que les découvertes de la chimie pouvaient compter d’applications utiles à l’humanité en s’adaptant aux nouveaux besoins créés par la civilisation. C’est à Montpellier que Balard, âgé de 24 ans, isola et caractérisa un nouvel élément, le brome, à partir des eaux des salines du Languedoc. Le 14 août 1826, à la séance de l’Académie des Sciences, Vauquelin , Thénard et Gay  -Lussac présentèrent leur rapport sur le mémoire de Balard Description d’une nouvelle substance trouvée dans l’eau de mer. Proposé par Chaptal, au nom de la section de chimie, à l’Académie des Sciences en 1829, Balard fut élu à l’unanimité. Professeur de chimie à Montpellier puis à la faculté des sciences de Paris et au Collège de France, il éprouva, sa vie durant, un vif intérêt pour l’étude des constituants de l’eau de mer tels que les dérivés du chlore et les sels de métaux alcalins. Les applications du brome et de ses dérivés minéraux ou organiques se révélèrent féconds en thérapeutique des affections nerveuses, en photographie dans la préparation des couches photosensibles, dans l’ignifugation des tissus et dans l’industrie des carburants comme antidétonants.

Antoine Baumé (1728-1804) : Les éléments de pharmacie

Né à Senlis, d’un père aubergiste, sa longue carrière lui permit de connaître les règnes de Louis XV puis de Louis XVI, la Révolution française, avant de mourir peu après la proclamation de l’Empire. Après six années de stage à la pharmacie Geoffroy, rue du Bourg-Tibourg à Paris, où il se passionna pour les drogues, il décida de parvenir à la maîtrise. Comme il n’avait pas fait tout son apprentissage à Paris et qu’il ne possédait pas autant de lettres que les statuts et règlements l’exigeaient, il fut refusé par les gardes des maîtres-apothicaires. Après un recours au Conseil d’Etat du Roi, il fut reçu « par grâce » à la maîtrise par un arrêt du 21 décembre 1751. Afin d’assurer sa subsistance, il accepta la proposition du médecin Macquer de fonder avec lui un cours de chimie pour remplacer celui du Jardin du Roi qui avait disparu : Baumé préparait publiquement les produits chimiques pendant que le médecin expliquait la théorie de leur élaboration, selon une formule qui avait déjà fait ses preuves. Durant seize années Baumé mena de front la pratique de la pharmacie, l’étude du latin, les travaux de laboratoire et l’enseignement de la chimie. Ses recherches avaient trait aux applications de la chimie : la teinture ; le blanchiment, la céramique et les savons. Son étude sur le refroidissement que les liqueurs produisaient en s’évaporant bouleversa la physique. On sait, qu’un corps absorbe une certaine quantité de chaleur en passant de l’état solide à l’état liquide, ou de celui-ci à l’état gazeux. La quantité de chaleur absorbée est proportionnelle à la vitesse de fusion ou d’évaporation du corps : c’est pour cette raison que l’éther, très volatil produit une sensation de froid sur la peau. Baumé fut le premier à vouloir expliquer ce phénomène. En physique, il perfectionna l’aréomètre qui, par application du principe d’Archimède permet d’évaluer la densité des liquides à la simple lecture. Il le dota d’une nouvelle graduation plus pratique que les précédentes à laquelle son nom est resté attaché : on utilise toujours l’aréomètre de Baumé. Il publia en 1762 la première édition des Eléments de Pharmacie, puis l’année suivante un Manuel de Chimie.

Antoine Béchamp (1816-1908) : Le Père de la biologie

« Médecin et chirurgien français né à Bassing en 1816, mort à Paris en 1908. Professeur de chimie médicale et de pharmacie à la Faculté de Montpellier, devint doyen de la Faculté de Lille et Membre correspondant de l’Académie de médecine … Son ouvrage principal a pour titre, Les microzymas dans leurs rapports avec l’hétérogonie, l’histogonie, la physiologie et la pathologie ».

La rubrique consacrée à Antoine Béchamp dans le Dictionnaire Larousse oublie de mentionner que le grand savant fut également pharmacien. Il fit ses études puis devint Maître en pharmacie de l’université de Bucarest où pendant 7 ans sévit une épidémie de peste et de choléra. Rentré en France, il dut se soumettre aux examens français. Antoine Béchamp fut le collègue de Pasteur à Strasbourg où il obtint ses titres universitaires. Le 6 juillet 1885, Pasteur tenta la première vaccination antirabique, pendant que Béchamp poursuvait ses travaux sur les mêmes sujets et obtenait des résultats différents. Ils travaillèrent effectivement tous les deux sur les maladies des vers à soie, les fermentations lactiques et vineuses, l’origine des maladies qui valurent la gloire à Pasteur. Antoine Béchamp, chercheur modeste, dont l’œuvre est un chapitre ignoré de l’histoire des sciences, fut-il été évincé par un concurrent plus jeune, plus dynamique et sans doute plus sensible aux honneurs ?

Pierre-Eugène Marcellin Berthelot (1827-1907) : la chimie organique et la thermochimie

En chimie, il parvint à la synthèse organique et joua un rôle de fondateur en thermochimie, en chimie végétale et en histoire de la chimie. En chimie agricole il découvrit les deux lois essentielles de la physiologie végétale. Elève de Balard, ce fut dans le laboratoire de Pelouze , que Berthelot débuta son premier travail de recherche sur la dilatation des gaz. Docteur es sciences physiques en 1854, puis pharmacien de 1ère classe en 1858 il soutint une thèse particulièrement remarquée Nouvelles recherches sur les corps analogues au sucre de canne qui lui valut la chaire de chimie organique à l’Ecole de Pharmacie, une des premières créée en France par un décret impérial de 1859. Dès sa nomination il publia Chimie organique fondée sur la synthèse, puis fut chargé, sur les instances de Balard , d’un cours de chimie organique au Collège de France. Ce cours devint chaire magistrale en 1865 et Berthelot s’installa définitivement dans les laboratoires. En 1872 parut Le Traité élémentaire de chimie organique destiné à guider les étudiants. Parmi ses élèves dix furent professeurs à l’école de pharmacie : Buignet, Bourgoin, son fils Daniel Berthelot, Jungfleisch, Prunier, Bouchardat , Tassily, Delépine, Villiers-Moriamé et Valeur. En 1869, il collabora à la fabrication des matières médicamenteuses et des produits chimiques dans l’usine d’Emile Justin Menier  à Noisiel. En 1870, il s’associa à la défense de Paris et accepta la présidence du Comité scientifique. Il fut également Ministre de l’instruction publique de 1886 à 1887 et des affaires étrangères en 1895.

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Apollinaire Bouchardat (1806-1886) : L'hygiène et la santé publique

Né à L’Ile-sur-Serein dans l’Yonne, Bouchardat fut dès son jeune âge initié à quelques principes de chimie, dans la tannerie que son père dirigeait. Nommé interne en pharmacie en 1827, il fut tenté par la vie hospitalière et profita de son internat pour obtenir le doctorat en médecine et passer l’agrégation d’histoire naturelle la même année. Il suivit alors une double carrière pharmaceutique et médicale et quitta les fonctions de pharmacien chef de l’Hôtel Dieu à l’âge de quarante neuf ans. Ses travaux portèrent sur la chimie biologique, la toxicologie, l’hygiène, la physique. Dans le secteur des maladies métaboliques il s’intéressa au traitement du diabète et en proposa une approche thérapeutique hygiéno-diététique dans ses Nouvelles recherches sur le diabète sucré ou glycosurie. Biochimiste il mit au point de nombreux dosages sanguins et urinaires. Toxicologue, pharmacologue il fut à l’origine de nouveaux médicaments tels que les sels de potassium, l’iodoforme. Il développa l’emploi de la santonine, des sels de quinine comme fébrifuges, l’usage des contrepoisons, le traitement étiologique du scorbut. Cinq ans avant Pasteur il décrivit les propriétés optiques des alcaloïdes végétaux, puis celles des hétérosides et des terpènes, celles des substances albumineuses et celles des alcaloïdes comme la codéine, la papavérine. Il s’intéressa à la chimie alimentaire et développa des recherches sur le caoutchouc, les engrais, le lait, les matières grasses, la viande et le vin. Précurseur de la lutte contre l’alcoolisme et les maladies épidémiques, en particulier le choléra et la fièvre jaune il fut Membre du Conseil d’Hygiène.

Son œuvre est originale, orientée tant vers des travaux scientifiques que vers un plaidoyer pour l’amélioration de la santé de ses concitoyens.

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Emile Bourquelot (1851-1921) : La théorie des ferments

Émile Bourquelot

« De tous mes maîtres, celui que j’aimais le mieux, c’était Bourquelot. Je le revois encore avec sa barbe et ses longues moustaches, son front haut sous lequel brillaient ses yeux si doux. Il était précis ponctuel, plein de gentillesse …Vous savez que Bourquelot a été un précurseur : sa théorie des ferments annonçait celle des vitamines » Appréciation de Louis Jouvet  son élève.

Professeur de pharmacie galénique à l'école supérieure de Pharmacie, pharmacien des hôpitaux de Paris, il rénova l’enseignement de la pharmacie galénique. Ses travaux de recherche sur la digestion des mollusques céphalopodes, l’amenèrent à s’intéresser à ces principes que l’on a appelé successivement ferments solubles puis diastases et enfin enzymes. A cette époque ce domaine était encore peu exploré et ses travaux de recherches lui permirent de découvrir de nouvelles enzymes hydrolysantes et de confirmer la spécificité d'un certain nombre d'autres. Il étudia particulièrement les ferments oxydants et eut l’idée d’utiliser les ferments solubles comme réactifs de laboratoire, introduisant ainsi les méthodes biochimiques dans l’analyse. Démontrant la réversibilité des actions enzymatiques il prépara par synthèse biochimique divers glucosides et galactosides.

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 Société d'histoire de la pharmacie - Bourquelot

Charles-Louis Cadet de Gassicourt (1769-1821) : Le dictionnaire de chimie

Son père, Louis-Claude Cadet de Gassicourt (1731-1799) fut d’abord apothicaire major gagnant maîtrise à l’Hôtel Royal des Invalides, puis propriétaire d’une officine. Membre de l’Académie des Sciences et commissaire du Roi pour la manufacture de Sèvres, sa renommée fut grande et on lui doit l’analyse de huit espèces d’eaux minérales, les moyens de préparer l’éther qui était fort prisé à l’époque par les femmes qui appréciaient ce puissant antispasmodique, appelé « gouttes anodines d’Hoffman ». Les historiens de la pharmacie racontent que Charles-Louis était le fils bâtard de Louis XV. Charles-Louis avocat, poète et pamphlétaire, homme politique se décida enfin à devenir apothicaire. Il rédiga le règlement de la Société Libre de Pharmacie de Paris, en 1818, des éloges sur Baumé  et Parmentier  et de nombreux mémoires pharmaceutiques dont une étude sur les « terres arables ». Il étudia aussi « les moyens de destruction et de résistance que les sciences physiques pourraient offrir, dans une guerre nationale, aux peuples qu’opprimeraient des armées régulières ». Il annonça la résistance et indiqua la préparation d’un gaz asphyxiant. Premier pharmacien de l’Empereur, Membre de l’Académie Royale de Médecine, auteur de nombreux ouvrages de références pour la pharmacie dont principalement un Dictionnaire de chimie publié en l’an XI qui prenait la suite de celui de Macquer et un Formulaire magistral qui connut un énorme succès.

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Moyse Charas (1619-1698) : La thériaque d'Andromaque

Né à Uzès dans le Languedoc de parents huguenots, il étudia le latin, devint apprenti puis compagnon et enfin maître apothicaire. Après avoir exercé quelques temps à Orange, il s’installa à Paris et obtint très vite le poste d’apothicaire de Monsieur, frère du Roi. Etabli faubourg Saint-Germain, « Aux Vipères d’or », il fréquenta Nicolas Lémery . Au XVIIe siècle, la thériaque et le mithridate, panacées universelles d’origine très ancienne dont la préparation complexe avait varié au cours des siècles, étaient encore très en vogue. Moyse Charas prépara et dispensa la thériaque publiquement à Paris. Il rédigea plusieurs ouvrages  dont le plus connu, La Thériaque d’Andromaque, qui fut suivi d’une Histoire naturelle des animaux, des plantes et des minéraux. Syndic des marchands apothicaires des Maisons Royales, puis démonstrateur de chimie au Jardin du Roi il réunit ses cours en un volume intitulé  Pharmacopée Royale Galénique et Chimique  rédigée en français à une époque où le latin demeurait la langue scientifique. La révocation de l’Edit de Nantes l’obligea à se réfugier en Angleterre ou il fut reçu docteur en médecine de la faculté de Londres. Après avoir été emprisonné, il abjura sa foi et, catholique converti, il retrouva Paris et la cour.

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Jacques-François Demachy (1728-1803) : Directeur de l'Apothicairerie générale des hospices civils

Elève brillant, féru de littérature et de chimie, Demachy partagea ses loisirs d’adolescent entre ses inspirations poétiques et les cours deRouelle  au Jardin des Plantes. Louis XVI transforma la Compagnie des Apothicaires en Collège de Pharmacie et Demachy, qui était un excellent professeur, fut alors nommé Démonstrateur d’histoire naturelle. Il occupa ce poste de 1777 à 1801, date à laquelle l’Assemblée le nomma professeur honoraire. L’enseignement que dispensa Demachy ne laissa pas de trace indélébile dans l’histoire de la chimie. S’adaptant difficilement à la modernité introduite en chimie par Scheele ou Lavoisier, il s’entêta à défendre la théorie du phlogistique, initiée par le chimiste allemand Becher au XVIIe siècle et perfectionnée par Stahl. Cette théorie prétendait expliquer le phénomène de combustion : en grec « phlogistico » signifie ce qui brûle. Le feu était considéré comme un élément concret, nécessairement composé avec toute matière combustible et à cette époque il faut reconnaître que le phlogistique pouvait se défendre honorablement. Demachy consacra sa vie à la diffusion de la chimie allemande et traduisit avec succès différents traités. Il publia également plusieurs ouvrages de chimie mais fut très vite dépassé par l’évolution scientifique de son temps. Membre de deux académies en Allemagne, l’Académie des sciences en France lui refusa toujours ses faveurs.

François-Laurent-Marie Dorvault (1815-1879) : Précurseur de la pharmacie moderne

Dorvault naquit à Saint-Etienne–de-Montluc, à l’époque de la Première Restauration. Issu d’un milieu modeste, il fut placé en apprentissage chez un pharmacien de Nantes. Avide de connaissances il décida de faire ses études de pharmacie à Paris. Brillamment reçu au concours de l’internat, il installa son officine place des Victoires à Paris et entama des travaux sur la préparation du sirop antiscorbutique et la distillation de la salsepareille. Au XIXe siècle, la pharmacie se cherchait : le pharmacien d’officine avait un rôle social à jouer comme propagateur du progrès scientifique et comme éducateur sanitaire. Dorvault fut un des premiers à pressentir ce rôle, mais il eut conscience des insuffisances de l’enseignement dans ce domaine. C’est ainsi que prit naissance le projet d’un livre qui rassemblerait tous les ouvrages nécessaires à l’exercice de la pharmacie. La première édition de l’Officine ou Répertoire général de la pharmacie pratique, fut publiée en 1844, et durant plus d’un siècle et demi son succès ne se démentit pas. Dorvault porta également un regard critique sur l’organisation de la profession et prôna des idées audacieuses pour son époque : il devina l’essor industriel de son siècle, l’importance à venir des problèmes de distribution et de publicité et réalisa la grande œuvre de sa vie en créant une coopérative qui centralisa les achats de la droguerie et la fabrication des médicaments. Il acheta à Emile-Justin Menier  la Maison Centrale de Droguerie et en 1852 la Pharmacie Centrale de France vit le jour.

Nicolas Leméry (1645-1715) : La révolution personnifiée

Si l’on en croit Molière, l’apothicaire du XVIIe siècle n’était que l’exécuteur de viles besognes, entièrement soumis à l’autorité du médecin. Fleurant, l’apothicaire dans le Malade imaginaire n’est qu’un fantoche et Léandre, dans le Médecin malgré lui, se cantonne à l’administration des clystères. Il est vrai qu’à l’époque, la pratique de la saignée et celle du clystère faisaient des ravages. Les remèdes de cette époque ne correspondaient pas toujours aux progrès de la chimie et l’évolution était difficile à imposer. Les progrès de la science s’annoncèrent par des découvertes importantes et principalement dans le domaine de la chimie.

Apothicaire du Roi, académicien, Nicolas Lémery est né à Rouen. Il enseigna la chimie, successivement à Montpellier puis à Paris, avec une clarté jusque là inconnue, qui attira dans son laboratoire, rue Galande, une foule d’auditeurs de marque. Le souffle du cartésianisme vint balayer rêveries mystiques et sorcelleries et Lémery s’employa à bâtir des théories solides qui se réclamaient du raisonnement et considéraient que la chimie était une science démonstrative. Il fut l’auteur d’ouvrages de références pour la pharmacie comme son Cours de Chimie, le Traité universel des drogues simples ou la Pharmacie universelle. Réformateur de la chimie, à l’esprit cartésien comme son maître Moyse Charas , précurseur de la toxicologie avec de nombreuses études sur les poisons et leurs effets, Lémery est considéré comme le premier spécialiste en pharmacie.

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Stanislas Limousin (1831-1887) : Le cachet

Interne des hôpitaux de Paris il fut affecté à Pitié Salpetrière en 1856. Pharmacien d’officine place de la Trinité à Paris, il imagina une méthode pratique de préparation de l’oxygène et les appareils nécessaires à l’oxygénothérapie. Il améliora les modes de préparation de certaines formes médicamenteuses et des ampoules de solutés injectables. Pionnier de l’oxygénothérapie, il mit au point un système portable de production d’oxygène, permettant les traitements par inhalation à domicile. Il fut l’un des premiers à signaler l’emploi des drogues nouvellement importées d’Amérique, à proposer la coloration par la fuschine des sels toxiques. La découverte qui fit la célébrité de Limousin fut celle des cachets médicamenteux. Auparavant l’administration des poudres médicamenteuses se faisait en disposant le médicament au centre d’une feuille de pain azyme humecté dont ont rabattait les bords de façon à former un petit sac que l’on avalait avec un peu d’eau. Les inconvénients de ce mode d’administration étaient grands, éparpillement du médicament et fixation de parcelles de poudre sur les parois de la gorge. Limousin eut l’idée de d’enfermer les poudres dans des feuilles de pain azyme concaves soudées circulairement de façon à former une capsule aplatie. Il modifia plusieurs fois son appareil à cacheter, pour aboutir à l’appareil « cacheteur Limousin », ancêtre de tous les appareils à cachets.

Henri Moissan (1852-1907) : Premier Nobel de chimie français

Henri Moissan

Né dans la seconde moitié du XIXe siècle qui connut une révolution scientifique, issu d’un milieu modeste il fut l’auteur de nombreux travaux, recherches et découvertes, récompensés en 1906 deux mois avant sa mort par le prix Nobel de Chimie .

Le fluor était connu avant d’avoir été isolé. Mais les tentatives d’isolement du fluor conduisaient irrémédiablement à la production de fluorures, sels résultant  de l’extrême activité de l’halogène. Moissan réussit à vaincre ces difficultés en faisant agir un courant électrique sur de l’acide fluorhydrique anhydre et isola le fluor en juin 1886. Avant sa découverte, il avait réalisé une analyse critique de tous ses prédécesseurs dans le domaine de la chimie du fluor. Après avoir isolé le fluor, Moissan explora toutes les propriétés du gaz, qu’il décrivit dans une trentaine de mémoires. Il travailla ensuite au perfectionnement du four électrique et réussit la fabrication artificielle de microscopiques cristaux de diamant. Professeur de toxicologie à l’Ecole de pharmacie de Paris et à la Sorbonne, Membre de l’Académie de Médecine et de l’Académie des Sciences, Moissan reçut le premier en France le prix Nobel de Chimie.

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Antoine-Augustin Parmentier (1737-1813) : la solanée parmentière

Politicien anachronique François de Neufchâteau était un rêveur excentrique qui vouait une admiration sans bornes à Antoine-Augustin Parmentier : il fit du savant, « l’inventeur de la pomme de terre » A cette époque de son histoire, la France marquée par les avatars militaires de Napoléon, avait besoin de gloires civiles et Parmentier arrivait à point nommé. La rumeur, les ragots et les belles histoires qu’on se racontait à la veillée firent le reste. La troisième République, occupée à développer son grand projet d’éducation laïque, ne fit qu’entériner le mensonge. Les manuels d’histoire avaient besoin de héros et c’est ainsi que plusieurs générations d’écoliers restent persuadés que c’est ce bon Monsieur Parmentier qui a découvert la pomme de terre selon sa biographe Anne Muratori-Philip.Homme de l’Ancien Régime, savant des Lumières confronté à la révolution et grand commis de l’Empire, Parmentier est l’inconnu le plus célèbre de notre histoire. Né à Montdidier, ce pharmacien militaire fut également agronome, chimiste, œnologue, nutritionniste et hygiéniste avant la lettre. Inspecteur du Service de Santé militaire, Membre de l’Académie des Sciences, Président de la Société de Pharmacie de Paris lors de sa fondation, il reste connu du public comme le propagateur de l’utilisation alimentaire de la pomme de terre, grâce à quoi il sauva de la famine ses concitoyens dans les temps de disette. Faire le bonheur des hommes et supprimer les famines, améliorer l’alimentation et instaurer une vraie hygiène publique, telles furent les préoccupations durant soixante ans de ce picard au grand cœur. Auteur de nombreux ouvrages sur la chimie végétale, l’alimentation, l’agriculture il reste le créateur de la chimie alimentaire.

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>Société d'histoire de la pharmacie - Parmentier

>BIUSANTE - Parmentier

Théophile-Jules Pelouze (1807-1867) : La Monnaie de Paris

Né à Valogne dans la Manche, il connut une enfance difficile ce qui ne l’empêcha pas de faire des études honorables. Après ses études, il fut admis dans les services de la pharmacie de La Salpêtrière à Paris.

Professeur de chimie au Collège de France dont il occupa la chaire durant plusieurs années. Il fonda rue Dauphine à Paris un laboratoire privé et forma de nombreux étudiants. Il réussit la synthèse de l’acide formique, analysa l’acide lactique, identifia la nature alcoolique de la glycérine. A partir de l’acide butyrique et de la glycérine il effectua la première synthèse d’une matière grasse, il développa la méthode de dosage du fer dans le sang. Il améliora les procédés de fabrication du verre, trouva un procédé pour la fabrication du tanin et fit d’importants travaux sur le sucre de betterave. Son nom reste attaché au séparateur de goudron de « Pelouze » constitué d’une cloche perforée servant à la purification du gaz d’éclairage. Estimé comme l’un des plus polyvalents chimistes organiciens il fut l’assistant puis le suppléant de Gay-Lussac à l’Ecole Polytechnique. En 1833, à la suite d’un concours il fut admis « essayeur de la Monnaie de Paris », poste très important qui consistait à vérifier la bonne composition des alliages de bronze, d’or et d’argent employés dans la fabrication des monnaies et des médailles. Il devint président de la commission des monnaies et médailles en 1848.

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Louis-Joseph Proust (1754-1826) : La loi des proportions définies

La déclaration de l’Indépendance américaine et l’arrivée de Franklin à Paris ainsi que la chute de Turgot échauffent les esprits : la monarchie expire et la France songe à sa liberté. Nous sommes en 1776 et Louis-Joseph Proust découvre la loi des proportions définies, base de la théorie de l’atome. Cette loi élève la chimie au rang de science exacte et lui ouvre des perspectives illimitées.

Né à Angers, Proust ne prit pas la succession de son père pharmacien dans cette ville. Il occupa le poste de pharmacien chef de l’hôpital de la Salpétrière à Paris et fit partie des Membre de l’Académie des sciences. Ami de Pilâtre de Rozier  il s’intéressa aux aérostats et l’accompagna dans son premier envol. Il enseigna la chimie à l’Ecole militaire de Segovie en Espagne. En 1805 il déposa à l’Institut un mémoire sur le Sucre de raisin : découverte particulièrement intéressante à l’époque où la guerre avec l’Angleterre rendait difficile l’arrivée en France du sucre de canne des Antilles. A Madrid, où il enseigna la chimie, Charles IV le combla en lui faisant construire un laboratoire particulièrement luxueux. La bonne fortune de Proust en Espagne s’arrêta brusquement en 1808 lorsque Napoléon assiègea Madrid. Accusé de trahison envers son pays d’adoption il rentra en France et se retira à Craon où il vécut tranquille à l’abri de toute vie extérieure Il accepta en 1816 un siège à l’Institut sur l’insistance de Chaptal, Berthollet et Bosc. A la fin de sa vie il reprit après la mort de son frère, du service dans l’officine familiale d’Angers.

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Guillaume-François Rouelle (1703-1770) : Démonstrateur au Jardin du Roi :

Les cours de chimie qui se donnaient au Jardin des Plantes étaient faits à la fois par un professeur et un démonstrateur. Le premier rôle était tenu par le médecin ordinaire du roi qui incarnait la théorie sans jamais s’abaisser à manipuler les drogues. Le second rôle était dévolu au démonstrateur qui appuyait au moyen d’expériences les propos de son collègue lorsque celui-ci avait terminé son exposé du jour. C’est dans cette ambiance que Rouelle, apothicaire privilégié, né à Matthieu près de Caen, exerça sa fonction de démonstrateur au Jardin du Roi. Il laissait parler le docteur Bourdelin avec lequel il faisait équipe, et à la stupéfaction de l’assemblée, il déclarait que tout ce que l’on venait d’entendre était faux et absurde ainsi qu’il allait le prouver. Tout en tenant une officine il continua de donner des cours, le commerce l’intéressant assez peu. Il fut l’un des professeurs les plus écoutés de son époque, Diderot, Bayen , Proust   et Lavoisier suivirent ses cours : les trois derniers jettèrent les fondements de la chimie moderne. Membre de l’Académie des Sciences, inspecteur de la pharmacie l’Hôtel-Dieu, il refusa la situation de premier apothicaire de Louis XV qu’on lui proposa pour rester dans la ligne qu’il s’était tracée. Ennemi du « beau parlage », comme il se plaisait à le dire, Rouelle a peu et mal écrit négligeant de rédiger ses cours pour toujours se fier à l’inspiration du moment et improviser des digressions passionnantes. Mis à part son Mémoire sur les Sels neutres qui lui permit d’entrer à l’Académie et un Mémoire sur les embaumements des Egyptiens qui parut au Journal de médecine, chirurgie et pharmacie en 1756, le testament du grand chimiste, qui contribua au développement de la chimie en France, demeura oral malgré ses héritiers qui envisagèrent en vain la publication de ses cours.

Nicolas Vauquelin (1763-1829) : L'artiste de la chimie du XVIIIe

Balzac s’est emparé de ce pharmacien qu’il a mis en scène sous son nom véritable de Vauquelin, l’inventeur de l’Huile céphalique, dans César Birotteau. Ce personnage de roman n’est qu’une caricature qui ne ressemble pas au grand chimiste. Timide, moins brillant que Proust, moins grand que Parmentier  et beaucoup plus subtil et inquiet, il semblait un peu égaré dans ce siècle du positivisme. Ancien garçon de laboratoire chez un apothicaire de Rouen, il entra comme apprenti chez Cheradame, rue Saint-Denis à Paris. Ces qualités de travail et d’intelligence lui permirent d’être présenté à Fourcroy, savant qui jouissait alors d’une grande influence dans le milieu scientifique. La loi du 21 Germinal de l’an XI de la République, grande loi organique de la pharmacie française, venait juste de rétablir l’enseignement. Fourcroy, dès la réouverture de l’Ecole de Pharmacie en 1803, y fit nommer son protégé comme Directeur de l’établissement.

Les travaux de Vauquelin sont très variés ; ils intéressent les trois règnes : végétal, minéral et animal. Professeur à l’Ecole des Mines puis au Muséum d’Histoire Naturelle son expérience lui permit des découvertes qui eurent leur place dans les Traités élémentaires de chimie : il découvrit une terre douce baptisée glucine dans l’émeraude de Limoges et le chrome dans la crocoïse, plomb rouge de Sibérie. Expérimentateur de premier ordre il poursuivit des recherches sur le tamarin, la belladone, le tabac, le seigle ergoté mais aussi sur le sang, les urines, les calculs, les larmes, le lait…

Né à Saint André d’Hébertot, cet ancien garçon de laboratoire fut l’un des plus éminents professeurs de l’Empire

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Des apothicaires dans leur siècle : Le XVIIe siècle

Organisée en corporation la pharmacie au XVIIe siècle est réglementée par des statuts. Sous tutelle des Facultés ou des Collèges de médecine, la communauté intervient sur le recrutement de ses membres, fixe les règles d’apprentissage et d’accès à la maîtrise.


L’étude des textes pharmaceutiques de cette époque nous révèle un  homme prudent et de bonnes mœurs, sobre et craignant Dieu . Il accède à une formation pratique et obtient sa maîtrise après des années d’apprentissage et de compagnonnage. L’apothicaire du Grand siècle, entièrement soumis à l’autorité du médecin, subit de plein fouet la querelle qui oppose la faculté de médecine de Montpellier, avant gardiste, à celle de Paris, traditionaliste.


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Des apothicaires dans leurs siècle : Le XVIIIe siècle

La déclaration royale de 1777 sépare les corporations d'apothicaires et d'épiciers et reconnaît le monopole de la vente des médicaments aux seules membres du Collège royal de pharmacie. La pharmacie devient une branche officielle de la médecine et nécessite des études et des connaissances approfondies. L'organisation moderne de la profession date de cette époque et c'est à la période révolutionnaire que le mot "apothicaire" disparaît au profit de celui de "pharmacien".



Pour en savoir plus

Des pharmaciens dans leur siècle : Le XIXe siècle

Sous le Consulat une nouvelle réglementation de la pharmacie voit le jour « contenant organisation des Ecoles de pharmacie et sur la police de la pharmacie » est promulgué comme loi le 21 germinal an XI (11 avril 1803). Ce texte marque une date essentielle dans l’histoire du droit pharmaceutique. Il constitue à la fois la première loi consacrée à l’ensemble des problèmes pharmaceutiques et le premier texte pharmaceutique d’application territoriale générale. A partir de cette date seuls les pharmaciens diplômés peuvent ouvrir et exploiter une officine, préparer et vendre des médicaments.


Pour en savoir plus

Des pharmaciens dans leur siècle : Le XXe siècle

Dès les premières décennies du XXème siècle, il apparaît que la loi de Germinal n’offre plus un cadre satisfaisant à l’ensemble des activités pharmaceutiques. En effet, en 1803, les rédacteurs du texte n’avait pas du tout envisagé la fabrication industrielle du médicament. A l’époque, l’exercice de l’art pharmaceutique se limitait aux officines de ville. Avec les premières applications des progrès de la chimie durant tout le XIXème siècle apparaissent les premiers laboratoires, d’ailleurs souvent issus de l’officine. C’est la montée de cette industrie naissante, fonctionnant en dehors de tout cadre réglementaire, qui rendit nécessaire, en 1941, une adaptation de la législation aux besoins de la pharmacie moderne.


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Crédits

Conception : Dominique Kassel

Illustration : FDD