Sous l’objet d’art, le remède
Le 02/02/2016 à 22h45 par Anonyme
Résumé

Cet article rétablit le lien entre l'objet d'art et sa vocation d'origine. Il décrit quelques pots, faïences et porcelaines, statues, boiseries pharmaceutiques. Chaque oeuvre est illustrée par une vignette en couleur, laquelle est commentée par l’auteur : origine, matière, date et lieu de fabrication des pots de pharmacie. Quelle était leur utilisation, qu’est-ce que la Thériaque ? qui étaient Saint Côme et Saint Damien ?...

 

Colette Keller-Didier, 2 mai 2006

Pour conserver les drogues issues de nombreuses variétés de plantes ou d’éléments minéraux, voire d’animaux, il fallait en éviter l’altération. Pour ce faire l’homme fabriqua des récipients de bois, de corne, d’ivoire, de marbre ou d’étain, mais ceux qui se sont révélés les plus efficaces furent les pots en verre, en faïence ou en porcelaine.

 

Les pots de Pharmacie ont perdu leur usage avec l’apparition des spécialités pharmaceutiques, ils sont alors devenus des objets d’ornementation des officines qui se transmettaient de génération en génération.

 

Depuis quelques décennies ils furent jugés trop encombrants et ont déserté les rayons des pharmacies modernes. Ils ornent aujourd’hui les murs des demeures de particuliers amateurs d’antiquité.    

 

 

On peut encore en admirer de belles collections dans certaines apothicaireries hospitalières préservées depuis le XVIIème ou XVIIIème siècle. Il y règne un calme presque religieux et l’on y respire encore les parfums et effluves des plantes et des baumes qui y étaient conservés.

Cette magnifique boiserie de l’apothicairerie de Bourg-en-Bresse est construite en chêne. De style Louis XV, elle porte une exceptionnelle collection de faïences pharmaceutiques des XVIIème et XVIIIème siècles. Toutes sont fermées par un “ couvercle de capsule ” de métal rouge à liseré doré. On remarque également une belle collection de bouteilles en verre pour eaux distillées de plantes (tilleul, mélisse etc…), et de boites en bois cylindriques ou parallélépipédiques qui permettaient de maintenir “ au sec ” plantes et matières hydrophiles.

 

 

 

 

 

 

Les statuettes en bois de Saint Côme et Saint Damien patrons des médecins et des pharmaciens figurent encore en bonne place dans les pharmacies ou sur les étagères des cabinets médicaux.

 

Ici Saint Côme, le médecin, mire les urines contenues dans l’urinal qu’il tient dans sa main gauche.  

 

 

 

Alors que Saint Damien, le pharmacien, porte le pot à onguent et la spatule.

 

Ces deux statues en bois polychrome du 19ème siècle ne sont qu’une des très multiples représentations de nos saints patrons toujours dessinés, sculptés ou peints avec les instruments professionnels.

Ces deux jumeaux natifs d’Egée ont à leur actif de nombreux miracles presque tous médicaux.

 

Ils guérissaient toutes les maladies au même titre que la très fameuse Thériaque.

 

    

Cette mythique préparation composée par Andromaque (premier médecin de Néron) comprenait près de soixante ingrédients au nombre desquels de la chair de vipère, de l’opium, du bitume de Judée, de la racine d’aristoloche, de la centaurée, etc.. Cet électuaire (nom donné à un médicament réunissant le plus grand nombre de substances pour tenter d’en augmenter l’effet) pouvait remplacer le Mithridate pour combattre plus efficacement les effets des substances vénéneuses. La Thériaque était considérée comme un antidote précieux non seulement contre les piqûres d’animaux mais aussi contre la peste.

 

Ce pot du 18ème siècle est en faïence grand feu avec un décor bleu manganèse. Il possède des anses torsadées en forme de serpents enlacés. Sur une face, inscription dans un cartouche en réserve blanche surmontée d’une tête de chérubin coiffé de plumes ; une tête d’angelot au- dessous entre deux guirlandes de fleurs. On distingue un galon de feuilles d’acanthe en réserve sur le pied.

 

 

 

 

 

De nombreuses variétés de Thériaque furent mises au point au cours des siècles et notamment la Thériaque diatessaron ou Thériaque des pauvres dont la formule ne comportait que 4 composants : gentiane, aristoloche, baies de laurier ainsi que de la myrrhe. Elle avait pour propriété d’être cordiale, anti-colique et antispasmodique.

 

Ce pot XVIIIème, en faïence de Paris, qui possède un très beau décor camaïeu bleu a contenu le précieux médicament.

 

 

 

 

 

Premier d’une série de quelques pots cylindriques en porcelaine parisienne exécutés au XIXème siècle tous intéressants par leur décor et par le remède auquel ils étaient destinés, celui-ci contenait la pommade virginale encore appelée pommade noix de galle composée, ou pommade de la comtesse.

Cette pommade possédait des propriétés astringentes dues aux feuilles de sumac, aux noix de galle et de cyprés ainsi qu’au mastic qu’elle contenait. Employée contre les hernies des enfants et le relâchement de certains organes, elle était principalement utilisée par les matrones (ancêtres de nos sages-femmes). La décoration de ce pot représente un arbrisseau méditerranéen, le Sumac, le long duquel s’enroule un serpent. Nous verrons avec le pot suivant toute la signification symbolique de ce type de décor associant le monde animal au monde végétal.

 

 

Ce pot contenant de la Coque du Levant est intéressant à double titre. D’une part parce qu’il porte la représentation des trois règnes de la nature : végétal avec le palmier, minéral avec les colonnes de marbre et animal avec le serpent qui s’enroule autour du palmier. Il illustre ainsi la devise latine “ in his tribus versantur ”, littéralement “ il s’occupe des trois ” rappelant que le Pharmacien fait appel à ces trois règnes pour exercer son art. Cette symbolique apparue sur un jeton de l’an 1628 se retrouve dans les décors polychromes des pots de pharmacie du XIXème siècle.

 

D’autre part la Coque du Levant originaire des Indes orientales contient de la picrotoxine à action stupéfiante. Autrefois utilisée pour paralyser les poissons et vendue par les marchands d’articles de pêche, elle est aujourd’hui interdite.

 

 

 

 

 

Ces cristaux de Lune ne sont en fait que du banal nitrate d’argent longtemps utilisé sous forme de collyre par les sages-femmes pour prévenir l’ophtalmie du nouveau-né ou encore aujourd’hui sous forme de crayon pour brûler les verrues.

 

Le pot est intéressant car son décor de style empire reproduit des sphinx, des cariatides, le tout associé à l’emblème d’Esculape à la tête de Mercure ailé.

 

 

 

 

 

 

 

Comment ne pas s’interroger sur le sens de cette appellation “ sel de la sagesse ” attribuée au chlorure double de mercure et d’ammonium. Est-ce parce que son apparence revêt une blancheur symbole de sagesse ou parce qu’il traite la perfide syphilis ?

 

On peut observer une femme drapée d’une étoffe d’un très beau bleu, le tout rehaussé par des guirlandes de feuilles et de coquilles dorées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’élixir de longue vie encore appelé élixir du suédois ou teinture d’aloès composée est un excitant purgatif encore très prisé aujourd’hui en médecine populaire.

 

La vigne et le blé qui ornent ce pot sont les symboles de la vie comme le sont le pain et le vin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les pilules immortelles contiennent aussi de l’aloès associé à du jalap et de l’émétique. Leur action purgative, tonique et diurétique leur conférait cette réputation de médicament universel.

 

Le décor fleur de lysé rend encore plus prestigieux le médicament qui y était contenu.

 

 

 

 

 

 

Ce très beau pot est appelé “ vase de monstre ou de monstrance ”. Fabriqué au 18ème siècle par la manufacture de Niderviller, celui-ci fut offert par le Roi Stanislas à l’Hôpital Royal Saint Stanislas. Il est conservé au Musée Lorrain de Nancy.

Ce vase est fabriqué selon la technique du “ petit feu ” c’est à dire que l’émail est cuit avant d’être orné. Cette technique qui permettait une plus grande précision des motifs était devenue une spécialité des ateliers de Lorraine. Il porte les éléments décoratifs exotiques qui étaient à la mode à cette époque.

De dimensions exceptionnelles (1,10 mètre de haut) son sommet est orné d’un négrillon tenant un serpent. Ce pot ne possède pas d’indication de remède car il remplissait avant tout une fonction esthétique et symbolique. 

 

 

 

 

 

 

 

Ce pot de fabrication contemporaine, sorti des faïenceries de Saint Clément et assorti d’un beau décor bleu, nous permet de conclure que la mode des pots de pharmacie a encore un bel avenir.

 

 

 

 

 

    

    

 

Les pots de Pharmacie, voués à l’origine au service de la Santé, sont devenus au fil des siècles, porteurs du savoir- faire des générations successives d’apothicaires, mais aussi des artistes qui les ont réalisés tout en étant des témoins des modes des diverses époques qu’ils ont traversées.

 

 

 

 

 

Par Colette KELLER-DIDIER, 2 mai 2006

 

Crédits photo :

Colette Keller-Didier

François Loche

Collections d’histoire de la pharmacie O.N.P.

Musée Lorrain, Nancy

 

Remerciements :

Dominique Kassel, Conservateur des collections d’histoire de la Pharmacie

Francine Roze, Conservateur du patrimoine au Musée Lorrain de Nancy 

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