La Thériaque : 20 siècles d’histoire
Le 02/03/2016 à 23h00 par Anonyme
Résumé

La thériaque était un remède universel, qui pouvait tout guérir, et qui de ce fait reçut un accueil enthousiaste pendant 18 siècles. Sa préparation figurait encore en 1908 dans l'édition de l’Officine ou répertoire général de la pharmacie de Dorvault. Fabriquée en de nombreux endroits, en secret ou en grande pompe, par des médecins, des pharmaciens, elle eut d'innombrables formules.

 

La Thériaque : 20 siècles d’histoire / Dominique Kassel, juillet 1996

 

 

A Rome au Ier siècle, Andromaque l'Ancien, médecin de Néron composa un nouvel électuaire qui comprenait une soixantaine de plantes et de la chair de vipère, laquelle passait pour protéger des morsures des bêtes venimeuses. Criton, médecin romain contemporain de Trajan, donna à cet électuaire le nom de thériaque, de thériakos signifiant en grec "bon contre les bêtes sauvages".

 

Galien, médecin de Marc Aurèle qui tenait officine à Rome sur la voie sacrée, contribua à la renommée extraordinaire de la thériaque. Il la décrivit en détail telle que l'avait conçue Andromaque sans lui apporter de modification. Elle contenait à cette époque 74 composants, dont quelques milligrammes d'opium. Une fois les substances soigneusement traitées et mélangées, on introduisait le tout dans un grand vase en verre ou en argent laissant un espace vide pour permettre la fermentation. On préconisait de ne l'utiliser que 5 à 7 ans après sa fabrication pour en ressentir les bienfaits.

 

La thériaque trouva une popularité croissante : au XIVème siècle son prestige était grand, elle était par exemple recommandée contre la peste.

 

Dès le XIIIème siècle se tint à Beaucaire l'une des plus grandes foires françaises où venaient se ravitailler médecins et apothicaires : une tente abritait la déjà célèbre thériaque de Montpellier.

 

En 1556, le statut des apothicaires d'Orléans leur enjoint, comme c'était le cas dans de nombreuses villes, de ne préparer les compositions importantes qu'après avoir fait contrôler leurs drogues par les médecins et apothicaires. La thériaque était ainsi préparée en commun et sur la place publique.

 

Au XVIIème siècle, à l'occasion de fêtes quinquennales appelées "Jubilé des Apothicaires", La maxima theriaca était préparée en public selon la formule publiée en 1668 par Moyse Charas, apothicaire, demeurant à Paris.

 

Depuis les temps les plus anciens, de grandes réserves ou des critiques sévères avaient été exprimées contre la polypharmacie, qui réunissait dans une même préparation une foule de substances hétérogènes, dont on supposait que chacune avait dans l'organisme une action bien définie, et dont les actions s'additionnaient les unes aux autres. L'ère de la chimie vint qui contesta l'engouement pour les médicaments composés, critiqués entre autres par le célèbre Nicolas Lémery dans sa Pharmacopée universelle de 1763 puis par le grand chimiste Fourcroy, dans son ouvrage Art de connaître et d'employer les médicaments.

 

La dernière préparation publique de la thériaque eut lieu en septembre 1790, au lendemain de la Révolution française. Malgré, le développement des sciences médicales, la thériaque, avec une formule réduite à 58 puis 52 produits, continua cependant d'être consommée jusqu'à la fin du XIXème siècle.

 

 

 

Bibliographie

 

  • Contribution à l'histoire de la pharmacie dans l'Orléanais / Henri Bonnemain. - Cahors : A. Coueslant, 1936.

  • La Thériaque, éternelle panacée / Jean Flahaut. – in Officiel de la Pharmacie. - n° 4, 12 avril 1994

 

 

Voir aussi

 

 

De la thériaque à la thérapie cellulaire / Colette Keller Didier

La thériaque / Patrick Bourrinet

 

 

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