Les plantes médicinales
Le 02/03/2016 à 14h36 par Anonyme
Résumé

L’histoire de l’art des jardins remonte au troisième millénaire avant J.-C., elle nous décrit le jardin du paradis que l’homme essaye de reproduire. Disponibles depuis la nuit des temps, les végétaux ont très tôt servi aux hommes de toutes les civilisations pour peindre, teindre, s’alimenter, se parfumer, s’embellir, se soigner. 

Une histoire des plantes… ou l’évolution de l’homme / Charlotte de Bouteiller, 26 juin 2009

 

 

Art de vivre, le jardin est un lieu de mémoire dynamique qui a une place toute particulière dans l'imaginaire. Il exprime la façon dont un groupe humain, dans des conditions historiques données, s'appréhende lui-même, définit ses conditions d'existence, se situe par rapport à la nature, un héritage que l’on retrouve d’abord chez les Egyptiens.

 

Les jardins égyptiens ne sont pas uniquement dévolus au seul agrément. Les cultures utilitaires sont tout aussi à l’honneur pour des raisons d’autonomie. La vigne, les vergers, le papyrus, les légumes, les plantes médicinales sont autant de cultures aménagées pour les protéger du sable des déserts arides, des crues annuelles du Nil ou des agressions des intrus. La disposition de ces jardins est simple : un haut mur d’enceinte, un bassin rectangulaire, des arbres disposés selon un tracé régulier. Ce plan servira de modèle pendant des siècles.

 

Du paradis des Perses au verger de l'Occident médiéval, l'art des jardins ne se comprend qu'à l'intérieur de chaque société. Même si le jardin est potager, puis parc, il est avant tout un haut lieu symbolique : le paradis est un jardin des délices, la représentation symbolique d'un monde immaculé jamais vu antérieurement. Le jardin œuvre d'art est à replacer dans son contexte culturel pour comprendre les relations que celui-ci entretient avec la vie matérielle sociale et spirituelle de son époque.

 

Les grecs aiment avant tout le naturel et ils façonnent la nature pour mettre en valeur les abords des temples ; les promenades, les cimetières et les plantations sont limitées aux parcs publics urbains. Dans les jardins privés ornés de sculptures installées dans des niches, de fontaines, les habitants cultivent des roses, des iris, des lys, des violettes, des dianthus, des fleurs à bulbes et des herbes. Mais on y trouve aussi de petits fruits et des plantes potagères.

 

Les romains devenus maîtres du commerce au Moyen-Orient après la chute de Cléopâtre, reine de la parfumerie, Rome abonde de cosmétiques, d’aromates, d’épices et de parfums exotiques. Odeurs et saveurs se confondent, autant dans la cuisine que dans les breuvages comme l’atteste « le Traité de cuisine » du célèbre gastronome Apicius. Dans « l’Histoire naturelle » de Pline, publiée entre 70 et 80 de notre ère, on trouve une centaine de parfums et aromates débités et taxés par le fisc impérial. Quatre d’entre eux, extraits de végétaux, étaient particulièrement importants et constituaient l’odeur prédominante dans les rues de Rome : le safran, la cannelle, le nard, le costus ou kushtha de l’Inde. Ces parfums et aromates remplissaient dans chaque demeure ou lieu public quatre fonctions primordiales : religieuse ou magique avec les encensements et les onctions sacrées, thérapeutique ou médicinale avec les médicaments, esthétique ou hygiénique avec les cosmétiques, érotique avec les aphrodisiaques.

 

Au IIIe siècle, l’empire romain décline lentement, les bandes germaniques et hunniques détruisent tout le monde civilisé et les jardins d’agrément disparaissent pour ne laisser la place qu’au jardin d’utilité.

Le récit de la légende de saint Fiacre, saint patron des jardiniers, donne une idée de la désolation. Pour convertir le peuple au christianisme, les moines défricheurs vont reconquérir la terre sur la forêt, pour la mettre en culture*. Ces ordres religieux se vouent aux soins des malades.

Après la chute de l’empire romain en 476, les aromates sont réduits dans des buts de piété aux fumigations de romarin et d’encens. Le renouveau vient de Charlemagne qui encourage la création de nombreuses écoles religieuses où l’on étudie la base de l’enseignement pharmaceutique par l’étude des «simples». En 812, Charlemagne recommande dans le «Capitulaire de villis vel curtis imprialibus» la culture de 94 plantes dont 73 herbes, 16 arbres fruitiers, 3 plantes textiles et 2 plantes tinctoriales. L’abbé de Reichenau, Walafrid Strabo, publiera plus tard «Hortulus sive de cultura hortorum» ou de la culture des jardins, premier traité botanique.

 

Au XIe siècle, l’habitation des seigneurs se mue en forteresse, le clos utilitaire se trouve hors des murs de défense. Sacré ou profane, le jardin médiéval est celui des cinq sens (la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher, le goût) ; c’est comme le « paradeisos », un jardin des délices protégé par une clôture de claies, de palissades, de haies ou de murs. Les jardins monastiques ont pour modèle le plan de l’abbaye de Saint-Gall exécuté vers 830 par Heito, évêque de Bâle pour Gozbert, abbé de Saint-Gall en Suisse, mais jamais réalisé.

 

On distingue plusieurs espaces spécialisés dans le plan du jardin médiéval idéal, clos de murs, dont les trois formes principales sont le jardin de la santé, le jardin de l’âme, le jardin de l’amour. De la forme carrée ou rectangulaire du cloître, les subdivisions du jardin reprennent les formes géométriques avec des chemins à angles droits entre des parterres carrés ou rectangulaires ou des aires de formes et de taille similaires.

 

L'herbarium : près de l’infirmerie dans le jardin monastique, petit enclos de plantes médicinales. C’est le jardin de santé.

 

L'hortus : ou potager, avec ses légumes et ses plantes aromatiques divisé en pièces carrées surélevées, comme un damier, dans les monastères. L’hortus conclusus : dans les demeures seigneuriales, carré bien clos au centre duquel jaillit une source d’où partent des rigoles d’irrigation formant une croix, jardin secret, jardin de rêve de la fin du Moyen Age, possédant un caractère sacré ou profane selon qu'il était dédié à la Vierge ou à Vénus ; c'était très souvent un jardin de lis, de roses et de roses trémières appelées alors passe-roses. C’est le jardin de l’âme.

 

Le viridarium : un verger parsemé de fleurs, tel un parterre de «mille fleurs» autant destiné à la récréation et au plaisir de la cueillette dans les châteaux, qu’au verger-cimetière dans les monastères. Le verger fut le jardin préféré du Moyen Age. Selon les poètes et écrivains comme Guillaume de Lorris en 1238 dans son célèbre «Roman de la Rose» terminé en forme de satire par Jean de Meun vers 1305, puis traduit par Geoffrey Chaucer en Angleterre un siècle plus tard. C’est le jardin idéal, onirique et allégorique, celui de la rencontre amoureuse, le lieu de plaisance, à l’instar du paradis terrestre, c’est le jardin d’amour.

L’une des plus belles représentations du jardin du Moyen Age est la célèbre tapisserie de la **«Dame à la licorne» ; de nombreuses espèces de fleurs sont représentées parmi lesquelles l’ancolie, la giroflée, l’iris, la jonquille, le lis, la marguerite, le muguet, l’œillet, la pervenche, la primevère, le souci, la violette…

 

Au XIe siècle, est créée la première école de médecine à Salerme, dans le sud de l’Italie,

au carrefour des savoirs grec, arabe et chrétien. L'intérêt pour les collections et les recherches botaniques, le partage des connaissances mettent en évidence les relations avec la culture islamique. Les collections de plantes de médecins arabes, avant les jardins botaniques de la Renaissance, furent à l'origine des jardins des plantes de Séville, de Tolède et de Montpellier du XIe au XIIIe siècle.

 

Sainte Hildegarde fonde avec quelques sœurs en 1150 un monastère sur les rives du Rhin près de Bingen. Reconnue par ses pairs pour son savoir et sa force spirituelle, soutenue par la papauté, l’abbesse de Bingen associe dans une même représentation du monde l’observation naturaliste, la composition de «manuels médicaux», de poésie ou de musique. Dans son «liber simplicis medicinae» ou le livre de la médecine des simples, elle propose près de 300 plantes dont une partie sert à la cuisine, l’autre à la médecine, souvent aux deux. La qualification de chaque plante, avec son indication, sa ou ses contre-indications et sa valeur médicinale, découle de sa relation avec l’un des quatre éléments décrits par Hippocrate : chaud, froid, sec, humide. Pour prescrire ces plantes, l’abbesse utilise le principe de similitude et la loi des contraires. Cette pratique perdura jusqu’au XVe siècle.

 

Au XIIIe siècle, plusieurs maisons en France possèdent des «fourneaux» à distiller de l’eau de fleurs. Construits en terre cuite, ils permettent de distiller en particulier de l’eau de rose, de violette et de lavande. La distillation a été découverte au Xe siècle par les arabes et rapportée en France par les croisés. Henri de Mondeville, médecin du roi Philippe le Bel (1268-1314), conseille d’aromatiser les cheveux à l’aide de musc, girofle, noix de muscade et cardamome. Pour les vêtements, il conseille de les laver mais aussi de les parfumer avec des fleurs de violette et d’une eau fraîche dans laquelle aura macéré de la racine d’iris pulvérisée.

Les femmes occupent encore une place importante dans l’art de guérir jusqu’aux XIVe et XVe siècles. On leur laisse la possibilité de cultiver ce qu’elles souhaitent, le jardin est leur domaine comme en témoigne le livre des «Grandes heures» d’Anne de Bretagne, où ne figurent pas moins de 337 plantes, avec leurs noms latin et français, magnifiquement illustrées par Jean Bourdichon peintre à la cour de France.

 

Au milieu du XIVe siècle, le «Décaméron» du poète italien Boccace (1313-1375) dessine les futurs jardins de la Renaissance en racontant l’histoire de ces nobles florentins fuyant la cité et la peste, pour se réfugier dans les jardins imaginaires de la villa de Fiesole en savourant les plaisirs d’une civilisation raffinée, qui sera la référence.

 

Un siècle plus tard, René d’Anjou, comte de Provence, roi de Naples et de Sicile (1409-1480), poète et jardinier, établit ses principales résidences à Angers et à Aix-en-Provence. Passionné d’agronomie et de viticulture, il introduit le mûrier et le muscat dans le sud de la France. Il ne cesse de planter des jardins en Anjou faisant de son duché le «jardin de France». Le plus célèbre de ses écrits «Le livre du cœur d’amour épris» est un traité sur l’amour profane, avec une grande sensibilité poétique pour le paysage, dans le goût de son temps mais avec une vision de l’avenir.

 

Au XVIe siècle, l’usage hygiénique et thérapeutique des parfums est très important, depuis la grande peste noire de 1348 qui a anéanti en quelques années le quart de la population européenne, les médecins français se méfient de l’eau. Ils pensent en effet, qu’en ouvrant les pores de la peau, les bains favorisent l’entrée dans le corps de l’air pestilentiel. Cette méfiance va conduire à l’ordonnance de la fermeture des bains publics également lieux de débauche. Les produits aromatiques remplacent l’eau dans la toilette et luttent en même temps contre la maladie en combattant la putréfaction de l’air et celle des humeurs du corps. En 1533, Catherine de Médicis introduit à la cour les modes italiennes comme celle des gants parfumés et René le Florentin, un habile parfumeur, est accusé de faire aussi des poisons. La célèbre Diane de Poitiers, favorite du roi, utilise déjà abondamment de ces herbes aromatiques qui lui permettent, paraît-il, de conserver sa beauté jusqu’à un âge auquel ses contemporaines renoncent habituellement à plaire. Les plantations de fleurs sont quasi absentes de ces jardins, aussi assiste-t-on durant la Renaissance à la naissance du jardin botanique, issu du jardin des simples. Ces jardins sont consacrés principalement aux plantes médicinales. Ils remplissent l’office du savoir comme celui de l’acclimatation. Du jardin du moine apothicaire, on en vient au jardin de l’agronome, des vergers royaux, au potager du Roi. On découvre l’agrément, sans oublier l’utile. Le premier jardin botanique est établi à Pise en 1543, vite suivi par ceux de Padoue en 1545 et Florence en 1550. De nombreux humanistes, attirés par l’étude de la nature, commencent à observer et à s’interroger sur la croissance des plantes, leurs variétés et leurs origines géographiques. Des amateurs éclairés font progresser le domaine des connaissances en botanique.

 

La découverte de l’Amérique marque la fin du Moyen Age. La Renaissance grâce aux expéditions lointaines lève le voile sur les mystères des origines de beaucoup de végétaux tant culinaires que médicinaux. Le flamand Charles de l’Ecluse -Carolus Clusius-, botaniste, médecin, humaniste, est le premier savant dans le domaine de l’horticulture. Il dirige le jardin botanique de l’université de Leiden, fondé en 1587 ; sous sa tutelle, le jardin se tourne vers les plantes ornementales qu’il a introduites, plutôt que vers les plantes médicinales.

 

L’Europe du XVIIe et XVIIIe siècle se passionne pour l’horticulture et les collections de plantes plus ou moins exotiques, suivant l’exemple d’Olivier de Serres, qui est passé maître en la matière. Louis XIV est un collectionneur avisé de plantes et d’arbres, il a considérablement enrichi le jardin du Roi –futur Jardin des Plantes- fondé en 1626 par Guy de la Brosse, médecin de Louis XIII. Il finance lui-même des expéditions ayant pour objectif d’acclimater à Paris des espèces du Nouveau Monde ou d’Extrême-Orient.

 

Depuis le XVIe siècle, les agrumes sont l’objet de collections constituées dans les grands jardins ; la nécessité de protéger ces arbustes des froidures de l’hiver a obligé jardiniers et architectes à inventer un lieu magique premier sens de l’exotisme : l’orangerie. A Versailles, dans celle-ci est installé l’atelier du «Parfumeur» de la cour. Le recours aux aromates est à son apogée avec la multiplication d’accessoires odoriférants. La signature olfative du Cardinal de Richelieu est révélatrice des mœurs du XVIIe siècle : il raffole du musc, presque pur, «parce qu’il souligne les émanations du corps» ! Il va jusqu’à se faire tailler des culottes en peau d’Espagne qu’il fait imprégner de musc. Son odeur est si particulière que l’on peut le suivre à la trace et il finit par incommoder tout le monde sauf lui-même bien entendu : -« On doit quant Richelieu paraît dans une chambre bien défendre son cœur et bien bouchez son nez ».

A la cour de Versailles, l’eau présente dans les jardins, est absente de l’hygiène. On se frictionne la peau avec des savonnettes au citron ou à l’orange, des aspersions du visage et des mains avec du vinaigre de toilette, du «lait virginal» ou de «l’eau d’ange». On se parfume l’haleine à la coriandre, à l’ambre, au gingembre. On se nettoie les cheveux avec des huiles au santal, à la rose, à la lavande ou au jasmin. On s’enduit les mains de pâte d’iris, de benjoin, d’amandes douces qui les décrassent sans les abîmer. On porte des sachets d’arôme dans les vêtements ou des variétés de fruits dont les parfums doivent aussi protéger du mauvais air. On brûle, dans des cassolettes, dans toutes les pièces toutes sortes de substances parfumées qui pénètrent dans les poumons, le cœur et les vaisseaux sanguins. Le fameux costume crée par Charles Delorme, médecin de Louis XIII, est aussi très révélateur du crédit apporté aux aromates jusqu’au XVIIIe siècle. Son masque de cuir, muni d’un long bec, est rempli de substances parfumées qui filtrent l’air vicié et protègent le praticien des odeurs du pesteux, censées propager la contagion.

 

Avec Louis XV, les pensées et les mœurs de la Cour évoluent. L’un de ses principaux médecins, François de Quesnay, économiste et libre penseur, est à l’origine d’un mouvement de pensée, les physiocrates (mot à mot : pouvoir de la nature) qui en résumé estime que la terre est le seul véritable producteur et, que toute l’économie doit s’orienter vers l’agriculture. Parallèlement, les nouvelles idées philosophiques courent «qui veulent améliorer l’homme et la nature en partant du principe que la nature est bonne et que la société peut le devenir ; pour peu que l’homme respecte les équilibres de la nature dans le respect de la liberté et de la raison », l’écologie est née. On voit donc qu’au XVIIIe siècle, la passion des Européens pour la botanique «science qui a pour objet la connaissance, la description et la classification des végétaux », ne diminue pas ; au contraire, la littérature regorge de sujets sur les plantes nouvelles, mais aussi sur les parcs et les jardins, sur les nouvelles expéditions notamment en Chine et en Inde. L’Europe continue à se couvrir de jardins d’agrément : les folies champêtres.

 

On installe partout en France, comme en 1763 à Lyon, des jardins botaniques. Le parc de la «Tête d’or» rivalise avec le Jardin des plantes à Paris, où la première serre chauffée est due au médecin Fagon en 1650. Autour de 1700, s’installe la dynastie des Jussieu qui cultive le caféier d’Arabie dans la grande serre. Bernard de Jussieu plante le premier cèdre du Liban en 1734. La guerre des épices et celle des couleurs se disputent âprement entre Français, Anglais, Hollandais et Portugais Pour répondre au besoin croissant des jardins en graines et plantes rares, de nouveaux corps de métier voient le jour. Du commerce des plantes nait le métier de pépiniériste. Désormais, on ne monte plus une expédition pour le seul prestige mais pour aussi pour les affaires. Les premiers marchands de graines et semences apparaissent en Europe et Philippe de Vilmorin crée la plus célèbre lignée de grainetiers français.

 

En 1735, Carl Von Linné, médecin naturaliste suédois, publie la « Systema naturae» qui remet en cause les conceptions traditionnelles. Cette méthode de classement par l’étude des organes sexuels des plantes, à savoir les fleurs, suscite un enthousiasme universel et met un terme aux querelles qui opposent les multiples méthodes de rangement. Pour compléter ces descriptions, on fait appel à des aquarellistes qui vont reproduire le dessin de ces nouvelles plantes venues des colonies françaises d’Afrique, des Caraïbes mais aussi des océans Indien et Pacifique. Le plus célèbre d’entre eux, Pierre Joseph Redouté, dessinateur de la reine Marie-Antoinette puis de l'Académie des Sciences en 1793, mène son art à la perfection par la finesse d’exécution de ses œuvres et la fidélité de ses reproductions jusque dans les plus petits détails ; il nous lègue un prodigieux patrimoine. Jean Baptiste de Lamarck prospecte la flore française et publie l’Encyclopédie botanique et l’illustration des genres en 1778. Comme pour Philibert Commerçon et Jeanne Baret partis autour du monde en 1767, c’est aussi l’espoir de découvrir, dans leurs trouvailles, un remède, un aliment contre les épidémies et les famines qui frappent régulièrement notre continent ; cet espoir leur fait franchir les mers, au mépris de tous les dangers. C’est cette même quête qui anime Antoine Augustin Parmentier dans sa lutte pour la reconnaissance de la pomme de terre et le classement de ce tubercule parmi les plantes utiles du jardin en 1787.

 

Au siècle des lumières, la nouvelle sensibilité olfactive ne tolère plus les odeurs fortes qui masquent les effluves nauséabondes. L’eau est à nouveau un produit propre à l’hygiène, les bains sont de retour, parfumés de senteurs champêtres. Le naturel est plus que jamais à la mode jusque dans les senteurs des préparations légères et fleuries, sophistiquées et teintées de fantaisie. Le ton est donné par la belle marquise de Pompadour, mécène des arts, personne sensible et délicate. Suivant son exemple, toute la société utilise de délicieux parfums comme «l’eau divine », « l’eau admirable », « l’eau sans pareille »…, fraîches, légères, issues des distillations de fruits à écorce comme la bergamote, ou des huiles essentielles de leurs zestes. C’est le temps du libertinage et la renommée des parfumeurs français favorise l’essor de cet art lié à la séduction, à la sensualité. Les flacons à odeurs fleurissent autant les belles que les senteurs qu’ils contiennent. L’utilisation se répand des vinaigrettes, des bagues à chatons, des innombrables «nécessaires» de toilette, de voyages contenant les effets pour la toilette, mais aussi des accessoires utiles pour un déjeuner, un thé, un café, un chocolat… A la fin du siècle, les chimistes analysent la composition de l’air et découvrent l’oxygène, ce qui avive l’attention portée à la respiration. Tout est parfumé au siècle des lumières, mouchoirs, vêtements, boiseries, tentures... pour l’atmosphère, on utilise des brûle-parfums et des vases à pot-pourri, œuvres d’art en métal précieux ou en porcelaine, qui contiennent des matières sèches parfumant l’environnement. D’Allemagne nous arrivent les eaux de Cologne qui connaissent une grande vogue à Paris. Par la recherche scientifique à la fois diversifiée et mieux articulée, les découvertes se multiplient, les usages s’universalisent.

 

Si le XVIIIe siècle a été le siècle des découvertes, le XIXe sera celui de la propagation de ces connaissances à un plus large public, mais aussi celui de la réinterprétation, le XXe siècle sera celui de la prise de conscience écologique, le XXIe celui des jardins.

La plante ne vient plus seulement au secours des hommes mais à celui de l’humanité tout entière. Pour respecter le monde des vivants, et l’équilibre de notre planète, l’homme sait désormais qu’il doit composer avec elle, l’ortie, la presle …ont retrouvé leur place aux jardins se substituant aux produits chimiques employés au XX e siècle. Espérons que l’homme saura doser l’immense connaissance qu’il a acquise au cours des siècles passés pour recréer un système équilibré qui ne met plus en péril le paradeisos que nous occupons

 

 

  • *Claude Michelet ; les défricheurs d’éternité chez Pocket

  • ** Musée de Cluny, Paris

 

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