La Famille Menier au Parc Monceau...

Territoire de chasses royales perdu dans les champs, les bois et les vignes du village de Mousseaux, l’actuel parc Monceau est né avec la volonté de Louis-Philippe d’Orléans, duc de Chartres, qui en fait une folie dans les années 1760. Confisqué à la Révolution, rendu aux Orléans, repris par l’Etat au milieu du XIXe siècle, le parc est partagé : la ville de Paris en aménage une partie en jardin public, l’autre partie est vendue au banquier Emile Pereire. Avec son frère Isaac il y réalise une importante opération immobilière.

Il pourrait encore flotter une odeur de chocolat : la Famille Menier au Parc Monceau

 

 

 

Avant de devenir le siège social de l’Ordre National des Pharmaciens, le 4 avenue Ruysdaël est, à la fin du XIXe siècle, l’hôtel particulier de Gaston Menier, manufacturier-chocolatier, digne héritier de son grand-père Jean Antoine Brutus, d’abord simple droguiste, puis diplômé pharmacien.

 

 

 

 

Les Hôtels Menier

 

A la façon des Boussardel, les Menier « colonisent » les abords du parc Monceau. Le fils de Jean Antoine Brutus Menier, Emile-Justin, fait construire au 5 avenue

Van Dyck un hôtel, sans doute le plus extraordinaire du parc, véritable anthologie d’art décoratif.

 

 

 

Son fils Henri s’établit au 8 rue Alfred-de-Vigny.

 

 

 

 

Son autre fils, Gaston, achète le 4 avenue Ruysdaël. Hôtel qu’il quitte au décès de son épouse pour aller s’installer dans un hôtel plus vaste, à quelques pas de là, au 61 rue de Monceau.

 

 

 

Le 4 avenue Ruysdaël

 

L’hôtel particulier du 4, avenue Ruysdaël est construit en 1869-1870 par le cabinet des architectes Pellechet père et fils pour l’agent de change Louis-Eugène Lecomte. Gaston Menier l’achète en 1879.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Henri Parent, l’architecte de la famille y effectue de nombreux travaux.

 

Dans l’hôtel il aménage différentes pièces du second étage, implante un grand escalier décoré de mosaïques.

 

 

 

 

Dans la cour, les dépendances sont démolies et remplacées par une importante construction de style normando-mauresque, avec au sous-sol des écuries, au rez-de-chaussée des remises pour voitures et au second étage une salle de théâtre. Ce niveau étant relié par une galerie à l’hôtel.

 

 

 

 

 

 

Jean Antoine Brutus Menier : l'aventure industrielle

 

Pharmacien surnuméraire dans les armées napoléoniennes, Jean Antoine Brutus Menier n’a que vingt ans quand il aborde la vie civile en 1815. Ses études au Prytanée de La Flèche, son stage à la pharmacie de cette école, puis son affectation au service Santé de l’armée, le conduisent à s’intéresser à la préparation des drogues.

 

Avec le constat que de nombreuses entraves s’opposent à ce que les pharmaciens puissent préparer tous les produits pharmaceutiques, il décide dès 1816 de fonder  une maison de droguerie destinée à présenter aux pharmaciens un établissement central universel d’approvisionnement. 

 

Les débuts parisiens sont modestes, mais l’achat d’un moulin sur la rivière Marne, à Noisiel, va lui permettre, grâce à une énergie hydraulique importante, de développer considérablement son métier de droguiste.

 

Consécration professionnelle 

 

Mais malgré une reconnaissance de la communauté scientifique et technique des arts de l’industrie, Jean Antoine Brutus Menier n’est pas maître chez lui. Il agit sous tutelle. Ses fabrications sont dirigées par des collaborateurs diplômés. Aussi décide-t-il de reprendre ses études pour devenir pharmacien. A 44 ans il passe avec succès ses examens.

 

 

La consécration professionnelle arrive en 1851, à l’Exposition universelle, lorsque la concurrence française lui rend hommage en la personne du pharmacien François Dorvault : “ Menier a fondé à Noisiel-sur-Marne, il y a déjà de longues années, une usine hydraulique pour la pulvérisation des substances médicinales qui n’a point d’analogue en Europe, et par son importance et par la perfection des produits qui en sortent. ”

 

 

De la pharmacie au chocolat : Emile-Justin Menier

 

 

 

A la deuxième génération, la production pharmaceutique, née modestement à Paris dès 1816, développée à partir de 1825 à Noisiel, puis à Saint-Denis, est abandonnée.

 

 

Comme l’a fait son père pour les spécialités pharmaceutiques, Emile-Justin Menier consacre toute son énergie et son intelligence à la fabrication industrielle du chocolat.

 

Il développe le site usinier des bords de Marne. Pour ce faire il s’entoure de techniciens compétents : l’hydraulicien Louis-Dominique Girard, le chimiste Marcelin Berthelot, le frigoriste Charles Tellier. L’architecte Jules Saulnier construit une série de bâtiments et édifie un nouveau moulin destiné au broyage du cacao. Innovation et luxe procèdent à sa réalisation : ossature métallique porteuse et décor de céramique de tous les parements extérieurs. 

 

L’entreprise dévore le village. Une cité ouvrière est créée.

Noisiel devient le théâtre permanent d’expériences professionnelles et sociales.

 

 

 

 

 

Henri, Gaston et Albert Menier

 

Pour protéger l’avenir des établissements, en 1879, Emile-Justin Menier et ses trois fils Henri, Gaston et Albert créent une société en nom collectif. C’est ainsi qu’au décès du père, en 1881, les trois fils assurent la co-gérance de l’entreprise.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La plus grande chocolaterie du monde

 

Pour fabriquer du chocolat, il ne faut, serait-on tenté de dire, que du cacao et du sucre. Mais pour ces deux éléments de base, il faut des qualités particulières, afin d’obtenir une production irréprochable.

 

 

 

Pour ce faire les établissements Menier possèdent des plantations de cacaoyers au Nicaragua, d’importantes cultures de betteraves, des stations de raffinage du sucre. A Noisiel, de nombreuses machines assurent la presque totalité des opérations nécessaires à la fabrication du chocolat.

 

 

La société est présente à l’étranger avec de nombreux comptoirs et des usines à Londres et à New-York. La chocolaterie Menier devient la plus grande du monde.

 

 

Vers un empire triomphant

 

Paris cadre des premières fabrications pharmaceutiques, Noisiel centre de l’importante production chocolatière, théâtre permanent d’expériences professionnelles et sociales, « Valle Menier » au Nicaragua, localisation de vastes plantations de cacaoyers, Londres, New-York et leurs usines, … autant d’activités qui conduisent la modeste entreprise familiale vers la plus grande chocolaterie du monde.

 

 

Mandats parlementaires, gestion départementale, municipales, propriété de journaux, écrits économiques, présidences et administration d’organismes professionnels, adhésions à des structures sociales, soutiens à des oeuvres de bienfaisance, participations à des sociétés locales, … autant d’itinéraires, d’engagements qui impliquent les Menier dans la vie politique, économique et sociale de la France.

 

Demeures parisiennes, châteaux et parcs en Ile-de-France, en province, à l’étranger, voiliers sillonnant les mers du globe, adhésions à des cercles privés, ... autant de biens, de passions, de relations qui installent les Menier dans la grande bourgeoisie industrielle de notre pays.

 

 

Texte et images de Bernard Logre, Juillet 2016 - Connaissance du Val Maubuée