Toulouse face à son patrimoine
Le 02/03/2016 à 22h43 par Anonyme
Résumé

Extrait de l’article rédigé pour le Bulletin de l’Ordre des pharmaciens région Midi-Pyrénes n° 22, novembre 2005, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine qui propose une balade à travers les rues de Toulouse. Un prétexte pour évoquer le patrimoine pharmaceutique de la Ville Rose. Le promeneur s’attarde au musée Saint-Raymond, traverse les archives et l’université, poursuit son chemin par la pharmacie de la rue Ozenne vers le musée Paul Dupuy sur les traces du cachou Lajaunie !

 

Toulouse face à son patrimoine

Auteur : Dominique Kassel

Date du document : 02/11/2005

Date de mise en ligne : 19/12/2005

Les Journées européennes du patrimoine sont un excellent prétexte pour découvrir, ou redécouvrir, les témoignages d’une culture et de son histoire. L’ancien fief des Comtes de Toulouse, résolument tourné vers l’avenir car étroitement lié au monde de l’aéronautique et du spatial, se conjugue au futur, au présent et au passé.

 

Les rues, parsemées de splendides hôtels particuliers, évoquent la puissance et le prestige des négociants du pastel. Teinture, mais aussi plante médicinale aux propriétés antiseptiques, toniques et fébrifuges, Isatis tinctoria L. figure dans le « Dictionnaire universel des drogues simples » de Nicolas Lémery, en 1760. Lémery nous explique qu’avec les feuilles de cette plante, on fait également une pâte sèche appelée cocagne et utilisée par les teinturiers. De la plante au médicament, le lien est un fil conducteur pour partir en promenade à la recherche du patrimoine pharmaceutique.

 

La visite peut commencer au musée Saint-Raymond. L’ancien Collège présente, sur trois niveaux, les collections d’archéologie et d’art antique de la ville. Au premier étage, parmi la statuaire de la villa de Chiragan de Martres-Tolosane, deux médaillons d’Esculape et d’Hygie datant du IIe ou du IIIe siècle. Exposés, côte à côte, les bustes du dieu de la médecine et de la déesse de la santé ; un peu plus loin, dans une vitrine, une petite statuette d’Hygie acéphale.

 

Le catalogue d’ouvrages anciens de médecine et de pharmacie, publié par la Bibliothèque Municipale de Toulouse en 1988, confirme que l’histoire des sciences médicales est très ancienne et antérieure au Moyen-âge. La pratique et l’enseignement de la médecine remontent, sans nul doute, à la période de l’antiquité romaine : de la chute de l’empire romain à la première période médiévale, époque ou la vieille cité palladienne était «mère des arts, des armes et des lois ». La vénérable faculté de médecine, contemporaine de l’université fondée en 1229, est l’une des plus anciennes d’Europe. La tourmente de la révolution française, en 1791, fait disparaître la faculté qui est remplacée, durant un siècle, par une école secondaire, puis par une école de plein exercice de médecine et de pharmacie. La renaissance s’opère en 1891 avec la création d’une nouvelle faculté mixte de médecine et de pharmacie, au centre de la capitale du Sud-Ouest de la France, célèbre par ses Académies et ses Sociétés savantes.

 

La ville rose est, aujourd’hui, la deuxième université de France. Plus de 110 000 étudiants se partagent entre 3 universités, 4 écoles d’ingénieurs et 14 grandes écoles. Dans le domaine de la santé c’est l’université Paul Sabatier, qui doit son nom au prix Nobel de chimie en 1912, qui dispense son enseignement à 29 000 étudiants dans les domaines de la médecine, de la chirurgie, de l’art dentaire et de la pharmacie.

 

L’université, attachée à son patrimoine, conserve des fonds anciens dans les domaines de la paléontologie, de la minéralogie, de l’astronomie et de la botanique, véritables objets de mémoire de la science. Avec l’aide du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, elle a entrepris des opérations de sauvegarde de ses collections pour préserver l’héritage laissé par les scientifiques d’hier, comme Picot Lapeyrouse, afin de le transmettre aux générations futures. La collection de botanique, léguée par Henri Gaussen, ne comporte pas moins de 256 000 spécimens et 8 herbiers. Ce toulousain (1891-1981) botaniste et cartographe, est un des fondateurs de la phytogéographie et l’auteur d’une collection photographique étroitement liée à son oeuvre scientifique. Au-delà de leur intérêt historique, ces collections, relayées par les connaissances actuelles des chercheurs, nous permettent de mieux saisir les enjeux scientifiques et culturels de la recherche.

Les 1700 étudiants inscrits dans les divers diplômes de l’UFR de pharmacie ne se doutent certainement pas qu’au XVe siècle, la corporation des apothicaires de Toulouse réglemente la profession. C’est aux archives municipales et départementales que l’on retrouve les copies, intégrales et en latin, des statuts. Les ordonnances des Capitouls, du 1er avril 1471 et du 9 avril 1513, réforment les statuts de 1464. Sous l’Ancien régime, toutes les corporations sont extrêmement fermées : pour exercer un métier, il faut subir un examen et être agréé par les maîtres en exercice. A Toulouse, comme dans les autres villes du royaume, il est interdit d’ouvrir boutique d’apothicaire si l’on n'a pas subi avec succès la maîtrise et acquitté une somme d’argent au profit de la ville ou de la communauté. La confrérie religieuse, placée sous le patronage de Saint-Michel a son siège dans la chapelle de Rieux au couvent des Jacobins.

 

Poursuivant notre promenade vers le musée Paul Dupuy, nous passons par la rue Saint-Rome afin d’admirer la remarquable maison de Augier Ferrier, médecin de Catherine de Médicis. Chemin faisant, notre regard s’arrête sur une affiche, haute en couleur, signée Cappiello. Dans la vitrine d’un libraire d’ouvrages anciens, la publicité, pour « le cachou Lajaunie », rappelle que le célèbre inventeur était un pharmacien toulousain. La formidable épopée de la petite boîte cylindrique jaune démarre en 1880, lorsque Léon Lajaunie, pharmacien ariégeois s’installe à Toulouse. « Seul anti-nicotinique que tout fumeur doit rechercher » le cachou est «un excellent digestif et parfait anti-microbe… ». De 1902 à 1987, les campagnes publicitaires soutiennent le développement de l’entreprise : 400 000 boîtes vendues en 1910,

2 000 000 en 1930 et 7 000 000 en 1987. Les laboratoires pharmaceutiques Pierre Fabre rachètent la PME en 1989. Ils la cèdent, en 1993, à la société Parke Davis, filiale du groupe américain Warner Lambert qui avait déjà acquis, en 1988, les pastilles Vichy.

 

Après la place des Carmes, la rue Ozenne réserve la surprise d’une officine ancienne. Au bas de la vitrine, un bandeau mentionne les noms des pharmaciens qui se sont succédés depuis que le premier titulaire, Monsieur L’Aroture créa la pharmacie en 1775 : le titulaire actuel est le 9ème de la liste. Il nous apprend que, malgré deux déménagements, les boiseries sont restées intactes et supportent des pots canon et des flacons de verre. Les boiseries sont classées et la façade est inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.

 

Direction le musée Paul Dupuy qui abrite l’un des plus beaux témoins de l’histoire de la pharmacie. A la fin du XIXe siècle, Paul Dupuy achète le mobilier d’une officine de la rue Cujas, pour l’installer dans son hôtel particulier. Dans cette officine s’étaient succédés plusieurs générations de pharmaciens, Couseran, Saint-Plancat et Irisson, depuis l’achat, à la fin du XVIIIe siècle, par Jean-Antoine Vidailhon de l’ancienne pharmacie du Collège des Jésuites.

 

Installée en 1567 dans l’hôtel de Bernuys, la congrégation de Jésus se trouve vite très à l’étroit pour enseigner et loger les novices, les professeurs et les écoliers. Avec la permission de Louis XIII qui autorise la construction des maisons professes, les Pères Jésuites peuvent agrandir leur collège qui s’enrichit d’une importante bibliothèque et d’une apothicairerie. Celle-ci est construite en 1632, par Louys Behori, maître menuisier et complétée, en 1663, par son collègue Jean Escoube. En 1763, malgré les efforts de deux frères de la Compagnie, les boiseries et les objets de l’apothicairerie sont vendus, ainsi que tous les biens, meubles et immeubles appartenant aux Jésuites, lorsque ces derniers sont expulsés de France.

 

Entièrement reconstituée, au musée Paul Dupuy, l’apothicairerie se compose de plusieurs meubles et de pots de pharmacie. Sur les boiseries sont rangés, selon un ordre bien précis, les pots canon, les chevrettes et les albarelles qui contiennent les différentes drogues nécessaires au pharmacien. Une table sert à la préparation des remèdes. D’aspect robuste, elle comporte un plateau en marbre qui provient des carrières de Caunes-en-Minervois. Sur la table est posé un grand vase à Thériaque en étain, daté de 1624. A elle seule, cette splendide pièce d’orfèvrerie raconte, par son décor gravé, l’histoire de la panacée inventée par Andromaque, médecin de Néron.

Un second vase à Thériaque, en faïence de Toulouse de la première moitié du XVIIIe siècle, est présenté au deuxième étage du musée. Dans cette salle, qui rassemble des terres cuites et des faïences régionales, on peut encore admirer une chevrette en faïence grand feu, une paire de vases de devanture en porcelaine, mais aussi une albarelle de grand feu au décor polychrome, de la seconde moitié du XVIe siècle, provenant de Montpellier.

 

Ce bref survol du patrimoine pharmaceutique toulousain, pourrait être complété et élargi aux départements de l’Ariège, de l’Aveyron, du Gers, de la Haute-Garonne, du Lot, des Hautes- Pyrénées, du Tarn et du Tarn et Garonne, qui forment la plus importante région française.  

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