Des Hommes et des plantes
Le 02/03/2016 à 22h53 par Anonyme
Résumé

Très tôt au cours de l'évolution, les hommes, pour se soigner, utilisèrent les ressources présentes dans leur environnement naturel. Les Plantes tinrent une place importante qui ne s'est jamais démentie, et il est tout à fait remarquable de constater que la plupart des plantes utilisées en thérapeutique de nos jours, ont été découvertes avant l'apparition des méthodes scientifiques d'exploration.

 

Des Hommes et des plantes / Dominique Kassel, juillet 1996

La première ordonnance connue, IIIème millénaire avant Jésus-Christ en Mésopotamie, prescrivait déjà des remèdes à base de saule pour soigner les maux de tête. Le pavot, dont on retrouve des représentations sur les bas reliefs des palais de Mésopotamie, et le suc de son fruit furent les premiers médicaments contre la douleur. Nos ancêtres les gaulois pratiquaient, comme chacun sait, la cueillette du gui, mais ils connaissaient également l'usage des plantes toxiques comme l'if dont ils empoisonnaient la pointe de leurs flèches pour la pêche, la chasse, et la guerre. Du papyrus de Ebers, 1550 avant Jésus-Christ, jusqu'au XVIIème siècle, les médicaments restèrent pour l'essentiel extraits du règne végétal ; la cueillette fut donc le premier mode d'acquisition du médicament. Le hasard et l'observation attentive ont permis peu à peu d'apprendre et de découvrir les vertus adoucissantes, antiseptiques, dépuratives, cardiotoniques... des plantes. Traitées souvent d'une façon sommaire c'est-à-dire mélangées à l'eau par infusion, décoction, macération, ou percolation afin de faire passer les produits actifs des plantes dans un liquide, elles étaient absorbées par voie orale sous forme de tisane, de potion, ou appliquées sur les blessures sous forme d'emplâtre.

 

Se soigner, soulager sa douleur et celle de son prochain a toujours été une des préoccupations de l'humanité, et chaque civilisation, de l'Orient à l'Occident, apporta sa contribution à cette quête. Les Chinois connaissaient bien avant notre ère la préparation des extraits qui consistait à rassembler sous masse réduite tous les principes solubles des drogues en se débarrassant ainsi du volume fort encombrant des matières inertes. Les apothicaires préparaient eux-mêmes les extraits, selon une méthode mise au point par Dioscoride, à partir des plantes de leurs jardins Les plantes sont dites médicinales, lorsqu'un de leurs organes possède des activités pharmacologiques, pouvant conduire à des emplois thérapeutiques. On n'utilise généralement qu'une partie de la plante, la racine, la feuille, la fleur, la graine..., la plus riche en principe actif. Fraîche ou desséchée cette partie est appelée drogue végétale ou tout simplement drogue.

Jusqu'à la fin du XIXème siècle avant que ne s'ouvre l'ère de la chimie de synthèse, la production des médicaments fut liée à l'acquisition et à la transformation galénique des matières premières pharmaceutiques d'origines minérale, animale et végétale. Parmi les ressources végétales une part importante venait des pays lointains. Aussi dès le XVIIème siècle, dans une volonté d'indépendance à l'égard des importateurs, des communautés d'apothicaires se regroupèrent, pour constituer un jardin commun, permettant la culture des plantes nécessaires à l'exercice de leur art. Les Jardins des plantes étaient nés, et le Muséum d'histoire naturelle de Paris voyait le jour en 1793 couronnant les idées naturalistes de Rousseau : Jussieu et Desfontaines furent chargés de la botanique.

Les plantes allaient devenir source de chimie ; l'extraction des principes actifs domina toute la recherche pharmaceutique du XIXème siècle ; déjà au XVIème siècle, Paracelse prônait l'extraction de l'âme des végétaux, leur quintessence. Les savants du Directoire et de l'Empire entraient dans un autre temps de l'histoire des sciences. Charles-Louis Cadet de Gassicourt, dans un article inaugural du Bulletin de la pharmacie de 1809, prit position sur les conséquences, pour la pharmacie, des progrès de la chimie. A partir de cette époque se succédèrent de remarquables travaux qui conduisirent à l'isolement des principes actifs des drogues végétales. Ce furent d'abord les alcaloïdes, extraits de l'ergot de seigle par Tanret, la morphine isolée en 1817 par Sertürner, et Robiquet, tous deux pharmaciens, la digitaline par Claude-Adolphe Nativelle, un autre pharmacien, qui isola la substance active de la digitale pour la fabrication d'un cardiotonique, médicament encore utilisé de nos jours. Pelletier et Caventou isolèrent la quinine, de l'écorce du quinquina, médicament qui lutte aujourd'hui encore contre le paludisme. La liste des découvertes qui marquèrent cette époque est bien trop longue, cependant on ne peut terminer ce bref aperçu sans revenir à la plus célèbre de toutes : l'isolement du principe actif de l'écorce de saule, la salicine, par H. Leroux, pharmacien français, en 1829. L'acide salicylique fut isolée en 1838, puis en 1853, Gerhard réalisa l'acétylation de l'acide salicylique en créant l'acide acétylsalicylique qui est notre aspirine. L'allemand F. Hoffmann en réalisa la synthèse totale en 1897, commercialisée par la firme Bayer. Après la guerre de 1914-1918, au titre des réparations de guerre, l'aspirine tomba dans le domaine public. Elle est actuellement un des médicaments les plus utilisés, contre la douleur, comme anti-inflammatoire et récemment comme anti-coagulant du sang.

 

 

 

Bibliographie

 

  • Histoire contemporaine des médicaments / François Chast - Paris : La Découverte, 1995

  • Histoire et renouveau des plantes médicinales / Pierre Delaveau. - Paris : Albin Michel, 1982

 

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