A la recherche du pharmacien dans l’œuvre de Maupassant
Le 02/02/2016 à 22h38 par Anonyme
Résumé

Monsieur Homais est la personnification du pharmacien dans la littérature française du XIXe siècle. Flaubert, fils du chirurgien-chef de l’Hôtel-Dieu de Rouen, a baigné dans la culture médicale et pharmaceutique dès sa plus tendre enfance. Cet environnement a certainement favorisé le réalisme de sa plume. Contrairement à Flaubert, Maupassant malade chronique, côtoie ce monde de l’extérieur : c’est un patient en quête de soins.

L’auteur s’est nourrie des descriptions et des détails qui illustrent l’œuvre afin de construire un pharmacien qui soit à l’opposé de Monsieur Homais pour démontrer que le pharmacien au XIXe siècle n’est pas une simple caricature !

 

 

Janine Arbon, décembre 2010  

Avant propos

 

Il y a longtemps que je n’exerce plus cette profession, où j’ai déployé énergie et passion, tant dans mon officine que dans les diverses commissions auxquelles j’ai participé à titre personnel, ou en qualité de membre du Conseil National de l’Ordre des pharmaciens. Profession en permanence au service du malade et de leur famille, profession qui se doit d’affirmer et de voir reconnue la nécessité de son existence dans un système de santé toujours en évolution.

 

En 1985, à la suite d’une lecture des Contes et Nouvelles, des Romans de Maupassant, éditions de la Pléiade 1974,* j’avais rédigé, un article « Le pharmacien dans l’œuvre de Maupassant ». J’y rapportais les relations de Maupassant, syphilitique avéré, avec les médecins et les pharmaciens. J’ai repris ces notes pour approfondir, à travers son œuvre, ma réflexion sur les relations que Maupassant a entretenues tout au long de sa vie avec la pharmacie.

 

Je souhaitais simplement montrer que le praticien officinal n’est pas une « simple silhouette », dont Maupassant force parfois le trait : ce n’est pas un simple détail qui donne son authenticité au récit comme le détail dans un tableau fait la marque du peintre.

 

Je continue ma lecture, pour y traquer les mots médecins, maladie, médicaments, drogues, pharmaciens et les gestes du métier et découvrir que j’aime l’écriture de cette œuvre qui m’entraîne dans une époque dont je connais mal l’histoire. J’admire aussi le style de l’auteur pour décrire l’univers réaliste des personnages, sa passion de la nature, et la totale franchise avec laquelle il parle de son amour des femmes...

De Maupassant je connaissais  Boule de suif, son premier succès littéraire

publié dans les soirées de Médan** qui lui valut les félicitations de Flaubert ; La Maison Tellier, cocasse voyage des pensionnaires d’une maison close se rendant à une communion ; Deux amis, tragique promenade lors du siège de Paris en 1870, qui débute ainsi «  Paris était bloqué, affamé et râlant »  ; Le Retour, histoire d’un marin revenant de guerre qui me rappelle une chanson de mon enfance. De plus, j’ai le souvenir d’un grand père, bon vivant, bon chasseur, citant en fin de repas, les Contes de la Bécasse, ou Bel-Ami.

 

Je redécouvre une première nouvelle,  La Main d’écorché, *** qui me plonge dans une atmosphère étrange : une main desséchée, celle d’un supplicié, étrangle son possesseur.

La seconde, est une longue nouvelle, Le Docteur Horaclius Gloss  où les croyances en la métempsychose et en l’existence pour chaque être humain d’un double sont ridiculisées. Le Docteur Gloss, un original drôle et cocasse, prétend avoir un double : un singe qu’il a libéré de la cage d’un forain. Cet étrange personnage affirme une croyance inébranlable en la réincarnation cyclique de tous les êtres vivants. Son ami le recteur le harcèle de plaisanteries des plus déplacées chaque fois que ce malheureux docteur essaye de le persuader de la véracité des doctrines métampsychosistes. Ce satanique recteur ironisait en abondant dans son sens  « imaginait pour toutes les personnes de leur entourage les généalogies animales les plus invraisemblables ». C’est ainsi que « maître Bocaille, le pharmacien, n’était qu’un ibis dégénéré puisqu’il était contraint de se servir d’un instrument pour infiltrer ce remède si simple que suivant Hérodote , l’oiseau sacré , s’administrait lui-même avec l’unique secours de son bec allongé ».

L’identification du pharmacien à un palmipède dégénéré de surcroît est drôle, risible, facétieuse, et métempsychosiste. Cependant cette résurgence de caricatures où l’on voit l’apothicaire se pencher sur le postérieur rebondi de quelque comtesse me gêne. Et ce nom, Bocaille, avec sa terminaison en « aille », a une consonance péjorative comme piétaille, valetaille, oserai-je dire racaille.

Je veux alors savoir comment le pharmacien va apparaître dans l’œuvre de Maupassant ? Sera-t-il un nouveau monsieur Homais épouvanté par ses responsabilités mais fier de sa culture de « chimiste », « ridicule et prétentieux  conscient toutefois du soin méticuleux qu’il doit apporter à ses manipulations » ?

 

A la recherche du pharmacien…

Patiemment, conte après conte, nouvelle après nouvelle, je cherchais un être vivant, le pharmacien, qui ne soit pas réincarné dans un ibis dégénéré, ou dont le portrait ne soit pas une caricature crayonnée par Daumier ou Grandville.

Je pensais me livrer à une quête impossible lorsque à la page 432 (cf. contes et nouvelles tome 1), dans le conte  En voyage  je trouvais cette phrase : « on dirait un opium préparé par la main des fées et non par celles des pharmaciens  ». Cette simple phrase, qui évidemment ne nous accorde pas la dextérité des fées évoque en moi ce qui fut pendant des siècles l’essentiel de l’art pharmaceutique : la préparation des médicaments.

Dans la seconde moitié du XXe siècle potions, sirops, collutoires, loochs, juleps, liniments, cachets, suppositoires, ovules étaient encore préparés dans nos officines. L’apparition des spécialités en a fait une activité très réduite. Persuadée que je trouverais des évocations de l’exercice d’un confrère, exerçant il y plus de 150 ans, je repris ma recherche.

Au fil de la lecture, mes yeux s’arrêtèrent une cinquantaine de fois sur ce mot pharmacien. Je découvris que la persévérance, l’obstination à traquer dans les contes et nouvelles page après page le mot pharmacien, les gestes anciens mais toujours actuels de mon exercice professionnel, me permirent de me replonger dans cette seconde moitié du XIXème siècle et de son histoire : mouvements sociaux et révolutionnaires ; défaite de Sedan ; Commune de Paris.

Le style clair, simple, au mot juste, m’entraînait dans la connaissance de catégories sociales différentes : monde de paysans, de fonctionnaires, de pauvres et de riches, de bourgeois petits ou grands, de courtisanes, de pauvres séduites abandonnées, de femmes désoeuvrées, désabusées de la haute bourgeoisie, de séducteurs ambitieux et de vieillards sur le retour. Cet univers qu’il connaissait si bien fut la source des nouvelles publiées dans les journaux de l’époque : le Gaulois et Gilblas.

L’écriture me captive dans les contes où le fantastique, les hallucinations, m’enferment dans un monde angoissant. Je regrette parfois que cette sexualité débridée dont Maupassant fut l’esclave l’ait conduit à des descriptions osées de l’amour vénal et du désir. Pourtant il savait trouver les mots justes pour décrire cet amour qu’il ressentait pour les yeux bleus ou noirs changeants de couleur au fil des heures, les longs cheveux blonds brillants au soleil des femmes rencontrées, désirées, possédées ou rêvées. Il est vrai, comme le disait Zola, qui s’amusait fort de certaines de ces outrances et en riait à gorge déployée comme son maître Flaubert, « on acceptait tout de lui, ce qui aurait choqué sous la plume d’un autre passait dans un sourire » (discours prononcé sur la tombe de Maupassant au cimetière Montparnasse le 7 juillet 1893).

 

L’exercice professionnel

Dans l’œuvre de Maupassant, le mot pharmacien est lié à la syphilis, responsable des nombreux troubles dont il se plaignait, bien qu’il restât fort et robuste : marcheur infatigable dans la campagne ou sur les galets d’Etretat, canotier fervent sur la Seine, fréquentant la Grenouillère et le restaurant Fournaise, peint par Renoir. C’est peut-être là au milieu de ces jeunes et belles délurées qu’il fut contaminé.

A 27 ans, le 2 mars 1877, un docteur consulté en porta le diagnostic. Maupassant en fit part à son ami Robert Pinchon, surnommé la Tôque, dans une lettre citée et reprise par tous ses biographes (lettre 62 ) : « j’ai la vérole, enfin la vraie !.... dont le remède spécifique en est mercure et iodure de potassium ». Muni de ce diagnostic et d’une ordonnance il doit commencer un traitement qu’il ne pourra jamais arrêter et qui sera souvent complété par de nombreuses autres prescriptions.

Est-ce son état qui le conduisit à évoquer et à croquer souvent les médecins ? Je le pense, en effet 558 occurrences médicales sont relevées sur le site « les Amis de Maupassant » créé par Thierry Selva****. Moins d’occurrences pour les pharmaciens : 54 ; 67 si on considère les pharmaciens et les pharmacies. Pour ma part, j’ai comptabilisé 55 citations pharmaceutiques.

Franchissait-il lui-même la porte d’une officine, dont la devanture avait attiré son regard, pour y faire honorer une prescription ? Il faut rappeler que la vente et la délivrance des médicaments, depuis la loi du 21 germinal en XI (11 avril 1803), étaient le monopole des pharmaciens.

Allait-il se renseigner auprès d’un pharmacien des effets secondaires et indésirables des médicaments prescrits ? Il savait qu’au cours de longues études dans une école de pharmacie, complétées par un stage, le pharmacien connaissait les effets des médicaments.

Allait-il leur parler plus facilement qu’à un médecin et leur demander conseil sur la prévention des maladies contagieuses, tel le choléra qui sévissait à Paris lors des journées de la Commune où les cadavres se décomptaient par milliers ?

A-t-il conduit un passant blessé lors d’une chute de cheval ou victime d’un malaise, dans une pharmacie ? A-t-il assisté aux soins prodigués à un malade ?

Maupassant au cours de ses déplacements a donc eu l’opportunité d’utiliser les services et les soins de nombreux pharmaciens et d’apprécier ainsi les multiples aspects du métier.

 

Localisation de l’action « pharmaceutique 

L’officine est présente dans tous les lieux où vécut Maupassant : officine que l’on retrouve au fil de son œuvre.

 

 

La Rempailleuse (tome 1, 546)

A l’ouverture de la chasse, dans un bourg, en Normandie.

Confession d’une femme (1,468)

Allusion au pharmacien criminel installé au Pecq près de St Germain.

Yvette (2,234)

Pharmacie de Bougival, Croissy, Chatou, Rueil pour se procurer du chloroforme (Yvelines)

Berthe (2 ,355)

Célèbre officine à Rion

A cheval (1,704)

Le blessé est transporté dans une pharmacie proche des Champs Elysées.

Coup d’Etat (1,1004)

Les commerçants, dont le pharmacien, ferment leurs vitrines, redoutant des manifestations dans une bourgade entre Rouen et Barentin.

Denis (1,861)

Pharmacie dans un village.

Les bijoux (1,764)

Paris, les Champs Elysées.

Notes d’un voyageur (1,1173)

La méditerranée est la Californie des pharmaciens.

Les prisonniers (2,408)

A proximité de Rethel.

Voyage de santé (2,719)

Un pharmacien à Paris complète une trousse de santé.

Les rois (2,882)

Porterin, village imaginaire.

Mme Hermet (2,874)

Probablement Paris où sévissait une épidémie de variole en 1887.

Rosier de Mme Husson (2,950)

La pharmacie Boncheval serait située à Gisors

Enragée (1,939)

L’héroïne consulte un pharmacien à Etretat.

Un soir (2,1069)

Le narrateur a été élévé dans une pharmacie du quartier latin, Paris.

Le port (2,1124)

Le pharmacien qui fait crédit à une officine dans un port de la côte normande.

Mont-Oriol (1,4)

Auvergne

Bel-Ami (1,1)

Paris

Pierre et Jean

Marowsko est installé au Havre.

 

 

Esquisse du pharmacien : Marambot, Chouqet et Marrowsko

A l’époque, le pharmacien était issu de la moyenne bourgeoisie dont les parents pouvaient payer ses études et l’installer dans une « boutique » soit en ville, soit en campagne. Dans cette classe moyenne il se situait au dessus de l’herboriste, voir la nouvelle L’échelle sociale. Une de ces dames de la bourgeoisie « racontait avec esprit comment et par quelle suite de preuves elle avait décidé son pharmacien à refuser sa fille au fils d'un herboriste. Elle conclut ainsi : du haut au bas de l'échelle sociale, il faut établir des degrés, et régler toujours sa conduite sur les nuances d'estime qu'on doit à chacun. »

Cultivé, il a fait ses humanités au lycée. Il a acquis ses titres universitaires dans une école de médecine et de pharmacie. S’il est étranger il a dû repasser un diplôme français. Son officine se reconnaît à ses vitrines, décorées de bocaux rouges ou verts, bien éclairées à travers lesquelles on peut apercevoir quelques animaux conservés dans le formol et de belles boiseries contenant pots et chevrettes, Pierre et Jean.

Son métier consiste à exécuter des préparations officinales et magistrales et à les délivrer aux malades qu’il réconforte et conseille. A cette époque la pharmacie est le poste de premiers secours pour les blessés et tout particulièrement au moment de la Commune!

Il est pharmacien de 1ère ou de 2ème classe. Le plus souvent anonyme, rares sont ses confrères qui portent un nom mis à part les trois suivants : Chouquet, (la Rempailleuse) ; Marambot, (Denis) ; Marowsko, (Pierre et Jean). Rares aussi les pharmacies désignées par le nom de leur propriétaire.

Il peut avoir une certaine fortune : Chouquet, ou soupçonné d’en avoir une, Marambot.

Sa réputation est bonne (lettre à Mme G.Bizet 418), ou excellente (pharmacien d’Aix, lettre à Henri Cazalis 706), parfois suspecte (lettre 706).

Marambot « C’était un homme d’un caractère résigné, plutôt triste que gai, incapable d’un effort prolongé, nonchalant dans ses affaires». Dédaigneux de l’argent, pharmacien de village et patron de Denis, c’est un professionnel consciencieux et bon pédagogue. Denis le croyant riche essaye de le tuer pour s’emparer de sa fortune en le frappant sauvagement à coups de couteau. Pris de remords il panse les blessures qu’il lui a infligées.

Chouquet « Le bonnet grec, chaviré sur l’oreille » ressemble à Homais, le pharmacien d’Yonville. Ce pharmacien, fils de pharmacien, très sensible à l’argent dès son plus jeune âge, a été un jeune étudiant bourgeois et dédaigneux, « Elle (la Rempailleuse) le reconnut à peine tant il était étranger, grandi, embelli, imposant dans sa tunique à boutons d’or …. il feignit de ne pas la voir et passa fièrement près d’elle ». Chouquet méprise la petite rempailleuse qui ne cesse de l’aimer depuis qu’elle l’a vu en pleurs lors de la perte de l’argent confié par ses parents. Pour arrêter ses larmes elle lui offre les quelques sous qu’elle gagne. Désespérée de voir qu’il ne fait pas attention à elle, elle tente de se noyer. Pourtant, après un accès de dégoût devant le corps repêché dans une mare et amené à la pharmacie, il la ranime en lui prodiguant ses soins compétents et en lui adressant des mots de réconfort.

Le portrait de Marowsko est inspiré par un pharmacien polonais avec qui Maupassant allait discuter lors de ses sorties à Bezons. L’authenticité de ce pharmacien dans Pierre et Jean permet au lecteur de découvrir l’exercice du métier dans une officine triste et mal éclairée. Marowsko essaye de créer une liqueur, la groseillette. Il aurait voulu que le docteur s’installe à côté de lui et prescrive la groseillette de sa fabrication dont la vente lui aurait permis de gagner beaucoup d’argent !

 

Médicaments et drogues dans l’œuvre et la correspondance

La syphilis l’obligeait à utiliser de nombreuses thérapeutiques. La prise de médicaments le conduisit à les citer et à en parler. Selon la perception qu’il avait de leurs effets, tantôt bénéfiques, tantôt inefficaces ou lui occasionnant des troubles, il était conduit à faire l’éloge du pharmacien ou à le dénigrer. De ce fait, le pharmacien tenait un rôle important dans son œuvre, en tant qu’individu et en tant que professionnel de la santé.

L’arsenal anti-syphilitique de l’époque était : l’arsenic ; l’iodure de potassium

le mercure sous forme de bichlorure de mercure ou calomel, d’iodure mercurique et d’onguent mercuriel. La syphilis, était traitée plus ou moins efficacement par tous ces médicaments mais ne pouvait être guérie. L’antisyphilitique le plus efficace, le Salvarsan, ne sera découvert qu’en 1911 et il faudra attendre l’arrivée de la pénicilline pour que la syphilis puisse être vaincue.

L’antipyrine découverte en 1884 le soulage un peu mais pour atténuer les souffrances causées par l’évolution de la maladie, Maupassant absorba quantité d’autres médicaments, ce qui causa chez lui un comportement addictif à des substances, telles que l’éther, la confiture verte (le haschich), le chloroforme, l’opium et ses différentes préparations.

 

Quelques exemples de traitements

  • Iodure de Potassium : - Mont Oriol, chapitre 1, partie 1, desséchant, haleine fétide. « alors on m’a mis à l’Arsenic », teinture de colchique, lettre 48 - Récit de la consultation, lettre 62

  • Bromure de Potassium : Le Horla (2 fois), Mont Oriol (partie 1, chap1) et lettre 48

  • Mercure : La Sicile,  Les poètes français du XVIe siècle,  Méditations d'un bourgeois, Petits voyages, Au salon, lettre 62

  • Arsenic : Gustave Flaubert, texte publié dans l’Echo de Paris du 24/11/1890 en parlant de l’empoisonnement lent de Mme Bovary.

  • Digitale : - Une vie, chapitre 3 - lettre 48

  • Teinture de colchique : lettre 48 - lettre 138 à Gustave Flaubert écrite en 1879 : « Je prends de la colchique comme un goutteux

  • Iodure de Fer (pilules de Blancard) : pharmacien installé 40 rue Bonaparte qui a pris les photos de la Commune. (L’Officine de Dorvault 1867) .

  • Ether : Rêves, le 8 juin 1882 - lettre en septembre 1891 à Henri Cazalis - Lors des premiers emplois de l’ether un effet stimulant se fait sentir mais ensuite l’effet diminue et apparaissent des maux de tête qui l’empêchent de dormir.

  • Antipyrine : lettre 516 à Mme Strauss - lettre à Henri Cazalis en septembre 1891

  • Coaltar (bonne pharmacie) : lettre à Mme George Bizet (conseil pour un shampoing) - Denis

  • Chloroforme : lettre à la Comtesse Potoka - lettre au Docteur Magitot - lettre à Henri Cazalis – Yvette - Notre cœur, partie 1, chapitre 3

  • Morphine : Berthe - Fort comme la mort, partie 2 chapitre 1 - Notre cœur, chapitre 1 partie 1, chapitre 3 partie 1 - Causerie triste - Au salon (voir chronique tome 3 page 238)

  • Morphine et Cocaine : lettre 661 au Docteur Grancher en 1891 , morphine qui l’a fait terriblement souffrir de même qu’une piqûre de cocaïne qui lui a procuré des cauchemars toute la nuit. La cocaïne, dont il avait horreur, fût remplacée lors de l’extraction d’une dent par 20 gouttes de chlorure de méthyle.

  • Morphine et Opium : Rêves dans le Gaulois du 8 juin 1882

  • Poudre de Dover et Quinine : lettre à Henri Cazalis en mars 1891

  • Quinine : il lui semble que la quinine lui donne des maux de tête (lettre 674), il pense même qu’elle le rend sourd (Lettre 677).

  • Baume du Pérou : lettre à Henri Cazalis : liniment exécuté par un « excellent pharmacien »

  • Antipyrine (2g) : lettre à Henri Cazalis

  • Antipyrine, Bromhydrate de quinine, bromure de sodium : lettre à Henri Cazalis.

  • Chloral : irritation, lettre à Henri Cazalis - Mont-Oriol, partie 1, chapitre 1

  • Gargarisme énergique et liniment : exécuté par un « bon pharmacien » lettre à Henri Cazalis

  • Sels : Malades et médecins - Gil Blas du 11 mai 1884 - Contes Tome II page 100 - Un vieux, tome 1 page 556

L’effet des médicaments est sans appel : « je crève de douleur autant que du sel », lettre 746 à George Darember en décembre 1891.

Epuisé par tous ces traitements il a recours à d’autres thérapeutiques qu’il cite dans sa correspondance : l’homéopathie, les sangsues qu’il s’est fait poser plusieurs semaines de suite pour soulager ses migraines (lettre 217 à Gisèle d’Estoc).

Il souffre mais parodie l’ordonnance d’un médecin d’une station thermale Mont-Oriol. « Et les potions, les pilules, les poudres qu’on devait prendre à jeun, le matin, à midi, ou le soir, se suivaient avec des airs féroces. On croyait lire : Attendu que M.X…est atteint d’une maladie chronique, incurable et mortelle, il prendra :

- du sulfate de quinine qui le rendra sourd et lui fera perdre la mémoire,

- du bromure de potassium qui lui détruira l’estomac, affaiblira toutes ses facultés, le couvrira de boutons, et fera fétide son haleine,

- de l’iodure de potassium aussi, qui, desséchant toutes les glandes sécrétantes de son individu, celles du cerveau comme les autres, le laissera, en peu de temps, aussi impuissant qu’imbécile.

- du salicylate de soude, dont les effets curatifs ne sont pas encore prouvés, mais qui semble conduire à une mort foudroyante et prompte les malades traités par ce remède.

- du chloral qui rend fou, de la belladone qui attaque les yeux, de toutes les solutions végétales, de toutes les compositions minérales qui corrompent le sang, rongent les organes, mangent les os et font périr par le médicament ceux que la maladie épargne. »

Il doit se soigner pour sa syphilis et il redoute toutes les infections et pandémies telles que le choléra, la peste, la lèpre, la tuberculose. Maupassant, reconnaît l’efficacité mais aussi la nocivité des médicaments mais il n’en rend pas les pharmaciens responsables. Il n’accuse pas plus les pharmaciens que les savants d’avoir découvert ces médicaments parfois mal employés par les médecins. (Yvette, édition de la Pléiade, t.1). « Les médecins imbéciles ne comptent plus leurs trépassés ; mais les médecins curieux, intelligents et laborieux, les plus redoutables de tous, passent leur vie à expérimenter des médicaments dans le ventre de leurs malades qui crèvent en nombre pour le plus grand bien des suivants [….] mais personne ne se révolte contre les centaines de médecins qui pratiquent à domicile ou dans les hôpitaux l’empoisonnement expérimental. Les hôpitaux ? Qu’est-ce que cela s’il vous plait, sinon de grands établissements de vivisection humaine. Que fait-on là-dedans sinon essayer des remèdes nouveaux, des méthodes nouvelles et des instruments nouveaux sur les misérables, sur les pauvres, sur tous ceux qui vont mourir dans ces charniers publics parce que leur bourse est vide ? » (Gil Blas, 9 juin 1885).

 

Conclusion

Le parti pris de rechercher dans Maupassant la description de ma profession qui ne soit pas une simple caricature m’a éloigné de l’atmosphère d’angoisse qu’il suscite chez certains spécialistes de son œuvre. J’ai retrouvé les traits d’un pharmacien de l’époque qui, comme celui d’aujourd’hui, participe par son attention aux malades à l’éducation sanitaire de la population.

Je suis confuse de n’avoir retenu qu’un détail dans l’œuvre de Maupassant alors que les écrivains les plus célèbres, les critiques les plus érudits ont assimilé la profondeur, l’amplitude, la modernité de son œuvre. Pourquoi ai-je eu l’audace de n’y rechercher qu’une image de ma vie professionnelle, la permanence d’un métier, d’un art pharmaceutique ?

Le travail que ce texte m’a demandé a été largement compensé par le plaisir de la découverte d’un auteur prodigieux et qui reste, comme le souligne Gérard Delaisement dans la Modernité de Maupassant, un des écrivains français les plus connus mondialement.

 

Notes

 

* Editions de la Pléïade 1974 avec une préface d’Armand Lanoux ; l’introduction, la chronologie, les notes sont de Louis Forestier Professeur à l’Université Paris Sorbonne

** Soirées de Médan : soirées de 6 auteurs chez Zola à Médan.

Un soir , chez Zola à Paris : «  on se met à évoquer la guerre, la fameuse guerre de 70. Plusieurs des nôtres avaient été volontaires ou moblots.

Tiens, tiens, propose Zola, pourquoi ne ferait-on pas un volume là-dessus, un volume de nouvelles ? » en référence à la préface de Léon Hennique dans les Soirées de Médan en 1930.

***Main donnée par Swinburne à Maupassant qu’il voulut même un temps accrocher à son cordon de sonnette.

**** Les Amis de Maupassant : http://maupassant.free.fr/

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