Des pharmaciens dans leur siècle, le XXe
Le 07/12/2015 à 10h52 par Anonyme
Résumé

Dès les premières décennies du XXème siècle, il apparaît que la loi de Germinal n’offre plus un cadre satisfaisant à l’ensemble des activités pharmaceutiques. En effet, en 1803, les rédacteurs du texte n’avaient pas du tout envisagé la fabrication industrielle du médicament. A l’époque, l’exercice de l’art pharmaceutique se limitait aux officines de ville. Avec les premières applications des progrès de la chimie durant tout le XIXème siècle apparaissent les premiers laboratoires, d’ailleurs souvent issus de l’officine. C’est la montée de cette industrie naissante, fonctionnant en dehors de tout cadre réglementaire, qui rendit nécessaire, en 1941, une adaptation de la législation aux besoins de la pharmacie moderne.

 

Auteur : Dominique Kassel

Date du document

Le camphre synthétique : Auguste BEHAL (1859-1941)

 

La carrière particulièrement brillante de Béhal est l’exemple du rôle joué par le pharmacien de deuxième classe, ainsi que par l’internat en pharmacie dans la promotion sociale à la fin du XIXe siècle. La puissante personnalité créatrice de Béhal n’aurait jamais pu s’épanouir si l’internat en pharmacie n’avait permis au jeune étudiant impécunieux de poursuivre ses études à l’abri du besoin. Pharmacien chef de la maternité du Port-Royal, à proximité de la faculté de Pharmacie de Paris V où il enseigna la chimie organique, il mena une recherche de haut niveau. Convaincu du bien fondé de la théorie atomique, il prit la responsabilité d’un cours libre en notation atomique. Son Traité de chimie organique d’après les théories modernes influença plusieurs générations d’étudiants. Il fut le créateur et l’animateur d’une école et les « Béhaliens » essaimèrent au Collège de France, comme Moureu à la faculté de médecine ou Tiffeneau à la faculté des sciences ou bien encore comme Sommelet et Valeur à la faculté de pharmacie. Chercheur infatigable il étudia de nombreux corps organiques : rédaction d’une thèse sur les carbures acétyléniques ; travaux sur les chlorures d’acide, le chloral, l’antipyrine, le gaïcol ; synthèse du camphre et ses implications stéréochimiques. Créateur puis Directeur de « l’Office des produits chimiques et pharmaceutiques », il s’impliqua aussi dans la vie quotidienne en prenant par exemple position en faveur du capitaine Dreyfus. Docteur ès sciences physiques, il préconisa dans l’intérêt national l’union de la science et de l’industrie.

 

La chimiothérapie : Ernest FOURNEAU (1872-1949)

 

Convaincu par Charles Moureu d’entreprendre une carrière scientifique, Fourneau obtint son diplôme de pharmacien en 1898. Après trois ans de stage chez les plus grands chimistes allemands (Fischer, Curtius, Gatterman, Willstätter), il travailla sur une substance qui présentait les propriétés de la cocaïne sans ses effets toxiques. A partir des travaux de son ami Tiffeneau, Fourneau mit au point la stovaïne, brevetée en 1903, qui remplaça la cocaïne.

Il dirigea ensuite le service de thérapeutique de l’institut Pasteur, et ce jusqu’en 1944. Avec son équipe, il orienta ses travaux sur l’étude des amino-alcools et de leurs dérivés, qui aboutirent aux premiers adrénolytiques et aux premiers antihistaminiques de synthèse, dont dérivent tous les médicaments anti-allergiques. Il découvrit le premier neuroleptique majeur, la chlorpromazine. Fourneau mit au point en 1921 le stovarsol, anti-syphilitique et anti-parasitaire, perça le secret du 205 Bayer qui devint le 309 Fourneau, très efficace contre les tripanosomiases. Enfin en 1935, l’équipe isola la partie active de la sulfamidochrysoïdine de Domagk, aboutissant aux amino-sulfamides. Ses publications furent nombreuses et riches en enseignement.

 

La pharmacologie internationale : Marc TIFFENEAU (1873-1945)

 

Après quatre ans d’Internat des Asiles, Tiffeneau réussit le concours des hôpitaux et devint interne en pharmacie. Diplômé en 1899, pharmacien des hôpitaux de Paris en 1904, Docteur ès sciences en 1907, il fut par la suite docteur en médecine et agrégé de pharmacologie à la faculté de médecine de Paris en 1910. Il fut successivement professeur de chimie à la faculté des sciences, professeur de pharmacologie à la faculté de médecine, membre de l’Académie de médecine, doyen de la faculté de médecine et Membre de l’Académie des Sciences en 1939.

Tiffeneau s’intéressa aux transpositions moléculaires et réalisa de nombreuses expériences pour en saisir le mécanisme. Il travailla aussi sur les combinaisons cyclaniques et la synthèse asymétrique. Muni d’une double formation chimique et biologique, il s’intéressa ensuite aux alcaloïdes synthétiques, puis aux amines sympathomimétiques, aux amines analeptiques, aux hypnotiques et aux anesthésiques locaux. Il étudia la répartition des anesthésiques dans l’organisme, les phénomènes d’accoutumance, les rapports entre activité physiologique et constitution chimique.

Après 25 ans à l’hôpital Boucicaut, il dirigea le service de l’Hôtel-Dieu jusqu’en 1940.

 

L’économiste : Albert BUISSON 1881-1961

 

Parmi les grands pharmaciens, on trouve essentiellement des hommes de science qui se sont consacrés à la chimie, à la physique ou aux sciences naturelles. Tout en étant chimiste et industriel, Albert Buisson fut également économiste et financier. Né à Issoire, il s’inscrit en 1901 à l’école supérieure de pharmacie de Paris. Elève brillant il conquiert durant ses études presque tous les prix sauf celui de botanique. Reçu à l’internat en 1903, Il entra à l’hôpital Broca se lia d’amitié avec le professeur Délépine, puis passa en 1905 à l’hôpital Hérold dans le service du professeur Goris. Devenu pharmacien en 1906 il prit la direction de la pharmacie Dallier au Mans, développa le laboratoire d’analyse médicale et créa à coté de l’officine une usine de produits chimiques où il fabriqua de la magnésie calcinée et des sels de magnésium. Il organisa dans sa pharmacie un centre de documentation gratuite destiné à la clientèle et développa, avec cinquante ans d’avance, le rôle d’éducateur sanitaire du pharmacien d’officine. Pharmacien aide-major durant la première guerre mondiale il fut chargé de la fabrication des « oleums » pour le service des poudres et des gaz asphyxiants. Après la guerre, il fonda à Paris les Etablissements Albert Buisson avec quatre spécialités. Il démarra à cette époque une carrière politique. Maire d’Issoire puis Conseiller général, il fut appelé au Ministère des finances comme directeur de cabinet de Clémentel. En 1930, Président du tribunal de commerce il fut sollicité, suite à la crise financière, pour sauver la Banque nationale de crédit et il créa la B.N.C.I. Président de Rhône-Poulenc, magistrat, économiste, financier Albert Buisson fut élu à l’Académie des sciences morales et politiques et membre de l’Académie française.

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Le cachet théâtral : Louis JOUVET 1887-1951

 

« …Je vais me mettre à mon second que je voudrais passer en novembre. Je cherche à placer mon diplôme pour quand je l’aurai décroché…Enfin je vais entrer au théâtre des Arts à des conditions modestes mais qui me permettront de vivre plus tranquillement…. Dénué des ressources – je cours au cachet dans le théâtre et dans la pharmacie et j’arrive péniblement à boucler mon mois… » (extrait d’une lettre de Jouvet à son ami le docteur Weitz datée du 16 août 1991).

Les études pharmaceutiques de Jouvet eurent-elles une incidence sur sa carrière théâtrale ? La réponse est oui, selon deux grands historiens de la pharmacie que furent Monsieur Guitard et Monsieur Bouvet qui obtint son diplôme en 1913, la même année que Louis Jouvet. « l’Ecole Supérieure de pharmacie aurait préparé Jouvet à jouer Knock et aurait contribué à lui faire comprendre Molière » selon Guitard. Maurice Bouvet pensait que « les habitudes d’ordre et de discipline, comme les connaissances scientifiques acquises au cours de ses six années ne lui avaient pas été inutiles ». Dirigé par sa famille vers la profession de pharmacien après son baccalauréat, il fut admis à l’examen de validation de stage avec la mention très bien en 1907. Dès cette époque, tout en suivant les cours de l’école supérieure de pharmacie de paris, il s’initia à l’art dramatique, ce qui retarda la fin de ses études. Lorsqu’il fut reçu pharmacien il faisait déjà partie de la troupe de Jacques Copeau.

 

Le contrôle des médicaments : Charles-Joseph-Léonard MORIN (1910-1972)

 

Diplômé pharmacien à Paris, il fit un bref passage au Centre national de la recherche précurseur du CNRS, et effectua toute sa carrière à la Pharmacie centrale des hôpitaux de Paris. Il obtint son diplôme de chimiste puis fut nommé chef du laboratoire d’essais et dès cette période orienta son activité professionnelle vers l’analyse et le contrôle des médicaments. Son nom reste lié à la réaction d’identification de l’atropine de Vitali, en raison des améliorations qu’il y apporta sur le plan tant de la stabilité que de la sensibilité. Il a aussi amélioré la recherche et le dosage de contaminants toxiques, arsenic, plomb, mercure, cuivre, tant dans les produits organiques que dans les substances minérales telle que l’oxyde de titane. Il s’est intéressé dès 1948, au moment de l’apparition des premiers antibiotiques, à la vérification de la qualité pharmaceutique de la streptomycine. A la demande de l’Assistance publique il étendit son activité à l’analyse alimentaire, qu’il s’agisse du dosage d’enzymes ou de la qualité des récipients métalliques. Le Ministre de la santé le nomma, compte tenu de ses compétences, expert analyste pour l’étude des dossiers de demande de visa puis d’autorisation de mise sur le marché, et membre de la commission de la Pharmacopée française.

 

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Quelques références bibliographiques

 

  • Revue d’Histoire de la pharmacie

  • Dossiers documentaires « Collections d’histoire de la pharmacie » CNOP

  • Réalisations extrapharmaceutiques des pharmaciens français / Louis-Marie Bodénès. – Nantes : [s. n.], 1962

  • Histoire de la pharmacie et de l’industrie pharmaceutique / Patrice Boussel, Henri Bonnemain et Frank Bové. – Paris : La Porte Verte, 1982

  • Histoire de la pharmacie en France des origines à nos jours / Maurice Bouvet. – Paris : Occitania, 1937

  • Les Médaillons de la Faculté de pharmacie de Paris / Maurice Chaigneau. – Paris : Pariente, 1986

  • Histoire contemporaine des médicaments / François Chast. – Paris : La Découverte, 1995 (Histoire des sciences)

  • Cinq siècles de pharmacie hospitalière 1495-1995 / Texte réunis par François Chast et Pierre Julien. – Paris : Hervas, 1995

  • Histoire de la pharmacie / R. Fabre et G. Dillemann. – Paris : PUF, 1963 (Que-sais-je ?)

  • [Exposition. Musée de l’Assistance Publique. Paris, 1995] De l’élixir au génie génétique : deux siècles de sciences pharmaceutiques hospitalières. – Paris : Compagnie d’Hauteville, 1995

  • Figures pharmaceutiques françaises : Notes historiques et portraits 1803-1953. – Paris : Masson, 1953

  • Le Pharmacien emplumé : l’Image et le rôle du pharmacien d’officine, une réflexion illustrée par la littérature/ Eric Fouassier. – Paris : Interfimo, 1995

  • Grands pharmaciens / Paule Fougère. – Paris : Buchet-Chastel, 1956 (Les Grandes professions françaises)

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