Les spécialités pharmaceutiques d’aujourd’hui sont nées dans les officines d’hier
Le 02/03/2016 à 23h03 par Anonyme
Résumé

L’auteur replace l’industrie pharmaceutique dans son contexte historique. Il s’intéresse à l’acte pharmaceutique, à la préparation des médicaments, aux remèdes secrets et à leurs réclames, aux charlatans et vendeurs de drogues miracles… Puis il présente la loi de Germinal an XI  et les changements qu’elle a engendrés comme le monopole accordé au pharmacien d’officine mais aussi le contournement de cette loi et la survivance des remèdes secrets. Enfin, il aborde l’évolution de la pharmacie au XIXème siècle : ses grandes découvertes, les réclames…

 

Les spécialités pharmaceutiques d’aujourd’hui sont nées dans les officines d’hier

Auteur : Dominique Kassel

Date du document : 01/09/2002

Date de mise en ligne : 15/10/2004

 

 

 

 

 

En France, l’industrie pharmaceutique est née dans le laboratoire de l’officine à la fin du XIXème siècle alors que dans les principaux pays européens elle est issue de l’industrie chimique. C’est depuis la fin du XXème siècle que l’industrie pharmaceutique, comme d’autres secteurs industriels, s’est consolidée par des fusions et des acquisitions. Dans la restructuration du secteur, la France est représentée par Sanofi-Aventis. Hormis ce grand groupe, l’industrie comprend des laboratoires indépendants dont quelques grosses entreprises d’origine familiale, Servier, Biomérieux, Pierre Fabre, Beaufour-Ipsen….

 

Un fossé sépare l’industrie pharmaceutique d’aujourd’hui de ce qu’elle était au début des années 1950. Au lendemain de la seconde guerre mondiale les 2 000 laboratoires, dont la moitié était une simple annexe de l’officine, vont progressivement s’inscrire dans un vaste mouvement de concentration.

C’est pendant l’entre deux guerres qu’apparaissaient la plupart des laboratoires pharmaceutiques. La situation économique engendrée par la première guerre mondiale a contribué à l’essor des secteurs industriels récents comme l’automobile et l’aéronautique mais aussi d’industries plus anciennes contraintes de faire face à la pénurie de certaines matières premières, comme la chimie et l’industrie pharmaceutique. On constate alors des différences profondes entre les industries chimiques et pharmaceutiques françaises et allemandes. En Allemagne les laboratoires pharmaceutiques sont l’aboutissement des stratégies de diversification en aval des entreprises chimiques. En France les entreprises de l’industrie pharmaceutique sont issues de l’officine.

C’est dans la mouvance de l’ère industrielle de la seconde moitié du XIXème siècle que le statut du laboratoire s’était transformé au sein de l’officine faisant de lui le creuset de l’innovation entraînant ainsi son émancipation.

L’industrie pharmaceutique française est caractérisée d’une part par la diversité de ses entreprises qui résulte des activités multiples menant de l’officine à l’établissement industriel, d’autre part par la réglementation de l’exercice professionnel élaborée pour l’officine, promulguée au début du XIXème. Dès cette époque les médicaments extemporanés firent progressivement place aux médicaments préparés à l’avance, appelés spécialités pharmaceutiques. De tels produits existaient en France depuis fort longtemps et connus sous le nom de remèdes secrets.

 

Les spécialités pharmaceutiques d’aujourd’hui trouvent ainsi leur origine dans les remèdes secrets d’autrefois. Leur histoire est longue et compliquée, liée au développement de l’industrie et fortement marquée par le cadre réglementaire qui trouve son origine dans la loi de Germinal An XI devenue inadaptée dès lors que la pharmacie s’industrialise.

 

Contexte légal et réglementaire actuel

 

"L'exercice de la pharmacie" est une activité définie par la loi. L’article L.4211-1 du Code de la santé publique énumère la liste d'opérations qui constitue cet exercice et les médicaments, produits ou objets concernés.

 

Le pharmacien ne peut exercer la pharmacie que s'il est inscrit à l'Ordre et si son exercice se déroule dans des locaux spécifiquement destinés à cet exercice et dûment autorisés. Ces locaux sont "des établissements pharmaceutiques".

 

Sous cette appellation sont regroupés : les officines, les pharmacies à usage intérieur des établissements de santé, des établissements médico-sociaux, des syndicats inter-hospitaliers,

les entreprises pharmaceutiques industrielles, les entreprises de distribution, les laboratoires d’analyse et de biologie médicale...

 

Les actes pharmaceutiques de fabrication, d'importation et d'exploitation des spécialités et autres médicaments, et autres produits réservés aux pharmaciens ne peuvent être effectués que dans des "établissements pharmaceutiques".

 

L'ouverture d'un établissement pharmaceutique, quelle que soit son activité, est subordonnée à une autorisation délivrée par l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS).

 

La définition européenne du médicament est précisée dans la Directive 65/65/CEE du 26 janvier 1965. En France, une transposition de ce texte en Droit national a été effectuée par 1'Ordonnance du 23 septembre 1967, modifiée le 31 décembre 1971 et le 10 juillet 1975, et insérée dans l'article L.511 du Code de la Santé Publique.

 

On entend par médicament, toute substance ou composition présentée comme possédant des propriétés curatives ou préventives à l'égard des maladies humaines ou animales, ainsi que tout produit pouvant être administré à l'homme ou à l'animal en vue d'établir un diagnostic médical ou de restaurer, corriger ou modifier leurs fonctions organiques.

 

Ancien Régime

 

Les remèdes du XVIIème et du XVIIIème siècles extraits du règne végétal, animal et minéral concordent assez mal avec les progrès de la chimie et de la pharmacologie opposant un courant populaire avec des préjugés hérités du Moyen-Age, et l’autre savant, dans lequel la thérapeutique médicamenteuse se précise. A cette époque l’engouement pour les plantes indigènes est important.

Gaïac, Baume de Tolu, baume de copahu, tabac, thé, café, cacao, quinquina, opium, digitale, jusquiame, colchique, valériane et arnica trouvent de nombreux emplois en thérapeutique.

De nouveaux produits chimiques viennent renforcer l’arsenal thérapeutique : l’alum, le kermès, l’eau de chaux, l’arsenic et le chlorate de potasse mis au point par Berthollet en 1787.

 

Sous l’ancien régime seul l’apothicaire titulaire d’une maîtrise pouvait exercer la pharmacie. Chaque médicament, préparé selon la prescription du médecin, était destiné à un malade déterminé. Pour exercer l’art pharmaceutique, effectuer des analyses et mener des travaux de recherches ils possédaient de petits laboratoires dans l’arrière boutique de l’officine. Dans le rapport étroit de la profession avec la santé publique, celle-ci est sous le contrôle médical et le rôle des médecins tant dans l’accès à la profession que dans sa surveillance est considérable.

 

Les actes pharmaceutiques sont ceux qui ont pour but la préparation des médicaments et leur mise à disposition des malades et seuls les professionnels reconnus capables conformément au règlement en vigueur peuvent exercer la pharmacie, se sont les statuts qui précisent ces actes.

 

Cependant les choses n’étaient pas aussi simples, puisque d’autres personnes pouvaient effectuer certains actes pharmaceutiques.

Les médecins ayant inventé ou introduit en France un remède nouveau recevaient des privilèges ou un brevet leur réservant l’exclusivité de la vente de leur remède.

Les chirurgiens étaient autorisés à vendre les remèdes utiles à la chirurgie.

Les herboristes botanistes commercialisaient des herbes concurremment avec les apothicaires.

Les épiciers, les merciers pouvaient également vendre des drogues simples d’importation sous le contrôle des jurés apothicaires.

Les ecclésiastiques dans un domaine limité pouvaient préparer et employer chez eux et pour leur usage les remèdes. La vente des médicaments leur était interdite.

 

Depuis une ordonnance royale de Jean Le Bon en 1352 qui faisait défense à toute personne de préparer tout médicament, les communautés d’apothicaires à Paris et en Province s’opposaient à la vente des drogues de composition illicite et à toutes sortes de gens, charlatans, guérisseurs et empiriques qui commercialisaient des remèdes sans aucune activité thérapeutique. Malgré les ordonnances et statuts royaux protégeant l’exercice professionnel des brevets, des lettres de concessions furent délivrées au XVIIème siècle par déclarations royales et permirent ainsi à de nombreux charlatans de prospérer en favorisant la fabrication de remèdes secrets. On entendait par remèdes secrets des préparations dont la composition était tenue secrète seul moyen de protéger l’inventeur du produit à une époque où le brevet et le dépôt de marque n’existaient pas. Le droit de fabriquer des remèdes secrets n’appartenait à personne pas plus aux apothicaires qui devaient respecter la prescription médicale et le qui pro quo, qu’aux médecins.

C’est ainsi que la vente de l’orviétan, électuaire inventé à Orvieto en Italie associant des substances végétales à la thériaque, fut autorisée par brevet délivré à Désiderio Descombes en 1625. En 1636, un arrêt du Conseil du Roi reconnut aux apothicaires de contrôler les charlatans dont la prospérité leur portait préjudice. Les hôpitaux étaient mis à disposition pour les essais thérapeutique avec autorisation préalable donnée par le 1er médecin du Roi C’est également lui qui donne les brevets aux fabricants qui les protège contre la concurrence. Desiderio Descombes obtient un brevet pour son orviétan, Seignette pour son sel polycreste et Madame Garus pour l’élixir du même nom inventé par son mari médecin. L’utilisation de fourneaux et alambics étaient nécessaires à la préparation des remèdes et leur détention était contrôlée par la Cour des Monnaies qui délivraient le titre de maître distillateur : les teneurs d’alambics pouvaient à leur tour préparer des médicaments. Deux capucins Rousseau et Aignan étant autorisés à tenir fourneaux cette situation permit certainement au premier de mettre au point le laudanum et au second le fameux baume du père tranquille.

Cette situation dura jusqu’à l’affaire des poisons à l’issue de laquelle un édit de 1682 interdit à toutes personnes, sauf médecins, professeur de chimie ou apothicaire d’ouvrir un laboratoire de préparation de drogue et distillation sans en avoir la permission. Nicolas Lémery, apothicaire et chimiste ainsi qu’Adrien Helvétius médecin renommé obtinrent ce privilège : on doit au premier l’huile de talc et au second un remède à l’ipéca.

 

L’engouement de la Cour et la crédulité de la noblesse contribuèrent également au succès des remèdes secrets dont le roi protège l’essor et on emploie l’eau du Jacobin pour le traitement de la fistule royale, l’essence des vipères des capucins du Louvre pour soigner la maladie du Duc de Chartres et l’élixir de Garus contre l’affection mortelle de la Duchesse de Berry. Malgré l’édit de 1707 promulgué par Louis XIV interdisant à quiconque n’étant pas qualifié de vendre ou de donner aucun remède mais rien n’y fit et les charlatans de tout genre continuèrent leur commerce lucratif à grand renfort de réclame.

Prospectus, affiches, gazettes et crieurs des rues clamaient les bienfaits de drogues miraculeuses. Des annonces diffusées dans les rares gazettes de l’époque vantaient les mérites des remèdes proposés.

C’est ainsi que l’on peut relever dans la Gazette du 2 mars 1776 publiée par Théophraste Renaudot, une réclame concernant une lotion composée de plantes, racines et aromates qui utilisée en friction stoppe les névralgies ou l’apparition du scorbut sur les gencives... Cette liqueur dentifrice du sieur Botot compte tenu de son efficacité sera inscrite au Codex de 1831.

Dans Le Moniteur Universel, appelé Gazette Nationale, fondée en 1789 par Panckoucke on peut lire de très nombreuses annonces publicitaires en faveur des remèdes de l’époque comme celle pour …Cet extrait de gaïac a non seulement la propriété de guérir la goutte mais de préserver ceux qui en font un léger usage… Des cas cliniques confirmaient bien entendu les biens fondés de ce remède. Les contre–indications figuraient également ainsi que la posologie, le prix et l’adresse du fabricant. Il ne manquait plus que le nom du fabricant pour que toutes nos mentions légales fussent respectées !

 

Ces annonces diffusées dans les rares gazettes de l’époque ne constituent qu’un bien faible aperçu du battage que faisaient les charlatans et autres vendeurs de drogues miracles grâce aux crieurs des rues. C’est par milliers qu’étaient confectionnés les baumes, les électuaires, sirops, pommades, liqueurs, robs et élixirs dont on assurait qu’ils guérissaient peste et syphilis. Comme aucun produit n’était réellement efficace contre ces fléaux, les malheureux infestés par ces maladies étaient particulièrement sensibles aux promesses de guérison éhontées des charlatans.

Un des plus célèbres bonimenteurs du début du XVIIIème siècle est connu sous le nom de Tabarin, de son vrai nom Pierre Girard. Habillé d’un costume de Pierrot, coiffé d’un chapeau sans fond il s’entourait d’une troupe de comédiens dont les farces poussaient à l’achat du baume infaillible ou à l’onguent souverain traitant les brûlures. Accompagné de sa femme déguisée en Arlequine et de son frère docteur en médecine, affublé du nom de Mondor ils échangeaient des propos qui déclenchaient le rire des badauds. Toute cette comédie burlesque leur permettait de réaliser des affaires en or qui n’auraient pas été si brillantes sans cette opération publicitaire.

Un autre charlatan de haut vol, Nicolas de Blégny obtint, à force d’intrigues, le titre de chirurgien de la reine. Condamné plusieurs fois pour escroquerie, il trouva sa voix dans la publicité propre à assurer les ventes des remèdes miracles qu’il fabriquait après avoir volé leur composition comme le remède anglais ou le chocolat antivénérien.

Les profanes et les religieux rivalisaient de créativité dans ce panthéon de l’escroquerie et du mensonge. Des drogues auréolées de la garantie divine étaient concoctées par des religieux ou qui se présentaient comme tels : l’eau rouge des jacobins, l’essence divine du révérend père Aimé, l’eau de vie de lavande des religieuses bénédictines de Traisnel.

Les gens de médecine commercialisaient également des remèdes miracles, le baume de vie de l’apothicaire Lelièvre, l’eau fondante antivénérienne du docteur Guilbert de Préval, les grains de vie de Clérambourg, le sirop mercuriel du docteur Bellet, la tisane antivénérienne de Felz, qui se vendent à prix d’or.

« …qu’on ne voit pas un charlatan qui n’en ait un pour chaque maladie » disait Jean-Jacques Rousseau devant ces baumes qui se vendaient par milliers…

De 1728 à 1778 le pouvoir royal prendra des mesures draconiennes pour limiter le nombre important des remèdes secrets. A partir de 1731, le 1er médecin du roi donnait les autorisations des remèdes préparés à l’avance, pour la guérison de certaines maladies épidémiques, après avis d’une commission composée de représentants des corps des médecins, des chirurgiens et des apothicaires. La déclaration royale du 25 avril 1777 réforme la corporation des apothicaires en les réunissant dans un corps indépendant, le Collège de Pharmacie. Ce n’est pas encore l’égalité avec les médecins, pour cela il faudra attendre 1920, la transformation de l’Ecole de pharmacie en Faculté, la pharmacie est toujours considérée comme une branche de l’art de guérir et la prépondérance médicale est maintenue. Le collège comprend tous les apothicaires aussi bien les maîtres que les apothicaires privilégiés, les épiciers n’en font pas partie. Le monopole des apothicaires est confirmé, des cours se développent, l’exercice de la pharmacie par les ecclésiastiques est limité à l’usage particulier et intérieur des hôpitaux et communautés à l’exclusion de tout autre débit de drogues.

A partir de 1778, la Société royale de médecine fut chargée d’examiner les remèdes nouveaux et de délivrer les brevets autorisant leur vente et distribution et c’est ainsi que le remède secret, autorisé à partir de 1778, devint la forme légale de la spécialité. Par décret du 17 mars 1791 l’exercice de la pharmacie devint libre mais devant les abus, la Constituante, par décret du 17 avril de la même année, décida de réserver les patentes pour la préparation et la vente des médicaments aux apothicaires. Le 8 août 1793 toutes les Académies ou sociétés patentées ou dotées par la Nation furent supprimées et parmi elles la Société royale de médecine encore chargée de l’examen des remèdes secrets. Il en résultera un développement considérable de remèdes illicites comme d’ailleurs des actes d’exercice illégal de la pharmacie.

Le 21 Germinal An XI est votée la loi qui constitue depuis, la base du texte législatif de la pharmacie.

 

La Loi de Germinal An XI

 

En 1803, la Déclaration des Droits de l’homme est la charte de la République. Dans le domaine du commerce et de l’industrie est interdite toute idée de corps intermédiaire entre l’individu et l’Etat qui a repris en main les fonctions d’intérêt public. Il assure désormais l’enseignement de la pharmacie et la surveillance de l’exercice professionnel. La loi de Germinal donne aux pharmaciens les règles essentielles de leur formation, de leur métier et de leur commerce.

Elle prévoit l’ouverture de 6 Ecoles de pharmacie qui dispenseront l’enseignement théorique de chimie, de botanique, de pharmacie et d’histoire naturelle des médicaments. Les diplômes délivrés par ces écoles donnent le droit d’exercer sur tout le territoire. Pour exercer le pharmacien doit faire enregistrer son diplôme à la préfecture et au tribunal de 1ère instance.

Un codex ou formulaire sera rédigé par les professeurs des écoles de médecine et de pharmacie, désignés par le gouvernement dont la première édition paraîtra en 1818.

Les épiciers et droguistes ne peuvent plus vendre ni remèdes ni drogues simples au poids médicinal : ils sont autorisés à débiter celles-ci au poids de commerce.

Pour vendre des plantes médicinales indigènes, sans être pharmacien, il faut être reçu herboriste.

Tout débit de remèdes ou de drogues simples sur les places publiques est interdit.

Toute vente de remède secret est interdite comme toute annonce faite pour un tel remède sous peine de poursuites et punies suivant le Code des Délits et Peines.

 

Dorénavant le pharmacien d’officine est le seul habilité pour préparer et débiter des médicaments selon l’article 32 de la loi.

Les pharmaciens ne pourront livrer et débiter des préparations médicinales ou drogues composées quelconque que d’après la prescription faite par des docteurs en médecine ou en chirurgie, ou par des officiers de santé et sur leur signature. Ils ne pourront vendre aucun remède secret. Ils se conformeront, pour les préparations et compositions qu’ils devront exécuter et tenir dans leurs officines, aux formules insérées et décrites dans les dispensaires ou formulaires qui ont été rédigés ou qui le seront dans la suite par les écoles de médecine. Ils ne pourront faire, dans les mêmes lieux ou officines, aucun autre commerce ou débit que celui des drogues et préparations médicinales.

 

Le monopole du pharmacien ne dura pas longtemps car malgré la loi la vente des remèdes secrets continua. De plus sous la pression des inventeurs et des fabricants qui possédaient des brevets antérieurs à la loi, un décret du 25 prairial an XIII (14 juin 1805) revint sur l’interdiction pour en atténuer les effets. Les propriétaires des licences obtenus avant germinal pouvaient reprendre leur commerce sous réserve de faire agréer leurs licences par le Préfet de Police. Pour limiter le charlatanisme un décret impérial du 18 août 1810 réglementa à nouveaux les remèdes secrets. Quatre mois après un nouveau décret venait atténuer la rigueur du précédent et les inventeurs n’étaient plus tenus de remettre au ministre de l’intérieur la recette de leurs remèdes ou composition, avec une notice des maladies auxquelles on pouvait les appliquer et les résultats des expériences qui en avaient été faites. A partir de la création de l’Académie Royale de médecine en 1820 instituée pour répondre aux demandes du gouvernement en matière de santé publique, cette dernière fut également chargée de l’examen des remèdes nouveaux et des remèdes secrets. La confusion des textes législatifs demeurait au grand bonheur des inventeurs de remèdes miracle. En effet fallait-il considérer le remède secret au sens littéral de médicament dont la composition n’a pas été divulguée ou au sens juridique de médicament qui ne répond pas aux exigences du décret du 18 août 1810 ; remède secret signifiant alors remède non autorisé.

 

La liste officielle des remèdes secrets dont la vente a été autorisée en 1831 ne comporte que 6 médicaments : les Pilules de Belloste, les Grains de santé du Dr Franck, la Poudre dite d’Irroë, le Rob antisyphilitique Boiveau-Laffecteur, la Pommade ophtalmique de la Veuve Farnier, la préparation anti-dartreuse de KuncKel.

Un nouveau décret s’imposait ce qui fut fait le 3 mai 1850. …Considérant que depuis la loi de germinal tout remède ne figurant pas dans le Codex ou dont la recette n’a pas été publié par le gouvernement est considéré comme remède secret ; qu’aux termes de la loi toute vente de remèdes secrets est interdite ; qu’il importe à la thérapeutique de favoriser l’usage des remèdes nouveaux dont l’utilité aurait été reconnue, décrète que les remèdes qui auront été reconnus nouveaux et utiles par l’Académie Nationale de médecine et dont les formules auront été approuvées par le ministère de l’agriculture et du commerce cesseront d’être considérés comme remèdes secrets. Ils pourront être en conséquence vendus librement par les pharmaciens…

 

Le XIXème siècle connaît un grand développement des sciences physiques : c’est le siècle de la chimie tout comme le XXème siècle sera celui de la chimie-physique. A la suite des découvertes de Lavoisier la chimie analytique s’attacha à isoler les éléments constitutifs des substances organiques et minérales.

La mise en évidence des premiers alcaloïdes, la découverte de la quinine par Pelletier et Caventou, donnèrent le signal aux grandes découvertes. En parallèle le régime napoléonien encouragea l’innovation en matière scientifique Au cours du XXème siècle la profession pharmaceutique a relevé le niveau de formation et lutta contre les pratiques obscurantistes en matière de thérapeutique.

Sous la Restauration les enjeux changèrent : la notoriété passait dorénavant par la presse qui se faisait l’écho des succès thérapeutiques. De nombreuses publications virent le jour : le Journal des débats, la Presse, l’Echo de Paris, le Petit Parisien, le Matin, et cent autres encore qui se lancèrent à la conquête de millions de lecteurs. Les réclames thérapeutiques, souvent en dernière page abondaient. L’audace des annonceurs clamait des guérisons garanties par les remèdes. Chacun traitait efficacement une gamme de maladies aussi diverses qu’incurables et le même sirop, cachet ou suppositoire, utilisé avec succès dans l’asthme connaissait une action tout aussi bénéfique contre les rhumatismes ! Tout comme au siècle précédent les rédacteurs de ces journaux étaient bien payés et les artistes de l’époque, peintre et dessinateurs, commencèrent à illustrer les réclames : Daumier, Cham, Véron, Capiello…..

Au cours de ce siècle la profession emprunta deux directions, d’une part la création surabondante de spécialités pharmaceutiques et d’autre part l’industrialisation massive.

Des préparations très célèbres sortent de l’arrière-boutique des officines, comme par exemple le Racahout des arabes. Si les préparations magistrales sont encore très nombreuses, le XIXème siècle voit naître et croître petit à petit les spécialités pharmaceutiques. C’est la naissance de l’industrie pharmaceutique dont les laboratoires Dausse sont un exemple de cette genèse.

Amans Dausse s’installa d’abord comme pharmacien d’officine rue de Lancry à Paris 10° en 1826. Il adjoignit à sa boutique un petit laboratoire pour y fabriquer des extraits de plantes. Trop à l’étroit, il acquit des locaux plus vastes lui permettant une fabrication à plus grande échelle. En 1834 il fonda des laboratoires qui constituèrent la première fabrique d’extraits pharmaceutiques. A partir de la fabrication centrale des extraits de plantes le laboratoire Dausse diversifia peu à peu son activité en aval et en amont, et poursuivit son industrialisation pour monter des usines hors de Paris en 1882 puis en 1912.

 

L’évolution de la pharmacie liée à la fabrication industrielle des spécialités à partir des années 1840 fait son chemin dans un cadre réglementaire et législatif non prévu par la loi de germinal. Un nouveau décret s’imposait signé par le Président de la République, Gaston Doumergue, le 13 juillet 1926, abolissant les remèdes secrets.

 

Ce décret reconnaissait la spécialité pharmaceutique et l’interdiction définitive du remède secret. La grande majorité des fabricants pharmaceutiques estima dangereux de laisser mettre sur le marché des médicaments sans contrôle ni autorisation d’autres lois seraient bientôt votées …

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