La Pharmacie Lhopitallier
Le 02/03/2016 à 17h00 par Anonyme
Résumé

Cet article est une présentation de la thèse, consacré à la Pharmacie Lhopitallier, que Clotilde Maisonnier a soutenue publiquement le 9 décembre 2013, pour l’obtention du Diplôme d’Etat de Docteur en Pharmacie. Avec beaucoup de talent elle nous invite à survoler 200 ans d’histoire à partir de trois éléments fondateurs : Histoire, Mémoire et Patrimoine. Au travers de l’histoire de cette pharmacie nous découvrons l’histoire d’une famille, d’une profession, mais aussi l’histoire de Paris. 

La Pharmacie Lhopitallier / Clotilde Maisonnier (mars 2014)

 

Le 1er juillet 2012, la pharmacie Lhopitallier, l’une des plus anciennes pharmacies parisiennes, ferme définitivement ses portes. C’est une « auguste dame », témoin de nombreuses évolutions et révolutions à Paris comme dans le monde pharmaceutique, qui nous quitte. Ouverte pour la première fois en 1680, elle a connu treize propriétaires différents et elle a vu passer de grandes personnalités comme d’illustres inconnus. Elle a traversé l’histoire de France et de Paris, suivant les évolutions des quatre siècles qu’elle a connus, résistant aux guerres et aux destructions, parfois blessée mais toujours debout. Le temps l’a finalement rattrapée ou plutôt elle a regardé le temps la dépasser.

 

Il y a deux cents ans, les apothicaires rivalisaient avec les épiciers pour le monopole des remèdes. Aujourd’hui, les pharmaciens luttent contre les supermarchés. Le cœur du métier, lui aussi, a évolué ; le temps de l’apothicaire préparant la thériaque dans son arrière-boutique est fini depuis longtemps. De nos jours, les médicaments sont vendus sur Internet. La pharmacie de Roger Lhopitallier, avec ses alambics datant du XVIIIe siècle, pouvait-elle s’adapter aux conditions modernes du commerce pharmaceutique ? Cela aurait exigé un réaménagement complet de l’intérieur de la pharmacie et une modernisation du matériel. En d’autres termes, cette adaptation ne pouvait signifier que la disparition du cadre ancien.

 

Installée d’abord rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, « notre » pharmacie voit évoluer la profession des apothicaires. Organisés en corporation et devant lutter contre les épiciers pour conserver leur monopole, les apothicaires vont devenir des pharmaciens, se structurant autour d’un Collège de pharmacie. Avec la Révolution française, le Collège devient l’École supérieure de pharmacie et la Société libre des pharmaciens de Paris voit le jour. Puis c’est la loi du 21 germinal an XI (21 avril 1803) qui établit une nouvelle législation pour la profession. Les apothicaires, puis les pharmaciens de l’officine située rue de la Montagne-Sainte-Geneviève participeront activement à l’Histoire de la pharmacie, ne se contentant pas d’être des témoins passifs des évènements. Pour retracer leurs parcours, nous avons exploré les archives de la corporation des apothicaires conservées dans les fonds anciens de la BIU Santé. Ces documents nous renseignent sur des bribes de leurs vies, de leurs études.

 

En 1859, la pharmacie est transférée rue Soufflot. Toujours située dans le quartier latin de Paris, à seulement quelques rues de son précédent emplacement, l’officine est le témoin privilégié de l’histoire de Paris. Elle survit aux travaux du baron Haussmann, à trois guerres et aux révolutions populaires. Des grands hommes l’ont côtoyée, que ce soit en essayant de détruire la vitrine comme Verlaine ou en allant rejoindre le Panthéon comme Victor Hugo. Mais cette pharmacie raconte aussi l’histoire d’une famille, celle des Lhopitallier qui se la transmettront de père en fils pendant trois générations. A travers le récit du dernier propriétaire, nous découvrons la vie des pharmaciens à Paris au XXe siècle.

Enfin, l’histoire de cette pharmacie c’est également celle de son sauvetage. Elle échappe une nouvelle fois à la destruction, pour enrichir les collections du musée Carnavalet dans le quartier du Marais. L’exercice professionnel a évolué. Le développement de l’industrie change la nature même du métier de pharmacien et cette transition vers une époque moderne avec ses nouvelles technologies n’est pas toujours facile à effectuer. Le nombre d’officines a considérablement augmenté depuis l’ancien régime et la concurrence est rude. Quand aucun avenir n’est possible, il faut parfois essayer de préserver les traces du passé. C’est ce qui a été entrepris pour sauvegarder le patrimoine de la pharmacie connue aujourd’hui sous le nom de « pharmacie Lhopitallier ».

 

Aujourd’hui, les passants ne peuvent plus venir chercher leurs médicaments dans la pharmacie Lhopitallier. En passant rue Soufflot, ils peuvent toujours admirer la devanture qui abrite désormais un magasin de vêtements. Mais le patrimoine exceptionnel de l’officine n’a pas été perdu. Roger Lhopitallier a accepté de faire don de son patrimoine, ce qui a permis de sauver le préparatoire avec ses alambics, si rares de nos jours, ainsi que ses boiseries. Il faut toutefois souligner que cette opération n’a été possible que grâce à l’acceptation de ce don par le musée Carnavalet.

Le décor de la pharmacie Lhopitallier est maintenant conservé dans les réserves du musée Carnavalet qui a, dorénavant, la lourde tâche de valoriser ce patrimoine en le présentant au grand public et aux professionnels de santé. A l’heure actuelle, il n’est pas possible de savoir quand cette officine sera remontée. Mais la conservatrice du musée est confiante, ce n'est pas la première fois que des boiseries acquises par le musée sont conservées en réserve et exposées par la suite. En attendant, des idées d’expositions avec une partie du mobilier et des alambics sont évoquées. Si rien n’est encore décidé, le patrimoine de la pharmacie Lhopitallier est toutefois protégé. Les générations futures pourront, à leur tour, découvrir comment se présentait une officine pharmaceutique en activité au XXe siècle.

 

 

Pour en savoir plus

 

http://www.biusante.parisdescartes.fr/histoire/asclepiades/maisonnier.php

 

 

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