La faculté de pharmacie de Strasbourg : une faculté européenne
Le 02/02/2016 à 21h35 par Anonyme
Résumé

La faculté de pharmacie de Strasbourg : une faculté européenne

 

Le bicentenaire de la création de l’Ecole de pharmacie de Strasbourg, est l’occasion pour l’auteur de remonter le fil de l’histoire. En 1675 la ville ne comptait que quatre pharmacies qui passent au nombre de six un siècle plus tard. Pas d’enseignement organisé jusqu’à la Révolution française et la création de l’Ecole de pharmacie. La période de l’annexion (1870-1918) est traitée grâce à des archives personnelles et nous donne une idée de la vie des étudiants et du fonctionnement de la faculté.

 

André Georgin, Wissembourg le 12 avril 2004. 

Avant la Révolution

 

Strasbourg comptait quatre pharmacies avant 1675; six furent autorisées par une ordonnance en 1757 et au début du XIXe siècle il y en avait 8. Mais il n'y avait pas d'enseignement organisé de la pharmacie. Pour tenir une pharmacie, il suffisait d'avoir été compagnon pendant 5 ans dans une pharmacie. Néanmoins on pouvait aussi suivre les cours de chimie à l'Université. Le doyen du collège des médecins faisait passer un examen qui ne donnait toutefois pas le droit de s'établir en ville, mais seulement d'acheter une officine existante à son propriétaire ou à ses héritiers. On pouvait posséder une pharmacie et la faire exploiter par un gérant « provisor » qui devait avoir passé ses examens à Strasbourg. L'exercice de la pharmacie était en fait un monopole exercé par quelques familles.

 

S'il n'y avait pas d'enseignement organisé, il faut signaler qu'au XVIIe siècle, la municipalité tenta à plusieurs reprises d'établir une tarification des médicaments et en 1675 fut édicté un règlement des Apothicaires de Strasbourg, comportant 41 articles qui précisaient les conditions d'exercice, les pratiques commerciales, la liste des médicaments à détenir, fixait les prix, organisait l'inspection des officines, etc. C'est aussi à cette époque que fut codifiée par deux professeurs de la Faculté de Médecine une formule de thériaque inspirée d'une formule rapportée de Tubingen par le pharmacien Stoehlin, la Thériaque céleste de Strasbourg qui acquit une grande réputation. En 1725 paraît la première édition de la Pharmacopea Argentinensis.

 

Parmi les pharmaciens strasbourgeois de cette époque, connus pour leurs travaux scientifiques, on peut citer entre autres:

Jacob Reinbold Spielmann : membre d'une véritable dynastie d'apothicaires qui entreprit des études de médecine, devint en 1759 professeur de chimie, botanique et matière médicale; il dut vendre sa pharmacie, en raison de l'incompatibilité des deux professions, mais conserva un laboratoire pour l'enseignement pratique et une bibliothèque que fréquenta Goethe. Il devint membre d'une douzaine d'académies, française, allemande, russe, etc.

Jean Herrmann : il succéda à Spielmann après des études de médecine et un séjour à Paris. Il créa un cabinet d'histoire naturelle, dirigea le jardin de l'université. Il fut aussi membre de nombreuses académies et publia des articles de zoologie, ornithologie et cristallographie. Il fut chargé par les autorités révolutionnaires, soucieuses d'instruire le peuple, d'organiser des cours gratuits. La dynastie des Herrmann s'est illustrée dans de nombreuses professions, mais particulièrement dans le milieu médical aux XVIIIe et XIXe siècles.

La dynastie des Hecht est originaire de Thuringe. Cette famille fournit de nombreux pharmaciens au cours des XVIIIe et XIXe siècles. L'un d'eux en 1794 fut déclaré le meilleur pharmacien de la république. .

 

La Révolution Création de l'Ecole de Pharmacie

 

La Révolution a entraîné le démantèlement de tout le système municipal de la pharmacie et rendu l'exercice de la pharmacie libre. Il s'ensuivit une confusion générale avec recrudescence des charlatans. Néanmoins à Strasbourg on continua à exiger des candidats à l'exercice de la pharmacie qu'ils passent un examen devant une commission dirigée par un pharmacien. Après la Terreur, des tentatives de réorganisation ont vu le jour et préparé la création de l'Ecole de Santé.

 

La loi du 21 Germinal An XI a été marquée par l'abandon dans toute la France des anciennes réglementations, par la création d'écoles et par l'exigence de connaissances scientifiques rationnelles de la part des élèves, tandis que les religieux cessaient de vendre des médicaments. L'exercice de la pharmacie fut unifié pour toute la France et devint autonome. Les écoles de pharmacie eurent le droit d'examiner et de recevoir pour toute la République les élèves qui se destinaient à la pratique de cet art; elles étaient de plus chargées d'en enseigner les principes et les théories dans des cours publics, d'en surveiller l'exercice, d'en dénoncer les abus aux autorités et d'en étendre le progrès. C'est le renom de l'ancienne Ecole de Médecine de Strasbourg qui incita sans doute à créer une Ecole de Pharmacie dans cette ville comme à Paris et à Montpellier

Les trois Ecoles de Santé ont été créées le 4 décembre 1794, et celle de Strasbourg fut inaugurée le 9 février 1795. Le terme Santé évitait le rappel des Facultés de Médecine de l'Ancien régime et englobait médecine, chirurgie, pharmacie et disciplines connexes. Toutefois en 1802, les écoles redevinrent Facultés de Médecine. Les quatre facultés (Droit, Sciences, Lettres et Médecine) ainsi que le lycée furent installées au Grand Séminaire, derrière la cathédrale. Le clergé ayant réclamé ses locaux en 1814, une ordonnance royale obligea en 1823 les Facultés à les libérer, à l'exception du lycée, actuellement Lycée Fustel de Coulanges. Installées provisoirement dans l'ancien hôtel d'Andlau, en 1824 les Facultés s'installèrent dans l'ancienne maison des Enfants Trouvés à la Krutenau.

Le nombre de chaires (trois dans l'ancienne Faculté de Médecine) fut porté à cinq dans l'Ecole de Santé à sa création: anatomie et physiologie, botanique et matière médicale, chimie médicale et pharmacie, clinique interne, chirurgie pathologie interne et accouchements. Diverses chaires furent progressivement ajoutées pour arriver à 10 en 1799. En 1803 il y avait douze chaires dont quatre concernaient les sciences pharmaceutiques. En 1808 lors de la transformation en Faculté de Médecine, on comptait toujours douze chaires dont trois concernaient les sciences pharmaceutiques (chimie, botanique et histoire naturelle des médicaments, pharmacie).

 

Les professeurs étaient nommés par le gouvernement pour cinq ans. L'enseignement débuta en 1805, mais il y avait manque de locaux et de crédits. Manque d'élèves aussi par suite de l'incorporation des jeunes gens à l'armée. En 1810, même les cours s'arrêtèrent, malgré l'appel à des élèves étrangers pour pourvoir aux besoins strasbourgeois en pharmaciens. Une réorganisation intervint en 1835, les cours reprirent et l'Ecole de Pharmacie fut incorporée à l'université en 1842. L'hôpital militaire créé sous l'ancien régime avait une fonction d'hôpital d'instruction et continua à fonctionner et les pharmaciens militaires participèrent à l'enseignement de la pharmacie,

 

La loi de Germinal prévoyait une formation par un apprentissage de huit ans. Mais les élèves qui avaient suivi trois ans de cours à l'école pouvaient exercer après seulement trois ans d'apprentissage et la connaissance du latin n'était plus exigée. Mais par la suite le baccalauréat fut exigé des candidats au diplôme de première classe, puis le certificat de grammaire pour ceux de deuxième classe. Un décret de 1854 rendit obligatoire, pour tous, les trois années d'études.

Il était prévu trois examens, deux de théorie sur les principes de l'art d'une part, sur la botanique et l'histoire naturelle des drogues simples d'autre part et un examen pratique pendant quatre jours, comportant au moins neuf opérations pharmaceutiques et chimiques. Une ordonnance de 1825 reprit et précisa ces modalités.

 

Au XIXe siècle

 

Faute de documents on connaît mal le contenu de l'enseignement en 1806. On peut néanmoins penser que la Pharmacopea Argentoratensis en était la base. Mais les pharmacopées régionales furent supprimées en 1803 et un Codex medicamentorius seu Pharmacopea Gallica fut publié en 1816. Bon nombre des professeurs étaient titulaires à la fois d'un doctorat de philosophie et d'un doctorat de sciences et les humanités étaient enseignées au même titre que les sciences. Les problèmes de locaux, de crédits et de personnel rendirent le fonctionnement de l'Ecole de Pharmacie difficile et elle faillit fermer. Malgré les vicissitudes, il y eut des professeurs prestigieux, auteurs de nombreux travaux importants. On peut citer Nestler père (1748-1824), pharmacien originaire de Saxe, Kirschleger (1804-1869), botaniste éminent, Persoz (1805-1868), chimiste, d'origine suisse sous l'impulsion duquel la notoriété de l'Ecole fut très grande et les recherches et découvertes nombreuses. On citera, entre autres les travaux de Gerhardt (découverte de l'acide salicylique) et de Pasteur (travaux sur le polymorphisme). Béchamp, le farouche détracteur de Pasteur avec sa théorie des

microzymas enseigna quelque temps à l'école avant de reprendre la pharmacie de la Violette..

De nouveaux locaux furent inaugurés en juin 1840, sous le règne de Louis Philippe et une plaque de platine de 103 mm sur 174mm pesant 182 grammes fut gravée pour consacrer l'événement. En 1903 elle était encore conservée aux Archives municipales. On ignore ce qu'elle est devenue.

 

Pendant l'annexion (1870-1918)

 

Le départ "à l'intérieur" de tous les professeurs sauf M. Schlagdenhauffen, désorganisa l'Ecole de Pharmacie de Strasbourg. Une Société des Elèves en Pharmacie d'Alsace-Lorraine se constitua dans la première moitié de 1871 avec les élèves en pharmacie inquiets de leur avenir et les pharmaciens alsaciens dans le but d'obtenir la réouverture de l'Ecole de Pharmacie. Celle-ci rouvrit à l'initiative de M. Schlagdenhaufen avec quelques confrères installés, Pfersdorff, Memminger, Reeb, Beno, Schanté sous la présidence de M. Heydenreich. L'Ecole Autonome de Pharmacie de Strasbourg fonctionna en 1871/72 avec l'appui moral et même financier de la municipalité et avec l'accord tacite des autorités universitaires allemandes, ceci dans le but d'enrayer le départ des étudiants en France.

Mais en 1872, un décret impérial créait l'Université de Strasbourg et suspendait l'Ecole Autonome qui fut, comme la Faculté de Médecine, incorporée à la nouvelle université, réorganisée sur le modèle allemand. Une période transitoire fut instaurée jusqu'à la rentrée de 1874, à partir de laquelle, les nouveaux étudiants durent suivre le cursus exigé par l'université allemande. Il n'y avait plus d'Ecole de Pharmacie, les futurs pharmaciens travaillaient quatre ans en officine, comme élèves, passaient l'examen de commis puis, sous réserve d'avoir leur baccalauréat, suivaient à l'Université comme auditeurs les cours qu'ils choisissaient à leur gré, avec les futurs aide-chirurgiens, sage-femmes et dentistes. Un examen d'Etat sanctionnait la fin des études.

 

En réponse au décret impérial allemand, un décret du Président de la République française transférait la Faculté de Médecine et l'Ecole supérieure de Pharmacie de Strasbourg à Nancy et M. Schlagdenhauffen fut nommé à la tête de l'Ecole

L'Institut de Pharmacie de Strasbourg fut installé dans les locaux de l'Ecole de pharmacie. La direction en fut donnée à un Suisse, l'éminent Professeur Flückiger. Ce fut le début d'un renouveau de la pharmacie à Strasbourg qui avait été illustrée avant 1870 par Gerhardt, Kirschleger, Pasteur et bien d'autres. Après un démarrage difficile, l'Institut grâce à Flückiger qui était en relation avec les facultés de pharmacie en France, en Angleterre, en Suisse, en Italie et en Allemagne, et grâce à ses élèves acquit une réputation internationale spécialement dans l'étude des principes actifs des plantes et attira des élèves étrangers, jusqu'à des anglais, des américains, et même un japonais Shimoyama, qui se signala par ses travaux et qui fut appelé à organiser la pharmacie japonaise sur le modèle occidental. Flückiger laissa une œuvre scientifique considérable. Il se montra très proche des étudiants alsaciens-lorrains. Il légua à la Faculté et à la BNU des ouvrages de valeur. A sa retraite en 1892, il fut remplacé par un autre suisse le professeur Schaer, auteur aussi de nombreuses publications. Décédé brutalement en 1913, c'est encore un brillant pharmacien suisse, le docteur Otto Oesterlé, qui lui succéda. Tous deux maintinrent la tradition de Flückiger et contribuèrent comme lui à maintenir l'esprit alsacien à l'Institut et dans la profession.

 

Nous nous étendrons un peu plus longuement sur la vie des étudiants en pharmacie pendant cette période, car cela donne une idée du fonctionnement de la faculté. Ces informations provenant en partie d'archives personnelles prouvent que les étudiants en pharmacie alsaciens manifestèrent un profond attachement à la France.

La Société des élèves en pharmacie décida à sa "réunion générale" du 10 août 1872 de continuer malgré la disparition de l'Ecole Autonome et malgré la nouvelle organisation des études C'est un véritable journal imprimé, rédigé en français qui publiait les comptes rendus des séances de la Société des élèves en pharmacie d'Alsace-Lorraine et de ses assemblées générales. Dans le 2e, paru en septembre 1872, le Président, M. Iehl, signale que les Lorrains n'ont pas répondu aux appels, il déplore les difficultés à trouver des élèves, le non respect par ceux-ci des statuts de la société car ils changent de pharmacie sans prévenir celle-ci. M. Binder "après une allocution très-patriotique, engage ses collègues à ne pas désespérer de l'avenir de la pharmacie en Alsace". Les questions scientifiques ne sont pas oubliées puisqu'il y a un article sur ce qui était à l'époque un nouveau médicament fréquemment prescrit par les médecins, le lacto-phosphate de chaux pour lequel on proposait un nouveau mode de préparation. Les statuts revus et modifiés précisent que:

La Société des Elèves en Pharmacie d'Alsace-Lorraine a pour but:

1°de resserrer les liens de solidarité et de confraternité qui doivent unir les élèves;.

2°de veiller à leurs intérêts tant intellectuels que matériels;

3°d'être utile aux pharmaciens autant qu'aux élèves par son registre des places vacantes.

Pouvait être membre tout élève en pharmacie Alsacien ou Lorrain. Il y avait 4 sections (Strasbourg, Colmar, Mulhouse, Metz). Tout membre actif résidant hors d'Alsace-Lorraine pouvait être membre correspondant et tout membre correspondant ayant terminé ses études pouvait être membre honoraire. On voit que l'association n'était pas ouverte aux Allemands.

 

Le 9e compte rendu expose l'activité de l'association en 1876 et 1877 avec les assemblées générales correspondantes. On y trouve l'exposé des problèmes de l'époque ; on constate que la société a survécu à l'instauration du régime allemand ; les élèves en pharmacie étaient en fait des "stagiaires" dont le stage durait 4 ans au lieu de 8 avant 1870 sous le régime français; il était sanctionné par un examen de commis qui a limité l'entrée des alsaciens à l'Université, mais le président pensait que les choses iraient en s'améliorant et que les Alsaciens allaient entrer en force à l'Université. La société avait constitué une bibliothèque à la disposition des adhérents et continuait d'acquérir des ouvrages français à côté d'ouvrages allemands. On signale que M. Dorvault avait offert à l'association un abonnement à l'Union pharmaceutique. On donne le texte des questions de l'examen de commis dont curieusement les questions écrites sont en allemand alors que les questions pratiques sont en français (préparation de granules argentés, infusion de digitale, émulsion d'huile, etc). Il est intéressant de voir que parmi les membres correspondants, il y en a à Epinal, Nancy, Paris, Nantes... et même à Oran et à Louisville (Amérique).

 

Le 11e compte rendu (année 85/86 publié en 1886) donne d'intéressantes précisions sur les réunions mensuelles de la société ; des communications scientifiques figurent toujours à l'ordre du jour. La société partage les locaux de la Sundgovia-Erwinia et se préoccupe de louer un piano "dont l'absence dans notre nouveau local est fort regrettable à cause de la direction du chant"; l'association reçoit 20 exemplaires d'un cahier de chants. Il devait s'agir de du chansonnier de la Sundgovia-Erwinia qui contenait une vingtaine de chansons françaises (chansons d'étudiants et de soldats, chansons de Déroulède et de Béranger, peu appréciées par les oreilles allemandes!); seule référence locale: Le vrai Sundgovien et 10 strophes du Hans im Schnockeloch, celles-ci en alsacien. Le nombre des membres actifs atteint 32. Plusieurs membres honoraires résident "à l'intérieur" et il faut mentionner les membres honoris causa: 2 finlandais, un danois, un japonais Shimoyama, Müller pharmacien à Strasbourg et Gérock, préparateur à l'Institut de Pharmacie.

 

Le 12e compte rendu (janvier 1887) informe que la bibliothèque fort négligée depuis un certain temps a été réorganisée, ainsi que le bureau de placement lequel constitue une activité importante de la société. D'ailleurs des tarifs avaient été établis: pour une durée de 8 jours environ, 3 marks par jour pour les apprentis, 5 marks pour les étudiants, frais de déplacement à la charge du pharmacien. Plusieurs membres ayant eu à se plaindre des procédés employés à leur égard par M. G. pharmacien rue de la Mésange, demandaient qu'on établisse une surtaxe de 1 mark sur le tarif. La proposition fut adoptée! Ce numéro contient un long, mais très intéressant, article d'un membre de la société sur les spécialités pharmaceutiques, considérées à l'époque comme contraires à la déontologie et nuisibles tant au prestige qu'à la prospérité des pharmaciens. Il est vrai que l'absence de contrôle de la fabrication, de la publicité et des formules plus ou moins secrètes ou non conformes aux affirmations du "spécialiste" (c'est à dire le fabricant de spécialités), n'étaient guère en faveur de ces produits.

 

Il est cependant probable que ces comptes rendus ne reflètent pas exactement la vie des étudiants en pharmacie de l'époque. Dix sept ans après l'annexion, la francophilie des membres actifs et honoraires était évidente, ne serait-ce que par la rédaction du journal intégralement en français, ce qui parait avoir été toléré par les autorités allemandes. Mais certaines circulaires que nous avons retrouvées démentent le ton plutôt optimiste des comptes rendus.

 

1-Une circulaire du 24 janvier 1879 est relative à une dissolution de la société. "Plusieurs pharmaciens honoraires de la Société des Elèves en Pharmacie d'Alsace-Lorraine ayant protesté énergiquement contre sa dissolution, nous prions nos confrères membres ou non de la dite société, de vouloir se trouver le dimanche 2 février à 10 h 1/2 du matin, au café du Saumon à Strasbourg. Question: Voulez-vous maintenir la société ou non?" «  signé le dernier comité ».

La réunion fut déplacée in extremis et fixée au 28 janvier à 10 heures du matin au café Bauer (rue du Dôme), où elle eut lieu en réalité le 30.

2-Une assez longue circulaire du 8 février déclare: "nous avons le plaisir de vous annoncer qu'à la réunion du 30 janvier, la Société des Elèves en pharmacie d'Alsace et Lorraine a été reconstituée, qu'un nouveau comité a été nommé provisoirement et que sans tenir compte des décisions prises à la dernière assemblée générale, la bibliothèque, l'herbier et les fonds restant en caisse feront comme par le passé partie intégrante de notre société. Non seulement presque tous les anciens membres nous ont prié de les considérer comme membres actifs mais encore nos rangs ont été grossis par plusieurs nouveaux membres et d'anciens démissionnaires. Le mouvement a été si spontané, le désir de reconstituer la société a été exprimée si vivement et le nombre des nouveaux membres si conséquent que nous n'avons plus qu'à nous réjouir de voir la société se relever plus jeune et vigoureuse que jamais, après avoir été sur le point de se dissoudre"... Le nouveau président (Dammeron) et le nouveau secrétaire (Vogt) assurent avoir reçu de nombreuses lettres de soutien "qui nous ont invité à porter plus haut que jamais notre bannière et notre devise Union, Fraternité". Une réunion ordinaire devait avoir lieu le 18.

3-En 1887, nouvelle alerte: une circulaire du 26 août informe les membres que: "

"la Société des Elèves en Pharmacie d'Alsace Lorraine de laquelle vous étiez membres vient d'être dissoute par arrêté préfectoral en date du 23 août 1887. Cet arrêté qui ne porte aucun motif de dissolution nous a été signifié par Mr Le Directeur de la Police par mandat en date du 25 août 1887 .Signé pour l'ex-comité, Paul Winsbach, ex Secrétaire.

 

LES EVENEMENTS DE 1887

 

Si la Société des élèves en pharmacie d'Alsace-Lorraine était une association strictement pharmaceutique regroupant aussi des pharmaciens installés, il faut savoir qu'il existait à cette époque une autre association d'étudiants alsaciens. C'était la SUNDGOVIA-ERWINIA provenant elle-même de la réunion de 2 associations, la Sungovia (autorisée en 1881) groupant essentiellement des étudiants de Haute-Alsace et l'Erwinia, (autorisée en 1882) réunissant les étudiants de Strasbourg, association à laquelle adhéraient d'ailleurs des étudiants membres de la Société des élèves.

 

Ses statuts portent à l'article 1: La société a pour but l'union fraternelle des étudiants d'Alsace Lorraine; sa devise sera : Union, Honneur, Travail. L'article 2 précise: pourront être membres actifs tous les étudiants alsaciens-lorrains.

 

Comme à la Société des Elèves en Pharmacie, il semble bien que ce libellé ait eu pour objet d'exclure les étudiants allemands d'origine. Probablement pour éviter que des membres adhèrent aussi à une société d'étudiants allemands, il était en outre prévu que tout membre qui voudrait entrer dans une autre société d'étudiants sans en avoir préalablement reçu l'autorisation de la société Sundgovia-Erwinia pourrait être exclu.

 

Des étudiants en pharmacie, F. Schanté, Victor Fels et P. Spindler avaient été interpellés rue des Serruriers par un agent de police parce qu'ils chantaient des chansons françaises et criaient vive Kablé, le 22 février 1887. A la suite d'une dénonciation, la police avait fait le 2 avril une perquisition au Café Français place Kléber où se réunissaient la Sundgovia-Erwinia et la Société des Elèves en Pharmacie qui avaient des rapports étroits; des emblèmes, des documents, des livres avaient été saisis.

 

Le rapport du Kriminalschutzmann Richard daté du 14 avril constatait que "la S. ne reçoit que des indigènes, mais pas de fils d'Allemands immigrés... Ses membres bien qu'élevés dans des écoles allemandes ont un caractère "durchaus französich". On avait trouvé un chansonnier comportant des chansons de soldat et une bibliothèque composée exclusivement de livres français; on avait trouvé les preuves de relations avec le député contestataire Mühleisen, d'une action en faveur de l'Institut Pasteur, etc...En outre l'association n'avait pas participé à la réception de l'Empereur. Richter, le curateur de l'Université de Strasbourg et président de l'Oberschulrath, écrivait le 15 avril 1887 au secrétaire d'Etat Puttkamer pour lui exposer le danger présenté par les étudiants adhérant à la Sundgovia et insistait sur la nécessité de connaître les membres anciens et actuels.

La Strasburger Post du 23 avril 1887 annonçait la dissolution prononcée par le Bezirkspräsident, en indiquant que le motif était: Keineswegs deutschfreudlichen Verhalten des Vereins (comportement absolument inamical de l'association vis à vis de l'Allemagne). Apparemment, selon la circulaire mentionnée plus haut, la Société des Elèves de l'Ecole de Pharmacie avait été dissoute en même temps que la S-E.

 

Des visites domiciliaires furent effectuées chez divers étudiants, avec peu de résultats. Si l'attitude des membres des associations vis à vis de la "Kultur" allemande était tout à fait évidente, les documents saisis (sans doute essentiellement les comptes rendus plutôt anodins des réunions) ne contenaient rien de très séditieux, à part peut-être les chansons qui mettaient les Allemands en rage. Finalement l'affaire n'eut, semble-t-il, pas vraiment de suites en dehors de la dissolution de la Sundgovia-Erwinia et de la Société des Elèves de l'Ecole de pharmacie d'Alsace-Lorraine. Une information parue à Metz dans le Lorrain du 20 août 1887 disait qu'à Strasbourg des membres de la S-E. seraient cités devant le Reichsgericht pour participation à une société secrète et que la majorité de ses membres seraient exclus de l'Université. Il n'en fut heureusement rien et le Ministère exigea un rectificatif en première page du journal.

 

Mais la Société des élèves en pharmacie d'Alsace-Lorraine sérieusement éprouvée laissa la place en 1893/94 à une nouvelle organisation groupant toujours "élèves", étudiants et pharmaciens, le Pharmaceuten-Verein Elsass-Lothringen (P.V.E.L.) dont la revue fut appelée HA ZWEI ESS (H2S) qui n'est pas à l'origine, comme on le croit souvent, le nom d'une association. Cette revue parut jusqu'en 1914 avec une partie des textes en français, et avec la participation de nombreux artistes alsaciens (Hansi et Koertgé entre autres) témoignant d'un attachement des étudiants et des pharmaciens alsaciens-lorrains à la France.

 

Période 1918-1939

 

Les cours reprirent en 1919 et en 1922 l'Ecole supérieure fut transformée en Faculté de Pharmacie dont le professeur Jadin de la Faculté de Montpellier devint le doyen. Parmi les professeurs nous citerons les professeurs Sartory (Faculté de Nancy), Laborde et Braemer strasbourgeois d'origine, tous deux de la faculté de Toulouse, Lavialle, Kueny de l'Institut de Pharmacie de Strasbourg, M. Lobstein, strasbourgeois d'origine aussi, devint doyen à la retraite de M. Jadin.

Un décret de 1919 prévoyait que les professeurs alsaciens et lorrains seraient intégrés dans les cadres et avec les mêmes statuts que ceux des autres universités.

En 1919 furent créées les chaires de bactériologie, de cryptogamie, de pharmacologie, de botanique, de chimie médicale, d'analyse et toxicologie et en 1921 de pharmacie galénique.

En 1923 la Faculté célébra avec faste le centenaire de Pasteur et un monument fut érigé devant l'Université.

En 1925-1926, la faculté comptait 152 étudiants, dont 34 français et 37 étrangers en première année. Parmi les étrangers, bulgares, yougoslaves, roumains, norvégiens, suisse, polonais, turcs, chinois même!

C'est en partie grâce aux efforts de M. Sartory, professeur de microbiologie que les laboratoires purent être agrandis et équipés.

 

En 1920, l'Association des Etudiants de l'Ecole de Pharmacie de Strasbourg avait pris le relais du P.V.E.L et relancé la revue H2S. On trouve des renseignements sur l'activité du P.V.E.L. et sur sa revue H2S dans le n° 249 (avril 1920, 22e année) de la revue dont la couverture porte le sigle H2S sur un serpent et la mention: REVUE ESTUDIANTINE D'ALSACE LORRAINE, Organe mensuel de l'Association amicale des Etudiants en Pharmacie de Strasbourg. Un encart signé H. Collin, secrétaire, pour le Comité, intitulé "Mr Laugel1 à Strasbourg" commence ainsi : Le 12 Mai prochain, les Etudiants en Pharmacie d'Alsace et de Lorraine tiendront à Strasbourg une Assemblée générale et ils vous prient de bien vouloir y assister. En cette année scolaire 1919-1920, qui a vu la transformation du "Pharmazeutisches Institut" en Ecole Supérieure de Pharmacie, nous nous sommes appliqués, en nous inspirant des traditions si fidèlement gardées par nos anciens, à faire revivre tout ce qui constituait le caractère professionnel et l'originalité de notre association; la reprise de la publication de notre Revue « H2S »  témoignera devant tous de nos efforts et de notre désir de reprendre les coutumes suspendues pendant les dernières années....En cette année qui a vu la reprise des cours en français à notre Ecole, cette manifestation liée au souvenir de nos timides, mais confiantes manifestations d'avant-guerre nous a paru demander un éclat particulier -un éclat de fête- ...

 

L'assemblée à laquelle étaient invités outre les étudiants, leurs professeurs, les pharmaciens d'Alsace et de Lorraine et "tous ceux qui de tout temps s'intéressaient à nous" devait avoir lieu au local habituel, "au Pigeon" rue des Tonneliers à 4 heures de l'après-midi, et être suivie d'un banquet avec "programme artistique" à 8h à l'Hôtel Union. (Prix 20 f).

 

L'Assemblée générale prit la décision de faire d'H2S la revue de tous les étudiants de Strasbourg (comme l'indique d'ailleurs le libellé du titre), les étudiants en pharmacie n'apparaissant qu'en sous-titre.

 

L'éditorial signé par le Rédacteur G. Raess, rappelle que la revue avait été interrompue pendant 5 ans et remercie les artistes qui ont permis la réalisation de ce numéro, ainsi que les professeurs de l'Ecole. Il était accompagné d'un appel aux confrères d'Alsace et de Lorraine, signé Schmutz, président de l'association. Cet appel est surmonté d'un dessin représentant devant un radieux soleil levant un ancien en train de passer le drapeau de l'H2S à un jeune. On trouve dans ce n° un poème en alsacien " D'r HAZWEIESS esch widder doo!" (H2S est de nouveau là!) signé Neukirch, collaborateur attitré de la revue avant la guerre. Il y a aussi un article du même Neukirch intitulé: Les Pharmaciens d'Alsace-Lorraine au service de la cause française, l'H2S une revue française "quand même", qui avait paru dans le journal la République en 1919.

 

Il rappelle l'importance du caractère artistique de la revue qui "s'attacha les poètes et toute la pléiade des artistes du pays et de nombreux artistes français. Nous devons une mention spéciale au pharmacien Charles Ehrmann de Bouxwiller, mort hélas pendant la guerre...il était devenu le décorateur attitré de la revue. Celle-ci parut pendant de nombreuses années, constituant ainsi pour toujours un témoignage des sentiments alsaciens-lorrains sous le régime allemand, une preuve irréfutable de notre fidélité pour la France et un document d'une valeur artistique de premier ordre"....

 

Il rappelle aussi ce que l'on ignore généralement, que H2S avait été le premier à publier des dessins satiriques de Hansi (J.J. Waltz) et donc ainsi contribué à orienter celui-ci dans la voie où il s'est illustré.

 

Ce numéro historique contient à côté de plusieurs dessins originaux d'artistes alsaciens commme le voulait la tradition de la revue, un éloge du Professeur Jadin qui avait été nommé directeur de l'Ecole, un article sur les champignons, des histoires, etc, et les comptes rendus des diverses réunions en 1919-1920 qui avaient abouti à la reconstitution de l'association des étudiants en pharmacie de Strasbourg; il faut rappeler qu'un arrêt du recteur de l'Université allemande en 1897 avait interdit aux étudiants en Pharmacie l'adhésion au P.V.E.L. Par ailleurs 3 membres de l'association avaient été délégués pour chercher le drapeau de l'H2S, vert frappé du sigle H2S, chez le Professeur Kueny qui l'avait caché pendant la guerre2*. La publicité, importante, témoigne du soutien de la profession, de la Pharmacie Centrale de France aux pharmaciens locaux, sans oublier libraires, cafés et hôtels strasbourgeois et constitue une véritable rétrospective de la vie à cette époque.

 

Période 1939-1945 Clermont-Ferrand

 

En ce qui concerne les années 1939 à 1945, on sait que Strasbourg ayant été totalement évacuée le 1er septembre 1939, l'Université de Strasbourg fut officiellement transférée à Clermont-Ferrand avec le corps enseignant au grand complet; la Faculté de pharmacie de Strasbourg absorba l'Ecole de plein exercice de pharmacie de Clermont beaucoup moins importante et qui ne comportait pas de 4e année. C'est le Doyen de Strasbourg M. Sartory qui en fut le doyen avec entre autres professeurs Lobstein, Lapp, Volmar, Duquenois Les cours avaient lieu dans un amphithéâtre de l'Hotel-Dieu, faute de place à l'Ecole et les travaux pratiques de Chimie dans le pavillon de chimie, annexe de l'Université. Il y avait eu une espèce de symbiose entre les 2 universités, Clermont étant en quelque sorte absorbée par Strasbourg; c'était Strasbourg dans les vêtements de Clermont.

 

L'association des Etudiants en Pharmacie de Strasbourg ne fut pas reconstituée officiellement, même si quelques réunions informelles semblent avoir eu lieu; on avait d'autres soucis.

 

La situation et l'atmosphère ont évolué: d'abord en 1939-1940, la tristesse de l'évacuation mais la joie de se retrouver ensemble. L'armistice jeta naturellement la consternation parmi les "strasbourgeois" de Clermont. L'incertitude régnait en ce qui concernait le sort de l'Alsace et le gouvernement de Vichy eut une attitude équivoque, allant jusqu'à encourager les Alsaciens d'origine à rentrer en Alsace, tandis que les Allemands multipliaient les pressions directement ou par les familles restées en Alsace. Ceux qui étaient restés, souvent coupés de leurs familles commençaient à être informés de ce qui se passait en Alsace ont « apprécié » une (très) relative liberté. Dès 1942, des négociations eurent lieu entre les autorités françaises et l'administration allemande de l'Alsace pour le retour à Strasbourg des bibliothèques, archives, collections et matériel de l'Université de Strasbourg évacués à l'intérieur en 1939. Certaines des personnalités françaises qui y prirent part freinèrent de leur mieux pendant que quelques-unes cédaient facilement aux exigences des Allemands. Pratiquement (mais il y eut encore, et c'est tout à l'honneur de ces personnels, des réticences dans l'exécution), l'essentiel des biens de l'Université retournèrent peu à peu en Alsace. Fait remarquable, tout le personnel de la Faculté de Pharmacie resta à Clermont; la plupart des étudiants alsaciens aussi, bien que quelques-uns, mal informés, soumis à des promesses fallacieuses, rentrèrent en Alsace annexée de fait, pour des raisons économiques ou familiales compréhensibles (souvent par la crainte qui s'avéra justifiée de représailles contre leurs familles).

Avec l'occupation de la "zone libre en 1942, l'inquiétude gagna beaucoup d'Alsaciens, en particulier ceux des classes mobilisées en Alsace à la suite du décret du gauleiter Wagner, considérés comme déserteurs par le régime nazi. Certains durent se cacher, entrèrent dans la clandestinité et rejoignirent la Résistance.

Beaucoup d'étudiants alsaciens de toutes disciplines habitaient dans un foyer appelé en souvenir de Strasbourg, la Gallia. On se doute que l'esprit n'allait pas, et ceci dès le début, dans le sens de la "collaboration" avec les Allemands. Ceux-ci s'inquiétèrent des sentiments et même des actions anti-allemandes dont l'origine se trouvait à l'université de Strasbourg/Clermont. Ils renoncèrent cependant à exiger que le gouvernement français liquide l'Université de Strasbourg, et même à exiger du gouvernement français le rapatriement des Alsaciens de souche en 1942.

Il n'y a évidemment pas eu d'association spécifiquement strasbourgeoise des Etudiants en général et donc des étudiants en Pharmacie en particulier. Mais le 25 juin 1943 une rafle fut organisée à la Gallia, suite à une dénonciation. L'immeuble fut cerné par la police et les soldats. Quelques-uns des 55 étudiants qui y logeaient étaient absents, 37 furent arrêtés. Ils furent envoyés à Compiègne avant leur transfert en Allemagne dans les camps. Mais c'est le 25 novembre qu'eut lieu la grande rafle à l'université. Il y eut de nombreux blessés et le professeur de grec Collomp fut tué. Elle fut suivie de perquisitions chez divers étudiants et enseignants de toutes les Facultés. Si beaucoup des personnes arrêtées furent relâchées au bout d'un certain temps, 38 étudiants et professeurs (et bien évidemment tous les israélites) furent déportés dans des conditions épouvantables. Bien entendu les arrestations se poursuivirent jusqu'à la libération. Seul un petit nombre revint des camps. Parmi les professeurs disparus il faut citer Jean Cavaillès, chargé de cours de philosophie générale qui fut un résistant très actif et l'éminent chargé de cours au Collège de France, strasbourgeois d'origine, Marc Bloch. Trois étudiants en pharmacie ne revinrent pas : Albert GRAF décédé à Lübeck en 1945, Claude HEIMENDIGER à Auschwitz en 1945, Georges HUSS à Buchenwald en 1944.

 

Une plaque avec leurs noms fut apposée à l'ancienne faculté; elle a été apposée à la nouvelle faculté à Illkirch Graffestadten. Rappelons que la médaille de la Résistance française a été décernée à l'Université de Strasbourg par décret du 31 mars 1947.

 

Les Allemands réouvrirent l'Université de Strasbourg à l'hiver 1941.Tout le corps enseignant de la Faculté de Pharmacie de Strasbourg étant resté à Clermont, un Institut de Pharmacie analogue à celui qui avait fonctionné pendant l'annexion après 1870, fut ouvert avec des professeurs allemands. Le directeur était le professeur Ferdinand Schlemmer qui assura avec trois assistants les cours de pharmacie chimique et de pharmacognosie, tandis que la chimie, la physique et la botanique étaient enseignées à la Faculté des Sciences à laquelle était rattaché l'Institut.

 

Après 1945. Retour à Strasbourg

 

A la rentrée de 1945 la Faculté de Pharmacie rouvrit à Strasbourg et l'Association des Etudiants en Pharmacie fut reconstituée avec comme Président Pierre BOHY. Comme en 1919, le drapeau de l'H2S avait été sauvé: ce sont MM. Dahlet, Malgras et Ruppert qui fin 1945 en reprirent possession à "l'Annexe", le café en face de la Faculté; c'était Joseph, un garçon de laboratoire, qui l'avait caché durant toute la guerre.

En 1978 eut lieu le déménagement de la rue St Georges dans les nouveaux locaux à Illkirch. La publication en 1999 du Comité national d'Evaluation des Universités faisait apparaître la Faculté de Pharmacie de Strasbourg comme la meilleure faculté française de pharmacie. Mais des inquiétudes apparaissent: tendance à la recentralisation après la décentralisation administrative, réformes en vue dans l'enseignement (réforme LMD, enseignement de base commun aux diverses professions de santé), menace sur la recherche. Il y a néanmoins des raisons d'être optimiste pour l'avenir: variété des enseignements avec 4 options à partir de la 3e année (Pratique officinale, pharmacie industrielle, biologie et pharmacie hospitalière, recherche), nombreux diplômes de 1er et 3e cycle, participation à la formation permanente. A côté des 1300 étudiants, la faculté compte 77 enseignants–chercheurs, 36 chercheurs statutaires, 135 doctorants et post-doctorants La recherche fondamentale est active, sans que sa valorisation soit négligée: plus de 100 contrats avec l'industrie pharmaceutique; 26 brevets déposés au cours des trois dernières années; enfin depuis 1999, trois "jeunes pousses" (start-up) ont été crées à partir de l'activité des laboratoires de recherches.

L'Association amicale des Etudiants de la Faculté de Pharmacie de Strasbourg, nommée familièrement « H2S » fonctionne au service des 600 étudiants (coopérative, photocopies, connexion à Internet, cafeteria) et organise l'accueil des nouveaux étudiants.

 

Conclusion

La Faculté de pharmacie de Strasbourg est héritière d'un long passé. Elle a connu de grands noms scientifiques et affirme son caractère international et particulièrement européen. Il était difficile en quelques pages de mentionner toutes les personnalités qui l'ont illustrée à travers des péripéties souvent dramatiques dont témoigne l'activité des associations d'étudiants dans les périodes les plus sombres.

Siège de la Direction Européenne Qualité et Médicament, depuis 1964, Strasbourg est décidément tournée vers l’avenir de l’Europe de la santé.

 

 

André Georgin, Paris le 12 avril 2005,

 

 

Bibliographie

  • Compte-rendus de la Soc. des Elèves en Pharmacie d'Alsace-Lorraine.

  • Revue H2S.

  • F. des Cilleuls L'Ecole autonome de Pharmacie de Strasbourg. Poncelet Nancy 1912

  • Documents divers provenant des archives de J.E. Gérock (1859/1934).

  • G. Humbert Contribution à l'histoire de la pharmacie à Strasbourg Brinkmann 1938

  • Herzog-Haug Thèse doct. pharm. Strasb. 1985 La belle époque de l'H2S de 1893 à 1918.

  • Burlet Thèse doct pharm. Strasb. 1987 L'Enseignement de la Pharmacie à Strasbourg 1987

  • Communications de M. Bachoffner

  • Bachoffner Esquisse d'une histoire de l'enseignement pharmaceutique à Strasbourg in "Les Sciences à Strasbourg" Oberlin 1989.

  • De l'Université aux camps de concentration. Témoignages. 1939-1943 Strasbourg-Clermont-Ferrand-Strasbourg 1979-1983, Presses Univ. de Strasbourg 1988

 

 

 

 

 

 

ANNEXE

 

CELEBRATION DU DEUXIEME CENTENAIRE DE LA CREATION DE L'ECOLE DE PHARMACIE DE STRASBOURG

 

 

Une loi organisant la profession pharmaceutique s'est rapidement avérée nécessaire après la suppression des corporations et des maîtrises en raison des abus que la suppression des corporations avait entraînés avec la prolifération des charlatans et des remèdes préparés par n'importe qui et sans contrôle. Mais la Loi de Germinal (21 Germinal An XI-11 avril 1803) a aussi organisé l'enseignement de la pharmacie. Avant la Révolution, seuls les apothicaires formés dans les maîtrises de Paris et Montpellier pouvaient exercer dans toute la France. La Loi de Germinal a créé trois écoles de pharmacie dont celle de Strasbourg. C'est pourquoi la Faculté de Pharmacie de Strasbourg a décidé de célébrer le bicentenaire de sa création.

 

Cette célébration a eu lieu le 11 avril dans l'amphithéâtre Louis Pasteur à la Faculté de Pharmacie à Illkirch-Graffenstaden. Dans le hall de la faculté étaient exposés des documents concernant l'histoire de la pharmacie, l'exercice de la profession, des Codex, pots de pharmacie anciens, balances, drogues végétales, etc. et une importante collection de cartes postales représentant de nombreuses pharmacies de Strasbourg au siècle dernier.

 

M. le professeur B. Carrière, président de l'Université Louis Pasteur accueillit les participants à l'Amphithéâtre Pasteur. Il insista sur la nécessité et même le devoir qu'il y avait à attacher de l'importance de l'histoire de nos disciplines en cette période de mutations. Il rappela les noms de figures marquantes de cette faculté, Charles Gerhardt, Louis Pasteur et Kirschleger et souligna l'image de modernité incarnée par le Professeur Gilbert Laustriat, ancien président de l'U.L.P.

 

Madame Fabienne Keller, Maire de Strasbourg évoqua la création en 1803 de l'Ecole de Pharmacie de Strasbourg par Napoléon Bonaparte. Cette école devait non seulement assurer l'enseignement de la pharmacie, mais réglementer la vente et l'usage des médicaments dans la ville et le fonctionnement des officines, souci qui s'était déjà manifesté en 1515 lorsque le Conseil des XV recruta pour l'hôpital un médecin, un pharmacien et un valet de pharmacie. L'alchimie cédait la place à la chimie et Strasbourg s'affirmait comme un des centres européens de formation et de recherche en pharmacie. Pendant l'annexion fut créé l'Institut de Pharmacie et en 1919 l'Ecole supérieure fut transformée en Faculté de Pharmacie. Elle est au centre de la vocation européenne de la ville et le Conseil de l'Europe a implanté à Strasbourg la Direction de la Pharmacie européenne. Après deux cents ans d'histoire, l'avenir de la Faculté de Pharmacie de Strasbourg est encore plus européen.

 

A sa suite, le Doyen Claude Hasselmalnn a répondu à la question: La Faculté de Pharmacie de Strasbourg a-t-elle un avenir? Il évoqua le passé brillant de la faculté avec ses professeurs illustres depuis Kirschleger, Pasteur, Gerhardt, Flückiger, le déménagement en 1978 dans les nouveaux locaux à Illkirch et les progrès réalisés. La publication en 1999 du Comité national d'Evaluation des Universités faisait apparaître la Faculté de Pharmacie de Strasbourg comme la meilleure faculté française de pharmacie. Mais des inquiétudes apparaissent: tendance à la recentralisation après la décentralisation administrative, des réformes en vue dans l'enseignement (réforme LMD, enseignement de base commun aux diverses professions de santé), menace sur la recherche. Il exposa néanmoins les raisons qu'il y avait d'être optimiste pour l'avenir: variété des enseignements avec 4 options à partir de la 3e année (Pratique officinale, pharmacie industrielle, biologie et pharmacie hospitalière, recherche), nombreux diplômes de 1er et 3e cycle, participation à la formation permanente. A côté des 1300 étudiants, elle compte 77 enseignants–chercheurs, 36 chercheurs statutaires, 135 doctorants et post-doctorants La recherche fondamentale est active, sans que sa valorisation soit négligée: plus de 100 contrats avec l'industrie pharmaceutique; 26 brevets déposés au cours des trois dernières années; enfin depuis 1999, trois "jeunes pousses" (start-up) ont été crées à partir de l'activité des laboratoires de recherches.

 

Le professeur Bernard Vogler traita du monde de la pharmacie à Strasbourg avant 1789. Ville royale, Strasbourg comptait environ 50.000 habitants, moitié catholique et moitié protestante avec une garnison de 8.000 personnes. L'administration de la ville était celle de 1482 avec en plus un préteur royal chargé de contrôler le Magistrat. Il y avait 5 pharmaciens. Il y avait deux systèmes de formation, l'un traditionnel, apprentissage suivi d'un compagnonnage avant d'arriver à la maîtrise et un second, une formation universitaire réservé aux professions libérales, dont la pharmacie.

Le premier apothicaire connu exploitait en 1268 la pharmacie du Cerf, près de la Cathédrale. Le droit d'exercice était conféré par une commission municipale. En 1722 est publiée une Taxe des médicaments, car les pharmaciens étaient accusés de vendre les médicaments à un prix exorbitant. Mais en 1716, les pharmaciens déposèrent une pétition pour se plaindre de la concurrence des barbiers, distillateurs, herboristes et de l'écorcheur. En 1725 apparaît la première édition de la Pharmacopea Argentinensis.

Diverses personnalités sont à signaler:

Jacob Reinbold Spielmann : membre d'une véritable dynastie d'apothicaires qui entreprit des études de médecine, devint en 1759 professeur de chimie, botanique et matière médicale; il dut vendre sa pharmacie, en raison de l'incompatibilité des deux professions, mais conserva un laboratoire pour l'enseignement pratique et une bibliothèque que fréquenta Goethe. Il devint membre d'une douzaine d'académies, française, allemande, russe, etc…

Jean Herrmann : il succéda à Spielmann après des études de médecine et un séjour à Paris. Il créa un cabinet d'histoire naturelle, dirigea le jardin de l'université. Il fut aussi membre de nombreuses académies et publia des articles de zoologie, ornithologie et cristallographie.

La dynastie des Hecht : originaire de Thuringe, cette famille fournit de nombreux pharmaciens au cours du 18e et du 19e siècles. L'un d'eux en 1794 fut déclaré le meilleur pharmacien de la république. .

La dynastie des Ehrmann s'est illustrée dans de nombreuses professions, mais particulièrement dans le milieu médical aux 18e et 19e siècles.

La Révolution a entraîné le démantèlement de tout le système municipal de la pharmacie et une confusion générale avec recrudescence des charlatans. Après la Terreur, des tentatives de réorganisation ont vu le jour et préparé la création de l'Ecole de Santé.

 

M. R. Oberlé, Conservateur en chef du Patrimoine, exposa la situation de Strasbourg en 1803, sa topographie, son économie, la société. Après la Révolution la population avait baissé mais était en cours de reprise. La ville était dans un état pitoyable. Les autorités s'appliquèrent à faire respecter la propreté de la voirie, l'éclairage fut amélioré, les ponts restaurés et plusieurs construits. Si l'eau est indispensable, la rivière et les canaux servent d'égouts et diverses fabrications ajoutent à la pollution: tanneries, boucheries. Il y avait crise du logement. Il y avait aussi pénurie de bois de chauffage, mais le charbon prit la relève.

 

La réforme administrative de 1800 se caractérisa par la création des préfectures. Le premier préfet strasbourgeois était originaire de Lille. Il sut créer un climat de confiance et apaiser les tensions ce qui favorisa le développement de l'économie. Son successeur était d'origine irlandaise et avait l'avantage de pouvoir s'exprimer en allemand. Si les préfets n'étaient pas alsaciens, le personnel politique, lui, l'était.

 

La liberté de culte ayant été rétablie en 1799 par Bonaparte, les catholiques obtinrent un certain nombre de lieux de culte. Mais le retour des prêtres réfractaires créa un climat de tension avec les prêtres constitutionnels. Un climat passionné régnait chez les catholiques, contrastant avec la sérénité qui régnait chez les protestants. Le premier évêque fut un républicain convaincu, soutenant les prêtres constitutionnels, qui se heurta à l'opposition des catholiques, malgré l'appui du préfet du Bas-Rhin. Une loi de Germinal an X organisa l'église protestante sur la base de circonscriptions territoriales groupant 6000 fidèles; les conseils presbytéraux étaient choisis parmi les citoyens les plus imposés et les pasteurs nommés par le gouvernement. Le luthérianisme strasbourgeois entrait dans le système de l'Eglise d'Etat. Les juifs ne bénéficièrent d'une organisation qu'en 1806.

 

La situation de Strasbourg place forte et poste avancé s'était renforcée. La garnison s'élevait à 6.000 hommes de toutes armes et services, sans compter la gendarmerie nationale. Mais si les Strasbourgeois étaient sensibles aux festivités militaires, si l'importance de l'armée (12% de la population) contribuait à la prospérité du commerce, la cohabitation fut plutôt difficile: problèmes de logement, tapage nocturne, rixes, prostitution. La conscription ne fut pas accueillie avec l'enthousiasme que l'on a décrit et tous les moyens étaient bons pour y échapper. (finances évidemment et aussi simulation de maladies).La Garde nationale joue un rôle important , spécialement en matière de gardes de nuit pour assurer la sécurité, mais cette obligation réservée aux plus fortunés est peu appréciée. Enfin les réquisitions en main d'œuvre ou en denrées, mal rémunérées, constituaient une lourde charge pour la population.

 

Les communications posaient aussi problème: réseau routier dans un état lamentable, navigation en crise avec perte des privilèges des bateliers, Le télégraphe Chappe permettait en 1798 de transmettre une demande et la réponse en une heure et demie entre Paris et Strasbourg. Mais pour des raisons de sécurité, le transit de marchandises de l'étranger à l'étranger fut interdit dans les deux départements du Haut et du Bas-Rhin, ce qui mécontente les commerçants strasbourgeois.

 

Si Strasbourg a connu la poursuite de l'accroissement de sa population par l'immigration, la situation sanitaire restait mauvaise dans une ville marécageuse et insalubre. Seul progrès, l'organisation de la vaccination gratuite contre la variole.

 

La Révolution avait bouleversé l'enseignement et supprimé les Universités. Une loi de 1802 mettait à la charge des communes l'organisation de l'enseignement primaire, mais curés, pasteurs et même maîtres indépendants s'adressaient à une clientèle aisée. L'Ecole normale sera créée en 1810 par Lezay Marnésia.

Les Ecoles centrales créées par la Révolution furent remplacées par les lycées en 1802. En 1804 le lycée de Strasbourg comporte 297 élèves. Mais comme dans l'enseignement primaire les filles sont exclues. Toutefois la bourgeoisie dispose de maisons d'éducation pour les filles qui après des bases de lecture, écriture et calcul apprennent le tricot, la couture, la cuisine, la danse et le chant.

Plusieurs Ecoles spéciales dont celle de Pharmacie furent mises en place à partir de 1803.

Une Académie protestante forma les pasteurs à partir de 1803, puis une Ecole de Droit fut ouverte. Mais l'Université impériale ne fut instituée que par une loi de 1806.

La vie artistique reprit : architecture (Pavillon Joséphine, théâtre), sculpture (réfection des sculptures détruites de la cathédrale), peinture (portraits officiels, batailles), ferronnerie et orfèvrerie.

La littérature restait plutôt médiocre.

Les Loges ont joué un rôle considérable dans la diffusion de l'Esprit des Lumières et au début de la Révolution. A Strasbourg s'organisèrent deux loges, la Concorde et la Vraie Fraternité; en outre une loge féminine fut créée et l'Impératrice Joséphine assista à une réunion de celle-ci.

La presse restait réduite (rôle de la censure), l'activité des imprimeurs s'en ressentait (Levrault) ou se limitait à des ouvrages classiques (Exter et Heitz). La librairie en revanche se développa suite à l'annexion des trois quarts de l'Europe et Strasbourg devint plaque tournante pour la littérature allemande et française. Les deux douzaines de titres de journaux apparus pendant la Révolution se réduisirent à trois sous le Consulat: les Affiches de Strasbourg, journal d'annonces, la Feuille hebdomadaire, sorte de journal officiel et le Courrier du Bas-rhin, bilingue, paraissant trois fois par semaine, seul donnant des nouvelles françaises et étrangères, mais surveillé par la censure.

Le théâtre d'expression française eut du mal à s'imposer et était peu fréquenté. Les autorités créèrent une direction théâtrale mixte franco-allemande, mais les partisans du théâtre allemand étaient cause de troubles attribués à un parti anti-français. Ce qui conduisit à l'interdiction en 1808 du théâtre allemand que Lezay Marnesia autorisa de nouveau pour des troupes de passage..

Les tavernes et Winstub étaient des lieux de réunion très fréquentés où hommes et femmes échangeaient des idées, donnaient des nouvelles. Les promenades, Contades, Le Broglie, héritages du XVIIème siècle et l'Orangerie offerte par Joséphine étaient très fréquentées.

 

En 1803 l'adhésion au Consulat est totale. Strasbourg apprend son rôle de chef lieu de département dirigé par un préfet tout puissant. Le Blocus continental proche fera de Strasbourg un des premiers ports de commerce et la fortune des négociants strasbourgeois.

 

Apres le buffet-repas, le professeur de la faculté de médecine J.M. Le Minor exposa le rôle joué par l'Ecole de Santé (future Faculté de médecine) et l'Hôpital militaire, hauts lieux de formation aux sciences pharmaceutiques.

 

Les trois écoles de santé ont été créées le 4 décembre 1794, et celle de Strasbourg fut inaugurée le 9 février 1795. Le terme Santé évitait le rappel des Facultés de Médecine de l'Ancien régime et englobait médecine, chirurgie, pharmacie et disciplines connexes. Toutefois en 1802, les écoles redevinrent Facultés de Médecine. Mais à Strasbourg fut créée en 1856 l'Ecole impériale du Service de Santé militaire pour former les médecins militaires. En 1870 elle fut transférée à Lyon. Les quatre facultés (Droit, Sciences, Lettres et Médecine) ainsi que le lycée furent installées au Grand Séminaire, derrière la cathédrale. Le clergé ayant réclamé ses locaux en 1814, une ordonnance royale obligea en 1823 les Facultés à les libérer, à l'exception du lycée, actuellement Lycée Fustel de Coulanges. Installées provisoirement dans l'ancien hôtel d'Andlau, en 1824 les Facultés s'installèrent dans l'ancienne maison des Enfants Trouvés à la Krutenau.

Le nombre de chaires (trois dans l'ancienne Faculté de Médecine) fut porté à cinq dans l'Ecole de Santé à sa création: anatomie et physiologie, botanique et matière médicale, chimie médicale et pharmacie, clinique interne, chirurgie pathologie interne et accouchements. En 1795 deux sont ajoutées dont l'une, démonstration des drogues usuelles et des instruments de médecine opératoire fut éphémère, puis une huitième en 1796 et deux autres en 1799. En 1803 il y a douze chaires dont quatre concernent les sciences pharmaceutiques. En 1808 lors de la transformation en Faculté de Médecine, on compte toujours douze chaires dont trois concernent les sciences pharmaceutiques.

Le professeur Le Minor exposa l'évolution des chaires pharmaceutiques avec l'énumération, les titres et les travaux des divers titulaires jusqu'en 1870.

L'Hôpital militaire (créé en 1691, après le rattachement de Strasbourg à la France en 1681 avait en 1772

été doté d'un centre de formation et d'instruction appelé Hôpital-Amphithéâtre. L'Hôpital continua à fonctionner pendant la Révolution et une loi du 12 juin 1792 établit l'égalité entre les trois professions du service de santé militaire, médecins, chirurgiens et pharmaciens ce qui contribua à l'essor de la pharmacie militaire.

. Si l'enseignement jusqu'en 1815 laissa souvent à désirer malgré le maintien des hôpitaux d'Instruction, par manque de personnel et pour des raisons budgétaires, par la suite les pharmaciens chefs de service (premiers professeurs) et les deuxièmes professeurs ont joué un rôle important dans l'enseignement de la pharmacie à Strasbourg et de nombreux pharmaciens militaires ont exercé dans le civil. Les hôpitaux militaires d'instruction furent supprimés en 1850

 

Le professeur de la faculté de Pharmacie J.Y. Pabst exposa le développement de l'Ecole de Pharmacie de Strasbourg de 1803 à 1854.

La Loi de Germinal, promulguée par le premier consul Bonaparte précise qu'il sera établi une Ecole de Pharmacie à Paris, Montpellier, Strasbourg., Mayence, Turin et Gênes. Ces trois dernières ne virent pas le jour. Les écoles de pharmacie auront le droit d'examiner et de recevoir pour toute la République les élèves qui se destineront à la pratique de cet art; elles seront de plus chargées d'en enseigner les principes et les théories dans des cours publics, d'en surveiller l'exercice, d'en dénoncer les abus aux autorités et d'en étendre le progrès.

Les professeurs sont nommés par le gouvernement pour cinq ans. Il y a trois chaires: chimie, botanique et histoire naturelle des médicaments, pharmacie. L'enseignement débuta en 1805, mais il y avait manque de locaux et de crédits. Manque d'élèves aussi par suite de l'incorporation des jeunes gens à l'armée. En 1810, même les cours s'arrêtèrent, malgré l'appel à des élèves étrangers pour pourvoir aux besoins strasbourgeois en pharmaciens. Une réorganisation intervint en 1835, les cours reprirent et l'Ecole de Pharmacie fut incorporée à l'université en .1842

Il est encore prévu dans la loi de Germinal une formation par un apprentissage de huit ans. Mais les élèves qui auront suivi trois ans de cours à l'école pourront exercer après seulement 3 ans d'apprentissage. et la connaissance du latin n'est plus exigée. Par la suite le baccalauréat fut exigé des candidats au diplôme de première classe, puis le certificat de grammaire pour ceux de deuxième classe. Un décret de 1854 rendit obligatoire pour tous les trois années d'études.

Il était prévu trois examens, deux de théorie sur les principes de l'art et d'autre part sur la botanique et l'histoire naturelle des drogues simples, un examen pratique qui durera quatre jours, comportant au moins neuf opérations pharmaceutiques et chimiques. Une ordonnance de 1825 reprit et précisa ces modalités.

L'évolution de la pensée médicale en Occident au 19e siècle a naturellement influé sur l'enseignement

En 1803 l'objectif de la médecine était plus de soulager le malade que de guérir.

Faute de documents on connaît mal le contenu de l'enseignement en 1806. On peut néanmoins penser que la Pharmacopea Argentoratensis en était la base. Mais les pharmacopées régionales furent supprimées en 1803 et un Codex medicamentorius seu Pharmacopea Gallica fut publié en 1816. Les professeurs étaient pour bon nombre d'entre eux titulaires à la fois d'un doctorat de philosophie et d'un doctorat de sciences et les humanités étaient enseignées au même titre que les sciences. Parmi les professeurs les plus prestigieux, auteurs de nombreux travaux importants, on peut citer Nestler père (1748-1824), pharmacien originaire de Saxe, Kirschleger (1804-1869), botaniste éminent, Persoz (1805-1868), chimiste, d'origine suisse sous l'impulsion duquel la notoriété de l'Ecole fut très grande.

 

La loi de Germinal a été marquée par l'abandon des anciennes réglementations, par la création d'écoles et par l'exigence de connaissances scientifiques rationnelles de la part des élèves, tandis que les religieux cessaient de vendre des médicaments. L'exercice de la pharmacie fut unifié pour toute la France et devint autonome. Malgré les vicissitudes, les recherches et découvertes effectuées à l'Ecole de Pharmacie de Strasbourg ont été nombreuses. On citera, entre autres les travaux de Gerhardt (découverte de l'acide salicylique) et de Pasteur (travaux sur le polymorphisme). D'une façon générale, la création des Ecoles de Pharmacie a eu pour conséquence de nombreuses découvertes dues à des pharmaciens dans cette première moitié du 19ème siècle et a inauguré la naissance de la pharmacie moderne.

 

Le Docteur J. Hennick, médecin à Haguenau fit l'historique du Jardin botanique créé au XVIIéme siècle sur un cimetière appartenant à un couvent de Dominicains, la Ville de Strasbourg engagée dans la Réforme ayant saisi tous les biens de l'Eglise catholique. Le développement du jardin, l'étude et l'enseignement de la botanique étaient assurés par des professeurs de la Faculté de Médecine. Dés ses débuts on y trouvait des plantes méditerranéennes, mais sous Mappus (1632-1701), il s'enrichit de plantes venant du monde entier. C'est sous la direction de Jacques Reinbold Spielmann (1722-1783) que fut adoptée la classification de Linné. Kirschleger (1804-1869) publia une Flore d'Alsace et contrées limitrophes en 3 volumes. Abandonné après la défaite de 1870, un nouveau Jardin botanique fut rattaché à l'Institut de Botanique créé en 1872.

 

Avant la réception amicale organisée par les étudiants de la faculté de Pharmacie qui clôtura la journée, M. J. Fuchs, président de l'Amicale des étudiants rappela les origines de l'association nommée familièrement (H2S ou Ha zwei ess). H2S était initialement la revue de la Pharmaceuten-Verein Elsass-Lothrigen, association des élèves et pharmaciens diplômés, créée en 1893.

L'association fonctionne au service des 600 étudiants (coopérative, photocopies, connexion à Internet, cafeteria). Elle organise l'accueil des nouveaux étudiants. Un banquet suivi d'un spectacle animé par les étudiants réunit chaque année quelques 800 étudiants, pharmaciens et professeurs.

 

 

 

 

11-Anselme Laugel, né en Alsace en 1857, a été secrétaire du Sénat après avoir quitté l'Alsace en 1870. En 1892, il revint en Alsace, fut élu au Conseil général en 1896 puis appartint au Parlement d'Alsace (Landesausschuss) de 1900 à 1912. Retiré à St Léonard près de Boersch, il est l'auteur de la phrase: "L'Alsace Lorraine doit rester pure de tout mélange" (Almanach pour les Etudiants Alsaciens-Lorrains et la jeunesse d'A.-L. en 1912); son activité le fit surnommer "Le Père des Etudiants".Il repartit en France en 1914 et fut déclaré "Landesverräter" (traître à la patrie) Il revint en 1918, d'où le titre de l'article de H2S. Il fut chargé de l'inventaire des musées et des bibliothèques et de destituer les employés allemands (d'après Spindler, cité par M. Bacchoffner).

22-Un rectificatif parut par la suite, à la demande même du Professeur Kueny: c'est un ex-préparateur de l'Institut M. Gross qui avait caché le drapeau pendant la guerre. Fragilisée par l'âge, la bannière de soie verte de la S.E.P.A. fut remplacée en 1924 par un nouveau drapeau portant la mention: Association des Etudiants en Pharmacie de Strasbourg q.

 

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